‹ Au Mexique, 1862:Chapitre 7 sur 46 · LA CHINA · texte numérisé non relu

LA CHINA

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ma femme et mes enfants comme à votre entière disposition. »

Quoique cette formule ne soit pas, bien entendu, à prendre à la lettre, elle n*en a pas moins une ampleur qui répond au caractère fastueux du créole. Il veut faire grand.

Sensible au bien-être, le créole se montre indifférent à la souffrance. Insouciant du lendemain^ joueur effréné, il dépense et l'argent gagné au jeu et celui acquis par son travail.

Nous avons souvent constaté chez le créole de la basse classe un souverain mépris de la mort. Un jour que nous étions aux avant-postes, nous vîmes arrêter un pauvre diable accusé d'espionnage. Menacé d'être fusillé, le prisonnier commença par protester cnergiquement de son innocence; puis, comme on lui dit qu'on allait délibérer sur son sort, il s'assit sur le bord d'un fossé, et alluma gravement une cigarette.

Rien ne prouvant que l'homme arrêté fût un espion, ordre fut donné de le mettre en liberté. Cependant, avant de le relâcher, on lui posa de nouveau cette question : « N'as-tu à faire aucun aveu? — Non, répondit le Mexicain, qui se crut condamné, vous pouvez me fusiller, je suis prêt, n Puis, s*adressant à un officier : a Faites-moi seulement la grâce, seigneur lieutenant, de me permettre de rallumer à votre pipe

ma cigarette éteinte. » Ce qu'il fit de Tair le plus naturel, sans l'ombre d'ostentation. Quand on lui apprit qu'il était libre, il salua et se retira avec dignité, sans surprise ou joie apparente.

Le créole mexicain connu sous le nom de caballero ne reçoit qu'une éducation superficielle ; il n'en a pas moins toute la fierté espagnole. Il en résulte qu'il méprise le commerce et vit de misère dans une administration quelconque, quand il n'entre pas comme officier dans l'armée.

Ce tempérament explique pourquoi le Mexique, qui a tous les climats, toutes les productions, toutes les richesses, dépérit lentement : l'homme y a horreur du travail. .

I^a femme créole est toujours gracieuse, souvent- jolie ; elle a un ovale de visage charmant; ses grands yeux noirs ou bleus sont généralement frangés de longs cils recourbés ; son nez est mince et légèrement busqué; ses lèvres rouges rient sur des dents éblouissantes et mettent à son teint chaud et doré une note éclatante.

Dans sa maison, quand elle n'a pas le pied nu, elle l'a chaussé d'un tout petit soulier de satin de toutes nuances. Sa mise, des plus simples, se compose d'un corsage ou vestido, d'une robe de soie, d'un tapalo, petit châle de soie brodé qu'elle porte coquettement en guise de mantille, qui

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remplace le rebozo populaire et lui sert pour se couvrir la tête.

Son abondante chevelure qui flotte sur ses épaules, et dont elle est très-vaine, est l'objet de ses soins les plus minutieux. Jamais le fer des ciseaux ne Tapproche; aussi quel prix n'estimet-on pas dans ces contrées une mèche de cheveux accordée par une novia !

A l'heure du Paseo ou de YAlameda (sorte de Champs-Elysées et de bois de Boulogne), la femme créole se pare de ses plus brillants atours et va se faire admirer dans sa voiture, où elle ne cesse de jouer de l'éventail le plus {jracieusement du monde. Veut-elle saluer une amie? Elle avance le bras hors de la voiture, et elle fait mouvoir les doigts de sa main avec une vélocité inouïe. Si, au contraire, c'est un rendez^ vous à la portière qu'elle entend donner, elle tourne la main les doigts en dessous, et elle fait exécuter à ceux-ci, qu'elle tient réunis, un rapide mouvement de va-et-vient. Cela veut dire :

tt Venez... « ou « Je t'attends w .

Le costume des hommes créoles est plus recherché et plus luxueux que celui des femmes. En général, il se compose d'une veste, d'un gilet et d'une ca/zonera en peau de daim ou de velours couverts à profusion de broderies, de galons, de

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bouffettes et de pendeloques en or ou en argent. La calzoneza (pantalon) est fendue sur les côtés le long de la couture, que garnissent de riches boutons en métal artistement ciselés, et laisse entrevoir par ces ouvertures, sorte de crevés, un autre pantalon, mais celui-ci en toile blanche ornée de broderies. Une chemise brodée, un foulard aux couleurs vives passé autour du col et une ceinture de soie rouge pour serrer la taille, complètent le costume. Reste la coiffure, qui n'est autre que le sombrero national aux larges ailes galonnées, dont la calotte est entourée, en guise de ruban, d'une toquilte, — torsade faite d'or ou d'argent, — représentant le plus souvent un serpent aux yeux en diamants, en rubis ou en toute autre pierre précieuse.

Ainsi vêtu et monté sur un beau cheval, le cavalier mexicain, auquel ne manquent ni l'adresse ni la grâce, a vraiment grand air. Son luxe est le cheval, et cela se comprend aisément dans un pays dont les routes, — quand il y en a, — sont exécrables, et où il n'existe pas de moyens de locomotion.

Il apporte dans la composition de son harnachement une recherche tout orientale. La têtière et les rênes de la bride sont des cordonnets de passementerie ornés de houppes de soie; le long

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