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tures, les meubles, les coffrets, mille délicatesses dont ils ignorent l'usage, et qui, à cause de cela, les exaspèrent. » Cette fois, je péchais par candeur. En revanche, j'ai souvent détruit pour mieux faire, parce que chaque génération se déprenait naïvement du goût de la veille, pour satisfaire à mon cruel besoin d'idéal. Ce souci furieux de la perfection a permis aux époques injustes et fécondes d'inventer des formes nouvelles et de varier les aspects du beau.
» Les Francs de la Croisade, pour mériter le paradis, ont mis en poussière les Aphrodites et les Athènes qui dormaient sous les asphodèles du duché d'Athènes, mais ils ont découpé l'ogive gothique sur l'azur d'IIellas. Si Louis XV a démoli le Grand Degré, les Petits Appartements sont nés de ce crime. Votre évéque Fénelon estimait vilaine et absurde l'ordonnance de la cathédrale de Reims. M. de Voltaire, que vous me pardonnerez de citer parce qu'après tout il était déiste, ne voyait que des magots barbares dans les statues du treizième siècle. Son correspondant le président de Brosses, un des hommes d'esprit les plus nigauds que votre miséricorde ait jugés, a fait des mots cruels devant le Palais Vieux de Florence. Soufflot, à la veille de sa mort, menaçait la façade de Notre-Dame de volutes gigantesques. Stendhal, qui ne brillait point par l'ingénuité, adorait dans l'Albane le dieu de la peinture italienne. Les anciens pensionnaires de la Villa Médicis ont joué à la paume contre les fresques toscanes de la Sixtine. Tout cela en vertu de cet amour de l'idéal que votre grâce a mis en moi, et pour mieux chercher le beau inconnu.
» Je ne le ferai plus, Seigneur ! D'ailleurs, il y a bel âge qu'ayant plus d'intelligence que de génie, je ne casse plus rien. Si d'aventure il m'arrive encore de détruire.
ce n'est plus que pour restaurer. J'ai renoncé presque à la joie sauvage de créer. Désormais, civilisé et las, je conserve, je me repose el je contemple. \'oyez les Français, ceux de vos fils qu'il vous plut d'élire pour continuer les Grecs de Périclès et les Italiens du Quattrocento. Si jamais peuple a brisé, soit par espièglerie naturelle, soit par zèle et lerveur, c'est bien celui-là. Son histoire est jonchée de ruines. Ses musées ressemblent à ces ambulances des lendemains de victoire, où gisent péle-méle des mutilés glorieux. Les Français ont ravagé leurs ouvrages plus qu'aucune nation du monde. Toutefois, dès le temps de cette digne marquise de Sévigné qui savait le latin comme un docteur, écrivait le français comme une fée et s'entendait aux choses de l'art comme les poules de Grignan, un bon monsieur, nommé Roger de Gaignières,ramassaitsur les champs de bataille du progrès les blessés du beau et le^ hospitalisait dans ses greniers. Lors de la Terreur, lorsque Louis David guillotinait dans leur influence les confrères qui n'adoraient pas l'idéal selon son rite, Alexandre Lenoir offrait aux génies proscrits un asile et les sauvait au péril de ses jours. Aujourd'hui, grâce à l'exemple de ces justes, le respect du passé devient la dernière religion des modernes. La France elle-même, si amoureuse des modes étrangères, a fini par découvrir que sa gloire artistique possédait des titres de noblesse bien à elle, aussi vénérables et aussi purs que ceux de quiconque. Seigneur, au lieu de me damner à la légère, vous feriez mieux d'assister à l'inauguration de l'Exposition des Primitifs français qui va s'ouvrir au pavillon Marsan, — Il y a du vrai là dedans, conclura l'Eternel. Qu'on me présente M. Henri Bouchot.
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Notre ami Bouchot, qui n'a besoin de personne pour le présenter, peut être fier de son oeuvre. Voué depuis longtemps à l'art national, il assiste aujourd'hui au triomphe des idées dont il a été le digne champion. Aussi généreux que savant et modeste, il ne nous pardonnerait pas d'oublier ceux qui l'ont encouragé et secondé. Saluons les initiateurs de l'Exposition des Primitifs français en MM. Aynard, Georges Berger, Jules Guiffrey, Lasteyrie, Gustave Dreyfus, Fenaille, des noms qui s'inscrivent toujours aux bulletins des bonnes batailles. Pour découvrir- les œuvres, les identifier, les classer savamment, M. Bouchot avait à ses côtés son dévoué secrétaire M. Lemoisne, M. Jean Masson qui menait à travers la France, en automobile, la chasse aux gloires oubliées, MM. Marcou, Durrieu, Jean Guifîrey, Vitry. Partout on a rivalisé de libéralisme et de bonne grâce. Le Louvre, par une mesure exceptionnelle que tout justifiait, a consenti à mobiliser quelques-uns de ses plus rares trésors. Le vénéré et savant maître M. Léopold Delisle a voulu que la Bibliothèque nationale prit part à la fête de l'art français. Berlin a prêté son portrait d'Etienne Chevalier, Anvers sa Madone aux traits d'Agnès Sorel ; grâces en soient rendues à M. Bode et à M. Rijswijck. Un tel congrès où les peuples rivaux s' entr' aident, pour l'éducation de tous, se perpétuera comme une date heureuse. Les points de vue mesquins, les rivalités de clocher, les jalousies de musée à musée ont disparu devant un principe supérieur. Une collaboration internationale s'est établie pour aider la France à écrire un chapitre de son histoire.
Superbe et émouvant chapitre, qui nous faisait faute. Sculpteurs sans pareils, architectes parfaits, verriers
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prestigieux, il eût été admirable que nos pères n'eussent pas été peintres. Pourtant, le souvenir de notre primitive peinture avait sombré quasiment tout entier. Pourquoi ? Pour mille raisons qu'il serait long et malaisé de dégager ici : parce que l'engouement pour les formules ultramontaines avait rejeté nos artistes dans l'ombre, parce que nos précurseurs n'avaient eu ni un Vasari bénisseur ni un crédule Van Mander pour scribes de leurs prouesses, parce que nous avons parfois, sachons l'avouer, plus de vanité que d'orgueil dans l'esprit, et dans l'âme des trésors d'oubli.
Enfin Jean Coste, Enguerrand Charonton, Nicolas Froment, Bourdichon, Perréal sortent de la nuit où les muraient l'ignorance et l'ingratitude. Voici ce Maître de Moulins, vengé naguère par la piété éclairée de M. Camille Benoît, qui nous apparaît dans toute sa maîtrise. Voici Jean Fouquet, prince des primitifs de notre race. De savants écrivains, M. Gruyer, M. Lafenestre, préparaient et annonçaient depuis longtemps son triomphe. Pour la première fois, on livre à l'admiration l'ensemble de son œuvre, si claire et si franche, droite et robuste comme une riche fleur des jardins de la Loire. Voici le bon valet de chambre du roi Jean, Girard d'Orléans, qui suivit son maître captif en Angleterre et le peignit pour l'hôtel Saint-Pol : rude image de chevalier, court d'esprit et prompt à l'attaque, où ce don de la vie qui sera celui de nos portraitistes perce déjà dans le sauvageon.
La peinture ne se décrit point. Il faut aller prendre la leçon en face des murs où elle s'étale, voir et revoir, entre autres témoignages inappréciables, le Parement de Narbontie, l'Apocalypse d' Angers, le Triptyque de Moulins, le Buisson ardent. A noter, non sans une