‹ Au Maroc; Fes, la capitale du NordChapitre 23 sur 27 · AVENIR DE FÈS · texte numérisé non relu

AVENIR DE FÈS

essieux de tombereau, jusqu'à de grosses pièces d'automobiles, plusieurs tours, raboteuse pour fer, mortaiseuse, fraiseuse, machine à diviser pour engrenages, machine d'ajustage pour la réparation d'armes et la serrurerie, et pour le bois, scie, dégauchisseuse, raboteuse, fraiseuse, matériel complet pour menuiserie et charronnerie. Loin d'être une concurrence pour les industries qui viendront s'établir, elle sera au contraire un auxiliaire précieux pour elles en mettant à leur disposition des machines spéciales dont un industriel n'ayant à s'en servir qu'accidentellement ne fera jamais les frais. Les entreprises existantes y trouvent à chaque instant leur pro&t, pour les travaux de fer et de bois en particulier que les artisans indigènes malgré toute leur habileté ne peuvent pas faire faute de matériel. II faut absolument utiliser dans la plus large mesure pour l'intérêt général cet outillage excellent qu'on a la bonne fortune d'avoir sur place et sous la main, car il est certain que pendant quelques années encore les frais énormes de transport, les difficultés de montage et l'absence de combustible empêcheront l'établissement à Fès d'un bon atelier permettant l'exécution de toutes sortes de travaux comme l'assurent actuellement les diverses machines-outils de l'ancienne « Makina ». A l'imprimerie arabe chargée d'éditer le journal répandu dans les milieux indigènes, on a ajouté une imprimerie française fort bien outillée avec de nombreux et très beaux caractères et on y a installé, tout récemment, les métiers à filer et à tisser

la soie amenés de France pour la foire de Fès, ce qui ne manquera pas d'attirer de nouveaux apprentis pour cette industrie si chère aux Fasis.

Les jeunes gens que nous formons ainsi connaîtront très bien le français, seront accoutumés à nos méthodes, et, solidement instruits de la technique européenne, ils feront de très bon ouvriers, plus tard d'excellents contremaîtres. Utiles au relèvement des industries indigènes, ils seront infiniment précieux pour les entrepreneurs chargés des travaux de la ville nouvelle, obligés de recourir à la main-d'œuvre étrangère, italienne, très bonne, mais onéreuse ou espagnole, également chère et très médiocre, ainsi que pour les industries qui ne manqueront pas de se monter, surtout lorsqu'une forte usine électrique leur fournira la force motrice dont elles ont besoin. Or, celleci est déjà décidée en principe et la guerre seule en a empêché, ou plutôt retardé la construction. Une importante société, au capital de 2 5oo 000 francs, a obtenu la concession des chutes de l'Oued Fès qu'elle utiliserait pour créer deux usines hydro-électriques, d'une puissance nette l'une de i5o kilowatts, l'autre de 800 kilowatts. Les lampes seront à filament métallique, la tension du courant distribué aux abonnée ne sera pas inférieure à io5 volts ni supérieure à 120 et la fréquence du courant variera entre 48 et 53 périodes par seconde. Pour l'éclairage, le service se fera au compteur, jour et nuit, au prix de i fr. 10 le kilowatt-heure, ou à forfait depuis une demi-heure avant

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le coucHer du soleil jusqu'à une demi-Heure après son lever, au prix mensuel de 2 fr. 5o la lampe de 10 bougies, 3 fr. 5o celle de 16, 5 fr. 25 celle de 25 et 20 fr. celle de 100. L'éclairage à forfait sera obligatoire quand le nombre de lampes demandées restera inférieur à 1 5 et que la puissance totale n'atteindra pas 240 bougies. Pour l'énergie, elle sera distribuée à raison de o fr. 40 le kilowatt-heure, pour une puissance de I kilowatt au moins par appareil, avec utilisation de deux mille heures par an au minimum ou bien dans les autres cas, à raison de o f r. 60 le kilowatt-heure. Ces prix sont relativement élevés, mais ce sont là des prévisions qui constituent un maximum et sans doute seront-ils diminués pour faciliter l'établissement de nouvelles industries qui ne tarderont pas à éclore, minoterie, oliverie, scierie mécanique, laverie de laine, fabrique de glace et eaux gazeuses, avec chances de succès du reste si elles sont montées avec soin par des sociétés puissantes ou des capitalistes importants. Car pour le moment de gros capitaux seuls peuvent réussir ici et ce n'est que plus tard, peu à peu, sous l'égide et à côté de la grande industrie que surgiront de petites industries où de moindres capitaux pourront être engagés sans crainte d'être submergés et même avec espoir de bénéfice.

Quant au commerce, il y a lieu d'insister pour conseiller aux petits et moyens commerçants de ne s'installer qu'avec circonspection. Pour les détaillants, ils

ne seront jamais à même de lutter contre la concurrence indigène, en raison des habitudes mêmes des Musulmans ou Israélites, de leur façon de vivre, de leur parfaite connaissance des goûts et des mœurs de leurs compatriotes, et aussi à cause de la cherté des loyers. Les maisons d'alimentation sont en nombre suffisant, presque exagéré; certaines sont fort bien achalandées et pourvues de bons produits. Quant à un grand magasin de nouveautés, la population européenne n'est pas assez importante et ne le sera pas avant longtemps pour justifier son établissement et supporter les gros frais que celui-ci comporterait. Celui qui existe déjà, garni de marchandises assez variées, suffit amplement avec les quelques petits magasins tenus par les Israélites du Mellah, les boutiques de mercerie pour dames et la maison de confection de vêtements d'hommes, genre Fashionable House, qui vient de s'installer.

Mais là où il y a un réel effort à réaliser, c'est du côté du marché indigène de la Médina, alimenté par une population de près de cent mille habitants, dont nous devons pénétrer plus profondément les besoins afin d'y pourvoir dans une plus large mesure que nous ne l'avons fait jusqu'à présent. Nos fabricants et nos négociants doivent, dès qu'ils le pourront, s'intéresser davantage à ce débouché important pour les produits français, se préoccuper d'en connaître plus exactement les particularités, s'adapter mieux aux désirs et . aux coutumes de leurs acheteurs, sans toutefois flatter

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