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PALAIS DE POITIERS

Paris rentre. Cela se reconnaît à deux signes certains: les Variétés font leur réouverture et l'on recommence à parler des Primitifs.

Jamais nous n'avons tant aimé le moyen âge que cette année. Notre curiosité ne cueille plus que des fruits verts ; c'est une gourmandise de vieil enfant. Au printemps dernier, le code de l'élégance spirituelle exigeait de ses adeptes qu'ils fissent de longues stations studieuses au pavillon Marsan. A peine initiés aux anciens maîtres français, nos amateurs mondains sont partis pour le pèlerinage de Sienne. On les a vus prendre des notes dans toutes les salles du vieux palais de la Seigneurie. Après Nicolas Froment et le Maître de Moulins, c'est Duccio deBuoninsegna qtii est promu à la dignité de peintre à la mode. Maintenant, on part pour Cologne, où la vente Bourgeois promet des délices aux adorateurs du dieu Bibelot. Il fut un temps où l'on se faisait présenter à une jolie femme pour lui demander

un tour de valse; aujourd'hui on l'invite à identifier. Les sports se suivent sans se ressembler.

Celui-là, au moins, est inodensif et ne manque pas de grâce. Soumettons-nous ; soyons médiévistes. Il n'y a rien de plus actuel que le passé.

Je range les volumes entassés sur ma table pendant la période heureuse où l'on n'ouvre pas son courrier. Voici un livre, de format imposant, un de ces livres avenants et nobles, comme on sait si bien les faire aujourd'hui. Je lis sur la couverture le nom d'un ami. C'est le Palais de justice de PoJiers, par M. Lucien Magne. Le titre de l'ouvrage et le nom de l'auteur me rappellent toute une petite campagne administrative, qui eut ses difficultés et ses joies. Elle a réussi, grâce au zèle d'un homme qui, artiste, croit à son art et, fonctionnaire, croit à sa fonction. On ne doit garder de la vie publique que les bons souvenirs. Elle vous laisse des dettes, d'origines et de qualités différentes, qu'on ne peut acquitter toutes. Les plus pressées sont celles de la gratitude.

Architecte de l'école de Viollet-le-Duc, M. Lucien Magnè est de ceux qui prêchent à notre jeunesse artistique la religion des monuments français. Il enseigne, de précepte et d'exemple, avec ferveur et sagacité. Sa mission d'inspecteur général l'appelle sur tous les points du territoire où il y a un monument historique blessé par accident ou malade de vieillesse. C'est là une médecine où le diagnostic est souvent obscur et la thérapeutique délicate. On procédait volontiers jadis par opérations chirurgicales et plus d'un patient survit tant bien que mal avec un ventre de métal ou une jambe de

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