‹ Au Mexique, 1862:Chapitre 21 sur 46 · PUEBLA ET SES ENVIRONS · texte numérisé non relu

PUEBLA ET SES ENVIRONS

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Paria —bnp. Dnircnonf.

tenue de chacun comme un air de fête. Mais le temps marche; quatre lieues restent encore à parcourir, il faut se hâter. Aussi bien, voilà le sigpal de se mettre en route : la colonne s'ébranle. Il est neuf heures quand les cinq mille Français débouchent, le 5 mai, dans la plaine où s'élève Puebla. On aperçoit bientôt les clochers de la cathédrale; mais la ville n'apparaît encore, au milieu des jardins dont elle est entourée, que comme une masse confuse. A la distance où nous sommes, le cadre dans lequel nous la voyons est formé, dans le fond, par les hauteurs de ristaxihual et du Popocatepetl qui ferment la vallée de Puebla du côté de Mexico; à gauche, par le mont Tepozuchîl, au pied duquel est tracée la route que nous suivons; à droite, par le fort de Guadalupe. Tout est tranquille dans la plaine. On continue à marcher. Cependant, une ligne de tirailleurs ennemis ne tarde pas à se montrer sur notre droite et à ouvrir le feu ; mais, repoussée par nos chasseurs à pied, elle se retire lentement, et finit par disparaître derrière la pente boisée qui relie Guadalupe à Puebla. Le général commande halte, et fait faire le café, pendant que son chef d*état-major, le colonel Valazé, exécute une reconnaissance avec Tescadron de chasseurs, dans la direction de la Bementeria. Son but est d'étudier le terrain qui conduit à Guadalupe, et

de ju{jer, autant que possible, de la position exacte du fort.

Guadalupe couronne un mouvement de terrain d un relief très-prononcé, qui se développe en avant de nous et vers la droite, en nous cachant complètement San Loretto, autre petit fort situé à l'extrémité opposée du même mouvement de terrain. — Distant de Guadalupe d'environ mille mètres, Loretto domine aussi, mais beaucoup moins, le nord de Puebla. On doit pouvoir aborder San Loretto, qui nous est complètement invisible, par des pentes plus douces que celles de Guadalupe, mais aussi sous des feux plus redoutables. Son attaque exigerait un mouvement trèslarge, qui, en outre, exposerait pendant longtemps les troupes au feu de Guadalupe, et nous tiendrait éloignés du convoi, autour duquel son importance, aussi bien que notre petit effectif, nous contraint de conserver nos réserves. Quoi qu'il en soit, Guadalupe commande Puebla; la possession de ce fort doit entraîner nécessairement la reddition de la ville ; il est donc la clef de la position, c'est-à-dire le vrai point d'attaque, choisi, au reste, par le général, dès la veille. Pour y arriver, il faut se porter avec une partie des forces au delà d'un profond ravin \ accessible à l'infan-

> G F. (Voir la carte.)

terie, mais qui nécessite quelque travail pour le passage de Tartillerie. Le génie se met rapidement à l'œuvre, et, au bout d'une heure, il a rendu les pentes praticables aux voitures.

Cependant, le regard tourné vers la ville, le général semblait attendre Teffet de ces promesses tant de fois répétées depuis le jour de son débarquement. Vainement il cherche dans cette plaine devenue tout à coup silencieuse 1* « enthousiasme de Puebla l'antijuariste », les " dix mille hommes de Marquez » qui auraient dû s'y trouver en même temps que lui, et ce a grand parti de l'intervention » qui, depuis trois mois, lui était annoncé, chaque jour, pour le lendemain!

Rien dans la plaine, rien sur la route. — Soudain, retentit un coup de canon, un seul. Il est parti du fort de Guadalupe. A ce signal, qui est peut-être pour l'ennemi celui du combat, le général prend ses dispositions d'attaque.

Trois colonnes sont formées.

La première comprend deux bataillons du 2* régiment de zouaves et dix pièces. Elle a ordre de franchir le ravin ' , de marcher parallèlement au fort de Guadalupe dans la direction de droite *j puis, une fois arrivée à la hauteur du fort, de tourner à gauche et de se diriger vers lui.

» Entre C F. (Voir la carte.) * Direction de G. (Id.)

La seconde, composée du bataillon de marins et d'une batterie de montajjfue servie par la marine, a pour mission de suivre la première et de s'opposer, pendant sa marche, à tout mouvement tournant sur son flanc droit. — La troisième, forte d'un bataillon d'infanterie de marine, devra s'établir en arrière de la ligne formée par les zouaves, et se tenir prête à les appuyer. — De son côté, l'intendant Raoul est chargé d'installer provisoirement l'ambulance derrière une maison en ruine, et de faire transportel* l'ambulance volante à quinze cents mètres plus en avant, dans une grande ferme, la Rementeria, propre à abriter les blessés. La garde du convoi massé sur la route de Puebla, en arrière de la garrita de Amozoc *, et la surveillance de cette route sont confiées aux quatre seuls bataillons qui restent encore disponibles. L'escadron de cavalerie est particulièrement chargé d'éclairer les flancs et les derrières de la division. Le général donne l'ordre de commencer le mouvement. Aussitôt, les trois colonnes franchissent le ravin (C F) et marchent à travers la plaine (G) , dans la direction qui leur est indiquée.

En ce moment une hgoe de feu éclaire la face du fort qui a vue sur notre attaque, et des boulets

* En C. (Voir la carte.)

bien dirigés viennent ricocher au milieu de nos lignes. Plus de doute, c'est la lutte!

Il est midi. Voilà notre colonne de tête qui anMve au changement de direction; elle fait un à gauche, et, pendant que l'artillerie prend position à deux mille deux cents mètres de Guadalupe, les zouaves se déploient des deux côtés de nos batteries, attendant, l'arme au pied, l'ouverture d'une brèche qu'ils sont impatients de franchir. .

Le feu de notre artillerie commence; celui de l'ennemi devient plus vif. D'un point de la campagne qu'il a choisi pour mieux juger le combat, le général a bientôt constaté que notre tir, malgré sa justesse, est menacé de rester sans effet. Il envoie aussitôt au commandant de l'artillerie l'ordre de se porter en avant et de recommencer le feu. Toutefois, la disposition du terrain est telle qu'on perd complètement de vue le fort quand on s'en approche, et qu'il n'est pas possible, pour le canonner, de placer les dix pièces d'artillerie montées à une distance plus proche que deux mille mètres. Au delà se présente une nouvelle barranca (ravin) ' , au sortir de laquelle commencent les pentes qui conduisent à Guadalupe. Aussi l'ennemi, dont les pièces sont parfai-

* p. (Voir la carte.)

tement servies*, a-t-il, dès le commencement, Tavantage du tir; et nous nous voyons forcés, au bout de cinq qaaits d'heure d*uue canonnade qui a épuisé la moitié de nos munitions sans endommager les défenses de Guadalupe, de remettre le sort de la journée à Tintrépidité de notre infanterie seule.

Le général est déjà accouru; déjà il a formé deux colonnes avec toutes les troupes présentes sur le lieu du combat, et il leur a montré les faces de Guadalupe, sur lesquelles elles reçoivent Tordre de s'élancer *. D'un côté, le commandant Cousin, à la tète d'un bataillon de zouaves, franchit à gauche les mouvements de terrain qui sont devant lui, et va atteindre le pied du glacis; de l'autre, le commandant Morand se dirige obliquement à droite avec un autre bataillon de zouaves, pour se rabattre ensuite sur Guadalupe, en cherchant à s'abriter des feux de Loretto. Deux détachements de sapeurs suivent chaque colonne. Us emportent chacun une planche garnie d'échelons cloués, moyen d'escalade bien insuffisant, mais le seul que la précipitation des événements permette de leur procurer. Le détachement de gauche est

* Un boulet passa si près de la joue du capitaine d'artillerie Hai tun^j qu*il roussit sa barbe, lui brûla légèrement la peau et lui enleva son képi.

* Les colonnes traversent le ravin B. (Voir la carte.)

muni, en outre, d'un sac de poudre destiné à faire sauter la porte du réduit.

Sentant que la victoire dépend du coup d'audace tenté en ce moment, le pénéral n'hésite pas à envoyer chercher le bataillon de chasseurs à pied resté à la défense du convoi, et à le faire conduire sur la position. Il sera le soutien du bataillon Cousin.

Le général et son état-major suivent le mouvement des troupes pour aller s'établir sur un point d'où il soit aisé de tout voir et de tout diriger. Reconnu par l'ennemi à son fanion, depuis qu'il est en plaine, le général n'a point cessé d'être le point de mire des artilleurs mexicains, mais la mort n'a fait encore que menacer, voilà maintenant qu'elle frappe h ses côtés, Un boulet arrive, ricoche, enlève de cheval le sous-intendant Raoul ', et le jette expirant dans la poussière. L'abbé de la division passe en ce moment, il voit le malheur, il accourt, met pied à terre, et, soutenant le mourant d'une main, il le bénit de Tautre. Touchant spectacle que celui de cette calme et sereine bénédiction du prêtre au milieu de la mort qui l'environne.

Cependant la lutte continue plus terrible. —

* La mort de Tintendant Raoul était une (grande perte. Toutefois, ce remarquable administrateur avait pris de telles dispositions que, lui mort, le corps expéditionnaire ressentit

A mesure que nos colonnes approchent du fort, la défense se multiplie, le feu redouble; ce n'est bientôt plus dans Tair qu'un sifflement non interrompu de boulets et de balles. A gauche, les chasseurs à pied viennent de paraître sur la position ' ; les voilà qui s'élancent à côté des zouaves. Quelle lutte d'héroïsme entre ces hommes pour escalader les formidables défenses encore intactes de Guadalupe, et pénétrer dans ce fort hérissé de baïonnettes qui ne cesse de vomir la mitraille! Ici, c'est le capitaine Gautrelet, du 2* de zouaves, qui se fait une échelle des épaules de ses soldats; là, c'est le clairon Roblet, qui, hissé sur le parapet, y arbore le fanion du 1*' bataillon de chasseui^ à pied, et sonne la charge; plus loin, c'est le souslieutenant Gaze, qui décharge, par une embrasure, les six coups de son revolver sur les canonniers ennemis; pendant que, sur le rebord de la contrescarpe, à quelques pas des canons mexicains, se tient fièrement planté le drapeau du 2* zouaves, ce muet contemplateur de tant d'actions d'éclat! Une balle frappe mortellement le porte-drapeau ; un sous-officier le remplace et tombe à son tour. Alors, un vieux zouave, à qui son ancienneté et sa réputation de bravoure ont

pendant lon^emps encore les effets de sa prévoyante sollicitude.

* En avant de I. (Voir la carte.)

acquis le singulier privilège d'appeler ses officiers : u Mes enfants », saisit à sou tour le drapeau, et le brandissant au-dessus de sa tète avec un geste de défi : « Venez le chercher! »» s*écriet-il d'une voix tonnante. Mais aussitôt, serrant, par un mouvement convulsif, son précieux trésor contre sa poitrine, il s'affaisse et roule avec lui dans le fond du fossé. En vain nos soldats franchissent le fossé et couronnent en grand nombre la partie du parapet qui est en terre ; tous les efforts viennent se briser contre un réduit inexpugnable, dont l'église forme le centre, dans lequel sont disposés trois étages de feu, et que défendent les troupes des généraux Negrete* et Bériozabal.

' Le g^énëral Ne^^te dut, en ce moment, payer de sa personne pour empêcher de se propager parmi ses troupes un mouvement de sauve qui peut, et pour maintenir sur le parapet les défenseurs qui semblaient disposes à Tabandonner C'est lui qui. Tannée suivante, exprima au lieutenant Galland, feit prisonnier pendant le second siéçe de Puebla, l'admiration dont l'avait pénétré l'assaut donné à Guadalupe le 5 mai, et qui raconta Témotion causée par cette lutte « fantastique » . — Puisque le nom de Galland (Théodore) est sous notice plume, rappelons que le combat dans lequel cet héroïque et regretté soldat a été fait pnsonnier avec sa colonne d'attaque, est digne d*être rangé au nombre des plus beaux faits d'armes de rhistoire. -— Le 6 avril 1863, pendant le siège de 'Puebla, à la suite d'un assaut malheureux, Galland était a!iandonné avec une poignée de zouaves du i*' régiment au delà d'une barricade, en pleine ville de Puebla ! Mais Galland ne perdit pas courage; il se barricada avec ses hommes, refusa de mettre

Enfin, comme pour rendre impuissants nos derniers efforts, un violent ora(][e accompa{;né de torrents de grêle et de pluie s'abat sur la plaine : le sol, détrempé en quelques instants, cède sous les pas de nos hommes, qui glissent dans le fond du fossé, d'où un bien petit nombre parvient à atteindre le glacis '.

Pendant que cet assaut prodigieux se livre à la

bas les armes, attendit, espéra et se défendit pendant sept heal'es, c'est-à-dire jusqu'à la dernière cartouche, presque jusqu'à son dernier homme, car sur cinq zouaves demeurés auprès de lui deux seulement restaient debout ! Encore le lieutenant Bt-il ses conditions : • Aot/5 conserverons nos armes • , dit Galland au général La Llave, devant lequel il se fit conduire ; « 7201/5 serons trailés avec les égards dus à des soldats, et « à ces conditions nous serons vos prisonniers : sinon, si •» vous refusez ce que je vous demande ^f irai rejoindre mes m soldats, comme c'est mon droit de parlementaire, et vous « viendrez nous prendre ! • Le général La Llave se connaissait en courage ; il embrassa Galland avec émotion et lui accorda tout ce qu'il demandait.

Ces quelques lignes sont l'esquisse de Tadmirable combat du 6 avril 1863; pour en connaître toutes les péripéties émouvantes, il faut hre le récit que Galland lui-même en a hM et que M. Ch. Gavard a publié chez J. Gervais sous ce titre : Un officier de zouaves. Cet opuscule reproduit également le journal de Galland pendant la guerre de 1870; M. Gavard a fait suivre ses souvenirs de commentaires aussi délicats que touchants.

L'héroïque Galland est mort général en 1885. •— Sa gloire lui survit.

* En arrière de \, (Voir la carte.}

gauche, la colonne Morand attaque la droite de la position. Mais, de ce côté, le terrain n'est pas moins coupé de défenses de toute nature, défenses infranchissables pour nos troupes, dans les conditions où elles se trouvent.

Deux lignes d'infanterie mexicaine, bien embusquées» appuyées par une nombreuse cavalerie, sont déployées sur la crête qui rejoint le fort Guadalupe à celui de San Loretto. Nous marchons droit sur l'ennemi ; mais nous sommes pris aussitôt en flanc par la batterie de Loretto, invisible jusqu'alors, et qui nous cause des pertes sensibles. — Les marins et la batterie de montagne, tenus en réserve, sont envoyés successivement au secours des zouaves, et le combat reprend avec un nouvel acharnement. Un moment, nous croyons à un secours; des cavaliers s'élancent vers nous, au cri de : « Almontel Almonte! » Sans doute ce sont des amis. Quelle joie de leur ouvrir nos rangs ! Courte illusion ! les cavaliers nous chargent à outrance. D'autre part, nos troupes, prises entre les feux croisés du fort et des masses accumulées sur la hauteur, fléchissent sous la mitraille, et finissent par se replier derrière les premiers mouvements de terrain. Leur concours manque donc à l'attaque de gauche.

Au même moment, un combat héroïque avait lieu dans la plaine entre deux compagnies de

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iê% AU MEXIQUE.

chasseurs i pied et une partie de la cavalerie mexicaine. Le commandant Mangin et le 1" bataillon de chasseurs venaient de gravir la pente conduisant à Guadalupe, guidés par un lieutenant d'état-major qui avait été chargé de leur indiquer le point d'attaque; ils étaient à quelques pas du fossé, quand, du côté des jardins de Puebla^ il se produisit, au milieu des arbres, comme un remous rappelant les ondulations que forment à distance les colonnes en marche. Ce fut un trait de lumière : plus de doute, derrière ces arbres, l'ennemi se préparait à profiter de Téloignement de l'escadron de chasseurs d'Afrique, — en surveillance du côté du nord-est, — et de l'isolement du bataillon, pour attaquer ce dernier sur ses derrières.

Sans perdre un instant, le lieutenant, après avoir prévenu le commandant, — dont l'attention était tout entière concentrée, en cet instant suprême, sur la face de Guadalupe qu'il allait tenter d*escalader, — s'élança au galop à la recherche du général de Lorencez. Quelques minutes après, le général , mis au courant du danger qui menaçait les chasseurs à pied, envoyait le lieutenant Ney d'Elchingen transmettre au colonel L'Hériller, — resté avec quatre bataillons, sur la grande route, à la garde du convoi, — l'ordre de faire appuyer en toute hâte le commandant Man-

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COMBAT 1 (Attaque du fo

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gin par un bataillon du 99* de ligne; puis il se dirigeait rapidement vers un mamelon où il arrivait au moment où la cavalerie mexicaine se ruait sur les deux compagnies d'arrière -garde du bataillon de chasseurs.. Les événements s'étaient en effet précipités : ces deux compagnies restées en arrière de leur bataillon et déployées en tirailleurs face aux jardins de Puebla, pour protéger le flanc de la colonne d'assaut, s'étaient vues tout à coup assaillies par une nuée de cavaliers. Se rallier au pas de course autour de leur chef, faire face à l'ennemi et le recevoir à bout portant fut l'affaire d'un moment.

Les escadrons mexicains lancés à bride abattue vinrent se heurter contre les baïonnettes des chasseurs, sans pouvoir rompre leur faisceau. Une seconde charge eut le même sort que la pre» mière , et l'on put voir, après quelques moments d'angoisse, les deux compagnies françaises (cent trente hommes environ) sortir victorieuses etsaus s'être laissé entamer, d'un combat livré contre quatorze à quinze cents cavaliers.

Le bataillon du 99* de ligne que le général avait envoyé chercher accourut au pas gymnastique, mais l'ennemi était déjà en fuite quand il arriva.

11 est quatre heures. On marche depuis cinq heures du matin, et l'on se bat depuis midi.

Témoin des efforts surhumains de ses troupes

pendant cette lutte inégale, reconnaissant Fimpossibilité de faire une tentative nouvelle sur Guadalupe, le général de Lorencez donne le signal de la retraite.

La journée du 5 mai nous coûta : 15 officiers tués, 1 disparu et 19 blessés; 35 hommes tués, 127 disparus et 285 blessés. Total, 482.

Les Mexicains eurent 83 hommes tués, 132 blessés et 12 disparus.

La victoire n'était plus possible ; il fallait songer à réparer notre échec et à rétrograder d'abord vers nos bases d'opérations. Retraite des plus difficiles sans doute, mais dans laquelle il n'y eut pas que l'honneur de sauf; la gloire elle-même fut sauve.

Le soir de ce combat, six hommes à cheval allaient et venaient, en silence, au pied du fort Guadalupe, fouillant dans Tobscurité les moindres replis du terrain. Un capitaine et un lieutenant d'état-major, deux chasseurs d'Afrique et deux trompettes composaient cette troupe; Capitan la commandait. Il avait reçu du colonel Valazé Tordre d'assister au défilé des colonnes battant en retraite, et de ne rentrer au camp qu'après s'être assuré que toutes étaient en marche pour aller prendre les emplacements de bivouac déterminés par l'état-major.

Depuis longtemps les différents bataillons avaient

passé; seul, celui de Tinfanterie de marine placé dans un ravin, par ordre du général, n'avait pas reparu. C'était à sa recherche qu'étaient occupés, en ce mo-* ment, les deux officiers et les quatre chasseurs d'Afrique. — Il était déjà nuit, et l'on n'avait encore trouvé aucune trace du bataillon. — Capitan, soucieux, se demandait quel parti prendre, quand se tournant, tout à coup, vers un des trompettes : « Sonnez » , dit-il, « la marche du régiment de l'infeinterie de marine. » — Le trompette sonna, et les échos répétèrent ses notes claires et troublantes qui s'égrenèrent au milieu de la nuit, comme autant de sons alarmants pour les défenseurs de Guadalupf^. — Toujours rien. — « Sonnez « la marche de la division» , ordonna Capitan; nouvel appel; nouveau réveil des échos; déception nouvelle! tt Sais-tu bien » , dit le lieutenant à Capitan son ami, « que si les Mexicains avaient la curiosité d'entendre « de plus près nos sonneries, nous pourrions, d'un « moment à l'autre, avoir cent à deux cents hommes a sur les bras ?» — « Ce n'est pas douteux » , répondit Capitan, a mais les Mexicains n'auront pas « eette curiosité; à la suite d'une journée comme « celle que nous venons de traverser, vainqueurs et « vaincus sont trop occupés à panser leurs plaies tt pour se hasarder hors de leurs murailles ou de a leur camp; et sois certain qu'en ce moment nous (i jetons l'épouvante dans Guadalupe. » Et Capitan disait vrai. Nous apprîmes depuis que nos sonneries avaient pénétré d'effroi les Mexicains ; que Saragoza avait cru à un retour offensif et à une attaque de nuit de la part des Français.

Cependant, convaincu que l'introuvable bataillon

ÏM AC MEXIQCE.

airak dâ soirre le monreiiienl des troopes, par on chemin différent de celoi qne noos étions chargés de sorreiller, CapiCan se décida à rallier la dirision.

11 était prés de onze heures quand nous airÎTàmes ao camp, oà régnait à notre sujet la plus gruide anxiété. La première nonrelle qui nous j accueillit lot celle de la présence an birouac de ceux-là mêmes que Capitan, à la tète de sa petite troupe, arait cherchés Tainement, jusque sous les remparts de Guadalupe, arec une témérité sans égale, arec ce d^bin do péril qui était un des reflets les plus lumineux de sa nature cberaleresque.

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