INDUSTRIE DU CUIR
ront caresser les souples maroquins de leurs doigts amoureux et prudents, suivre des yeux avec complaisance les lignes gracieuses courant autour de la couverture et s'arrêter sur un médaillon doré ou d'une nuance délicate, d'une finesse exquise, imprimé sur un cuir au coloris à la fois doux et brillant.
Petites Industries
Broderies. — Faïences. — Objets en cuivre. — Lanternes en fer-blanc. — Bijoutiers. — Ferronnerie. — Menuiserie.
Gens de goût et artisans habiles les Fasis s'adonnent à nombre de petites industries, moins importantes sans doute mais qui sont pour une ville un patrimoine précieux, car elles diffusent son nom à travers le monde, accroissent son prestige de centre intellectuel et artistique. Telles ces délicates broderies en soie rectilinéaires appelées point de Fès, faites par les femmes à l'aiguille et au métier. Malheureusement la qualité de l'étoffe n'est jamais en rapport avec la beauté du travail et on regrette toujours de voir ces figures merveilleusement fines brodées sur des pièces de cotonnade blanche souvent assez grossières.
Les femmes indigènes à leur tour ont subi l'influence délétère de l'importation d'articles bon marché et aussi des achats rapides et peu judicieux de gens pressés d'acquérir un souvenir, trop rarement pourvus d'un
réel goût artistique. Elles ne soignent plus leurs broderies comme autrefois, tiennent surtout à faire vite, prennent trois ou quatre fils de l'étoffe au lieu d'un ou de deux et le point est beaucoup plus grossier. De même pour les dessins, elles ne se donnent plus la peine de les varier en compositions pleines de grâce, où les bandes parallèles d'entre-deux représentaient des thèmes très divers et des motifs ornementaux évoquant les arbres placés dans la partie supérieure du décor, tandis qu'aujourd'hui l'entre-deux se compose presque uniquement de motifs géométriques d'un même type uniforme et s'élargit jusqu'à occuper la plus grande partie de l'ouvrage en réduisant à peu de chose la partie si délicate des sejer terminant le haut du dessin.
Jadis aussi elles se préoccupaient d'approprier le point aux objets à décorer; gros pour les rideaux, il était extrêmement fin pour les serviettes, les nappes, les housses des matelas et des coussins moelleux sur lesquels on s'accoude à l'heure douce et recueillie du thé. Maintenant la grosseur du point est toujours la même et elles ne cherchent plus à créer de gracieux effets de perspective en donnant une valeur différente aux motifs accusés du premier plan et aux fins réseaux formant le fond du décor. Les teintes elles-mêmes ont perdu de leur charme; au lieu des couleurs chatoyantes d'autrefois, violet, jaune d'or, bleu natier et bleu ancien, vert doré, on ne trouve plus maintenant que des broderies noires d'un aspect funèbre. Cette
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couleur est la seule stable aujourd'hui, aussi les brodeuses se servent-elles presque uniquement de cette teinte, sauf pour les grands coussins qu'elles garnissent de lourdes broderies en violet, vert cru ou rouge brique, sèches et sans aucun reflet.
Là encore par une action discrète et persévérante le Protectorat Français a réussi à préserver cet art charmant d'une décadence complète. Un certain nombre de jeunes filles ont accepté des conseils, sous la direction d'une vieille brodeuse expérimentée, se sont efforcées de copier les modèles anciens avec des couleurs soigneusement choisies rappelant les teintes discrètement brillantes d'autrefois. Encouragées par leur succès, elles reprennent plaisir à ce passe-temps délicat, rémunérateur aussi à mesure que se répand à nouveau le goût de cette ornementation raffinée, d'un luxe moins tapageur et bien approprié aux pièces des demeures marocaines remplies d'ombre et de silence.
Industrie d'art en même temps que pratique, c'est celle des potiers, ferhariUy installés près de Bab Fetouh, fabriquant ces faïences à dessins bleus ou polychromes un peu grossières, mais élégantes de formes, qui servent à tous les usages domestiques, plats divers, terrines, jarres et cruches en terre poreuse ou vernie, lampes à huile romaines. Les tours, mâoun, sont organisés par paire dans un trou rectangulaire de 2 mètres de long avec une ouverture de i mètre carré pour chacun. L'ouvrier assis sur une planche à hauteur de
cette ouverture appuie son pied sur une roue pleine en bois, inàida^ fixée à un axe dont la base en pointe repose sur un bloc de pierre et dont le sommet supporte une petite tablette ronde, t'eleg. Faisant tourner rapidement le tour par l'action exercée avec son pied sur la roue, il place sur cette tablette une motte conique de terre glaise qu'on trouve en abondance dans les environs immédiats de Fès et la modèle avec ses mains mouillées. Puis, de la pointe de son couteau, il enlève les saillies au sommet et régularise le corps de l'objet avec un morceau de roseau et une petite lanière de cuir. Pour les anses, il les façonne avec un boudin de terre glaise roulé au préalable et qu'il applique sur le vase déjà modelé. Les pièces sont ensuite placées au soleil oii elles restent exposées pendant deux ou trois jours avant d'être portées au four.
Celui-ci est construit en briques, recouvert de terre, blanchi à la chaux intérieurement et percé d'un trou au plafond pour laisser échapper la fumée. Il affecte la forme d'une calotte ovoïde de 4 mètres de profondeur sur 3 de haut et large d'un peu plus de i mètre. On allume le feu à l'entrée et on ferme l'ouverture avec des pierres et des briques au milieu desquelles on ménage un trou pour jeter de temps à autre du combustible, généralement du palmier nain ou desgrignons d'olives. Au bout de trente-six heures, on dégage la porte et on attend quatre jours que le four soit complètement refroidi. Pour les poteries à vernisser, on les laisse moins longtemps parce qu'après l'applica-
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tion du vernis on doit les cuire à nouveau pendant cinq ou six heures.
Les potiers se spécialisent dans la fabrication de certains objets. C'est ainsi que les harracha préparent les pièces grossières ou de grandes dimensions, tuyaux, immenses jarres en terre poreuse pour l'eau khanous del ma, et vernissées à l'intérieur pour l'huile, bols épais qui servent aux pauvres gens à manger leur soupe, grands pots à beurre fondu, larges passoires à gros trous en forme d'entonnoir pour la cuisson du couscous, et 7' tar terrines vernissées fermées par un couvercle dans lesquelles les esclaves apportent le méchoui, viande cuite à l'étuvée, les poulets graisseux et parfumés, où les convives accroupis autour d'une table ronde très basse plongent des doigts blancs et potelés, en retirent des morceaux habilement découpés de leur seule main droite. Les tlaia s'adonnent aux objets plus délicats ou de confection plus difâcile, plateaux, assiettes, petits tambourins darbouka, vases et cruches, amphores gracieuses servant de gargoulettes, barrâda, et les meçbah, lampes émaillées complètement en vert sombre dont s'éclairent encore les maisons pauvres, sorte de godet 011 l'on trempe dans l'huile une mèche simplement posée sur un des bords, porté par un pied à large base et muni d'une anse à angle droit le reliant à cette base.
Vases, cruches, plats et terrines sont souvent ornés de dessins et émaillés, et jusqu'à la fin du siècle dernier les faïences de Fès furent renommées pour leur
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beauté due au style et au caractère de leur décoration en même temps qu'à l'heureuse venue des émaux. Imbus des traditions hispano-mauresques, élèves des faïenciers de Cordoue, les anciens mâllem fasis obtenaient d'admirables émaux épais et lisses d'un blanc légèrement bleuté, des coloris brillants et délicats mettant en pleine valeur les beaux dessins qu'ils exécutaient à main levée avec une maîtrise parfaite, décors de fleurs et de feuilles en rinceaux se détachant sur un fond pointillé et terminé par une fleur à cinq pétales ou un fruit à cinq baies. Les pièces modernes hélas ne supportent plus la comparaison avec celles d'autrefois et depuis le règne de Moulay Hassan la céramique n'a fait que déchoir. Il faut en chercher la cause dans le désintéressement des amateurs attirés par les objets nouveaux d'importation et par suite dans l'indifférence des artistes qui perdent rapidement leur habilité de main ainsi que le goût de leur travail. Les dessins hâtifs, abâtardis, manquent de finesse et d'ingéniosité, la décoration monochrome bleue tend à remplacer la belle décoration polychrome si harmonieuse, bleu, vert, noir, violet et jaune. La pâte n'est plus aussi soignée, la couverte n'a plus de profondeur et les tons des émaux deviennent durs et heurtés.
Mais le sentiment de la composition décorative est intense chez les Fasis et on pouvait les amener à se rendre compte de leurs défauts que beaucoup du reste considéraient sincèrement comme des améliorations apportées à leur art d'après des conceptions plus mo-
dernes. L'inspecteur des arts industrieib s est attaché à cette tâche et il a obtenu un résultat plein de promesses, en intéressant à son travail un mâllem artiste et consciencieux, en lui montrant ce qu'il y avait de défectueux dans ses compositions personnelles par comparaison avec d'anciens modèles. Celui-ci s'est efforcé de retourner aux saines traditions de jadis, de raffermir son dessin, de rendre aux motifs floraux du décor leur précision et leur grâce, et ses œuvres indiquent un renouveau intéressant dont plusieurs ateliers subissent déjà l'influence. En même temps des recherches étaient faites pour les émaux, quelques formules anciennes étaient retrouvées et on peut espérer revoir sur les grands plateaux exposés au souq el-ferharin les nuances délicates des vieilles faïences de Fès.
Après ce paisible quartier, oii règne sous les vieux oliviers un calme si reposant, la petite place des soffarin paraît singulièrement bruyante. Toute la journée elle retentit du martellement sonore des chaudronniers fabriquant, outre les marmites et les lourds récipients, des plateaux en cuivre jaune ou rouge, et de hautes lampes à huile romaines, appelées candil, dont l'usage est complètement perdu. Ils façonnent aussi au tour divers ustensiles qu'ils cisèlent avec une réelle habileté, en les enjolivant de figures géométriques, de rinceaux et d'entrelacs, de rosettes, de fleurs ou de lettres, larges plateaux à trois pieds pour servir le thé, fines théières, braseros aux lignes harmonieuses,
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mefmar, sur lesquels l'eau bouillonnante chante dans de grandes bouilloires aux formes élancées, brûle-parfums légers, minutieusement ajourés, pesant flambeaux qu'on pose le soir près des matelas, lourds bassins qu-2 présente avant et après les repas une négresse empressée tandis qu'elle verse de l'eau avec d'élégantes aiguières au col mince et délicat, et ces amples récipients, tbaq, où pour le dessert ou au moment du thé on apporte les savoureux gâteaux aux amandes et au miel tant aimés des Marocains, kaâb-ghzal et el-haloua, recouverts d'un haut couvercle se terminant en pointe, el-mkebb. Malheureusement l'importation des produits anglais en argent, samovars, théières et boîtes pour le thé, a frappé d'un coup fatal ces beaux objets en cuivre. Le goût s'en perd de plus en plus en même temps que se corrompt la vision des artisans attachés surtout à imiter les nouveautés en faveur et oubliant peu à peu les formes gracieuses, d'une si parfaite harmonie de lignes, des modèles que ciselaient leurs aînés avec tant de soin et un sentiment artistique si sûr.
Quelques lanternes en cuivre ciselé et ajouré pendent devant les mosquées sous un auvent en bois sculpté et richement enluminé et, dans les maisons les plus somptueuses, sous les voûtes des galeries ou appliquées sur les brillantes parois zellijées de chaque côté de la massive porte qui ferme la pièce principale. Mais depuis longtemps déjà elles ne se font plus qu'en fer-blanc et c'est avec cette matière vulgaire
que sont confectionnés des immenses fenar, merveilleux de finesse et de légèreté, où brille le soir venu devant les mosquées la lueur discrète d'une bougie jouant au travers de vitraux de couleur habilement disposés, filtrant par les mille trous du dôme minutieusement découpé, ou que l'on voit apparaître brusquement au tournant d'une ruelle sombre pompeusement portés par des serviteurs de blanc vêtus précédant quelque haut personnage se rendant à une réception. Dans ces dernières années hélas, devant l'envahissement des lampes à pétrole, les mâllem ont abandonné les modèles anciens trop délicats et trop compliqués et pour satisfaire les acheteurs qui ne veulent plus payer cher les objets indigènes ils sont obligés de livrer un travail bâclé, fait sans goût et sans art. Jadis les musulmans seuls s'adonnaient à cette industrie qu'ils avaient su parer de toutes les joliesses que leur suggérait leur sens profond de la décoration, mais aujourd'hui plusieurs Israélites confectionnent avec de vieux bidons de pétrole et des boîtes de conserve ces mêmes petites lanternes aux jours grossièrement découpés qui, malgré tout, conservent une certaine élégance de forme.
Par contre, l'Islam prohibant de battre monnaie ou de manipuler de l'argent, tous les orfèvres de Fès sont des Israélites, travaillant pour la plupart à Fès Djedid dans la rue des Orfèvres. A part l'un d'eux, fournisseur du Sultan et possédant quelques bijoux anciens assez heureusement dessinés et finement ciselés, leur
travail est généralement médiocre. Les bijoux euxmêmes ne sont pas polis avec soin à leur sortie du moule, le sertissage des pierres précieuses est commun et la gravure banale, sans variété et sans finesse. Certains fabriquent uniquement les bijoux en argent, anneaux très simples qu'un bon Musulman ne peut tolérer d'un autre métal pour suivre l'exemple du Prophète qui ne porta jamais qu'une bague d'argent, et parures de toutes sortes pour les femmes berbères larges boucles d'oreilles ornées de boules de corail, colliers, massives plaques ciselées et mains de Fatma en guise de pendentifs, volumineux anneaux à charnière se fermant sur la cheville, el khlakhal, et aussi des et-tehlil, petites boîtes rectangulaires s'ouvrant comme un livre que les femmes portent en bandoulière pour y mettre leur argent et divers menus objets, où les enfants de six à sept ans, au moment de leur circoncision, serrent précieusement les pièces de monnaie qu'on leur donne à cette occasion. D'autres ne s'occupent que des bijoux en or, bagues souvenirs pour Européens avec l'éternelle main de Fatma, le porte-bonheur marocain, ornements pour les femmes musulmanes, bagues et bracelets presque toujours en or uni ciselé, lourdes boucles de ceinture serties de pierres rappelant vaguement la carapace d'une tortue, broches et diadèmes, tabâ de tous genres, petites plaques rondes en or gravé ou incrusté de pierreries que portent femmes et fillettes au milieu du front à la naissance des cheveux retenues par un fil passant autour de la tête, colliers
de boules d'or ou simples chaînettes où pend une énorme main de Fatma au centre de laquelle brille un gros point rouge, bleu ou vert, rubis, sapihir ou émeraude, boucles d'oreilles de styles différents et de toutes grandeurs jusqu'aux immenses en-nfatel, grosses comme des bracelets, arrondies pour passer dans le lobe de l'oreille, s'évasant par devant, épaisses et massives, garnies d'une rangée de pierres en saillie, supportées par une chaînette ou unûl reposant sur le sommet de la tête. Tous ces bijoux doivent être poinçonnés au Dar Sekka, l'ancien siège de la Monnaie, et jadis la sanction pour faux poinçonnage était la peine de mort. Le titre déterminé pour l'or et l'argent est celui qu'avait fixé le sultan Moulay Hassan; pour 100 grammes de métal, or ou argent, on tolère 10 grammes de cuivre. A l'encontre de ce qui se passe ailleurs, on poinçonne le lingot et non le bijou; c'est à l'orfèvre à préparer son lingot d'après l'objet qu'il veut fabriquer et veiller à conserver les traces du poinçon.
La mode capricieuse et changeante ainsi que le progrès trop souvent funeste au cachet artistique de beaucoup de choses ont fait tomber en pleine décadence la belle ferronnerie de jadis qui maintenant ne s'exerce plus que pour façonner les grilles grossières placées au dessus des cours des habitations modestes et les grillages plus fins des fenêtres intérieures. Au lieu des massives portes donnant sur la rue, d'une menuiserie rude, décorées de lignes de clous à grosse
tête, qu'elle savait orner de heurtoirs superbes en fer ajouré, de fortes et nerveuses pentures, représentant les cinq doigts de la main de Fatma, on ne trouve plus dans les constructions modernes que de banales portes enlaidies d'un affreux placage de morceaux de tôle juxtaposés.
La menuiserie heureusement a échappé, à cette déchéance et produit toujours de nombreux meubles sculptés et décorés, de robuste allure, bien que la facture et le coloris soient loin d'avoir la finesse et la douceur de tons des pièces anciennes que l'on trouve encore dans certaines familles; longues étagères délicatement façonnées, canapés, chaises de coiffeur servant pour les mariages au dossier très élevé se terminant par un arc d'ogive, petites armoires basses qu'on atteint sans se lever de son matelas, mignons berceaux en bois tourné, lits anciens posés sur le sol avant l'introduction de ces horribles lits de cuivre à dôme, et surtout ces coffrets précieux cloutés d'or ou marquetés comme ces tables charmantes, en forme de tabourets, oii les sculpteurs mélangent adroitement en des dessins gracieux et originaux des centaines de petits morceaux de bois de différentes couleurs, citronnier, ébène, cèdre ou arar, voisinant avec de la nacre ou de l'écaillé. Beaucoup de ces meubles peuvent, presque sans modifications, composer un ameublement à l'usage des Européens tout en conservant intacts le style et le caractère indigènes. Certains artisans fort habiles, fier et amoureux de leur métier, se sont mis
à en fabriquer et peu à peu ces tables, fauteuils, canapés et tabourets, armoires, étagères et coffrets, reprendront leur place familière dans les grandes pièces aux murs blancs égayés de corniches sculptées et de parois zellijées accoutumées à leur présence.
CHAFIIRE XIl
Avenir de Fès
Écoles franco-arabes. — École professionnelle. — Maind'œuvre. — Secteur électrique. — Dangers pour les petits capitalistes. — Efforts des fabricants et négociants français.
Il est de notre devoir de conserver intact cet admirable patrimoine industriel de la ville de Fès, de vivifier certaines branches qui tendent sinon à disparaître du moins à déchoir et à perdre de leur ancienne splendeur. S'il nous appartient de remettre dans la voie saine des belles traditions les ouvriers qu'avaient égarés le désir d'une imitation maladroite, c'est une obligation impérieuse de préparer les jeunes Marocains à la conception des belles choses, de diriger leurs aspirations vers un idéal artistique, de leur inculquer le sens de l'harmonie des lignes et cette autre qualité essentielle, un goût sûr qui sait reconnaître d'instinct s'il est ou non dans la bonne voie. C'est ce que le Protectorat Français s'efforce de faire dans les diverses écoles franco-arabes réparties par quartiers, où fréquentent gratuitement des enfants de toutes les classes de la société, et le Collège Musulman
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qui reçoit les ûls de familles aisées se destinant aux professions libérales. Des cours d'adultes y sont donnés, auxquels assistent un grand nombre de mokhazenis et d'assas, qui se familiarisent rapidement avec la langue française et quelques notions de comptabilité. D'autre part on supplée au manque d'institution spéciale pour les techniques indigènes en mettant sous les yeux des élèves des dessins, des photographies, des documents arabes, dont on cherche à leur faire saisir la beauté et qu'ils s'essayent ensuite à reproduire. Les efforts des maîtres tendent à ramener les jeunes générations vers le goût des choses anciennes manifestement belles et, lorsque leur esprit s'en est bien imprégné, on demande à ces enfants d'exprimer des idées personnelles, de dessiner selon leur instinct et à leur manière.
Tâche facilitée par l'éducation visuelle qu'on pourra leur donner grâce au musée récemment créé et où les organisateurs ont déjà pu réunir quelques pièces intéressantes, tapis, étagères, armoires et coffrets coloriés ornés de peintures, faïences multicolores de formes diverses et de décoration différente.
On ne se borne pas du reste au côté purement théorique. L'instruction primaire solide reçue dans les écoles franco-arabes sert plus tard de base à l'instruction professionnelle qu'on donne dès maintenant à l'école d'apprentissage créée en mars 1916 et installée dans une partie des vastes locaux de l'ancienne « Makina », cette usine montée à grands frais par le
AVENIR DE Fis
sultan Moulay Hassan et admirablement organisée sous la direction d'une mission militaire italienne. Le cycle d'études comprend trois années et on admet en principe vingt élèves par an. L'école est strictement réservée aux jeunes Marocains désireux d'apprendre le travail des métaux et du bois; ce sont tous des £l1s d'artisans venus bénévolemement après des conversations que l'inspecteur des arts industriels avaient eues dans les différents ateliers de la ville. Ils sont payés à raison de o P. H. 5o par jour pour commencer, afin de se conformer à la qaida qui exige que tous les apprentis soient rémunérés.
Les études sont divisées en deux parties, théorique et manuelle. Dans la matinée les jeunes élèves apprennent le français, le calcul, le dessin et la technologie spéciale au métier qu'ils ont choisi, bois ou métaux, sculpture, charpente, fabrication de meubles, marqueterie, charronnage ou chaudronnerie, forge, ajustage, travaux au tour. L'après-midi, ils travaillent dans l'atelier qui comprend pour le moment dix étaux fixés sur une longue table et dix établis, où ils font les uns des exercices d'ajustage, des travaux exécutés uniquement à la lime, les autres des exercices de sciage, de rabotage, d'assemblage au ciseau, suivis d'applications de ces assemblages pour des petits panneaux de porte ou autres pièces. Généralement les apprentis préfèrent le bois, parce que, disent-ils, c'est plus propre, mais les élèves pour les métaux ne manquent pas et les ouvrages exécutés par eux au bout
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d'un temps aussi restreint montrent que certains sont déjà de très habiles ajusteurs. Puis, lorsqu'il y a des travaux intéressants à l'usine faits par de vieux ouvriers, on les mène voir fonctionner les machinesoutils et c'est là un avantage particulièrement appréciable que cette portée pratique donnée à l'école d'apprentissage, cette application industrielle placée tout à côté, vivifiant aux yeux des élèves les enseignements théoriques qu'ils reçoivent, leur montrant de façon palpable l'intérêt des exercices auxquels ils s'astreignent.
Transformée maintenant en établissement de l'État, jouissant de son autonomie financière, administrée par un conseil d'administration à la tête duquel se trouve le Commandant de la Subdivision et gérée par un directeur qui est en principe le directeur de l'école d'apprentissage, cette usine rend de nombreux et précieux services qu'il conviendrait de ne pas diminuer par l'enlèvement envisagé d'une partie du matériel. Très habilement disposée pour l'aération et l'éclairage excellent dans n'importe quelle partie des salles, elle a cet immense avantage d'être pourvue d'une force hydraulique importante grâce à l'Oued Fès qui passe en entier à côté d'elle et fait fonctionner constamment, à peu de frais, quatre turbines. Elle est en outre dotée d'un outillage puissant et considérable qui représente plusieurs millions de francs, en bon état en général et facilement utilisable avec quelques réparations, atelier de forge avec marteau-pilon permettant de faire des