‹ Au Milieu Du Chemin 1852-1855: CorrespondanceChapitre 13 sur 67 · A AUGUSTE BARBIER · texte numérisé non relu

A AUGUSTE BARBIER

Weimar, vendredi 19 novembre 1852.

Mon cher Barbier, Je profite d’un quart d’heure de liberté que me laissent nos répétitions pour vous dire que la premiére

représentation de la reprise de Benvenuto a eu lieu

' ayant-hier avec un succés pyramidal, sous la direc-

tion de Liszt. On m’a forcé de comparoir aprés le der-

§ nier acte et acclamé d’une facon fort confortable.

Vraiment, parole d’honneur, tel qu’il est mainte-

| ‘nant, Benvenuto est un gentil garcon. Le grand final du Carnaval, le serment des Ciseleurs, les airs d’As-

canio et de Teresa, et la priére & deux voix avec les

litanies, et surtout Ja scéne du Cardinal, ont produit ~

un effet assez rare.

s 4. Un des auteurs du poéme de Benvenuto Cellini,

Nous avons deux femmes de talent, un trés bon Fieramosea et un Cellini convenable pour les scénes

énergiques. Néanmoins il dit assez bien la romance ; quant & lair: Sur les monts, il n’a jamais osé le chanter.., La mise en scéne est excellente, la pantomime d’Arlequin et Pierrot trés bien exécutée, En somme c’est charmant,

Vous dire ce que j’ai éprouvé de triste joie, en établissant une comparaison entre cette exécution bienveillante et la sale cabale que nous avons subie 4° l’Opéra, me serait difficile. J/en avais le cceur serré.

Je vous quitte pour aller 4 la répétition du concert que je donne demain, et dans lequel figurent Roméo el Julieite en entier et les deux premiers actes de Faust. J'ai cent choristes ct un bon orchestre. Tous les hdtels de Weimar sont pleins d’amateurs de musique venus de Hanovre, de Brunswick, d’Iéna, d’Hisenach et de Leipzig pour assister & ce concert et a la deuxiéme représentation de Cellini qui aura lieu aprés-demain dimanche.

Je vous donnerai des détails & mon arrivée & Paris, — Je pars mardi prochain.

Adieu, adieu, je vous serrela main et je vous trans= ~ mets en finissant le mot d’un critique de Brunswick‘, qui ne m’a adréssé que ce compliment en m’embrassant : & pur si muove!

HM. BERLIOZ

Bibliothéque du Conservatoire.

4, Griepenkerl.

A FRANZ LISZT

Weimar, 22 novembre 1852.

Cher ami, Je garde Voiseau blanc', puisque tu veux me le donner. Mon amitié pour toi a des ailes comme les siennes, pour planer mais non pour yoler A l’ayenture.- Adieu!,.. for ever il tuo.

H, BERLIOZ

Lettres a Liszt, 1, 246.

A L. DUCHENE

[Paris] 26 novembre 1852.

Mon cher monsieur Duchéne,

Jarrive de Weimar ou je suis allé entendre deux représentations de mon opéra de Benvenuto Cellini ressuscité et je trouve votre article sur le Requiem. Mille fois merci. Je ne vous dirai pas que c’est admi- ‘ rablement écrit et compris, vous me louez trop pour

que je vous loue; mais je vous avouerai trés naive- ment que vous m’avez comblé de joie, et que j’ai été q ému jusqu’aux larmes en vous lisant.

4. A l'occasion de la « Semaine Berlioz », le maitre francais

avait recu du grand-duc de Weimar, par l’entremise de Liszt, la décoration de !’ordre du Faucon.

Le passage sur le Quid sum miser surtout m’a ravi, ~ par la raison que ce morceau est de ceux que jestime | | particuligrement et que le public et les critiques ne remarquent pas, II faut un sentiment trés finde lex- | pression musicale pour se plaire a ce style; et ce sentiment vous le possédez évidemment au degré le plus élevé, Cet article seralu et traduit, je n’en doute pas, par les premiers critiques de Allemagne et par ceux de Londres qui, déja l’an dernier, ont 4 plusieurs reprises réclamé l’exécution du Requiem sans l’obtepir. Je vous dois donc beaucoup plus que vous ne pensez pour ces belles pages, écrites, je le sais, il y a plusieurs années, mais que vous avez si bien adaptées a la cérémonie du baron de Trémont.

M, Taylor, et le comité de notre grande association, R.

RRR Ree ees

yous en sauront un gré infini.

sige Te Pr - PTR Se

Permettez-moi donc de vous serrer la main et de ae me dire votre bien dévoué et reconnaissant

ts HECTOR BERLIOZ.

E Bibliothéque du Conservatoire.

A FRANZ LISZT

Bs : Paris, 30 novembre 1852.

Mon cher Liszt, Jai vu seulement ce matin M. Dietz; il était tou- ; jours ou absent ou malade, Enfin, j’ai pu l’atteindre. |

‘Ti ne ta pas écrit, dit-il, parce qu'il s’occupe de ton affaire et qu’il voulait te surprendre. Il se croit str de réussir; seulement il craint qu’il lui faille un peu plus de temps qu’il n’avait pensé pour mener la chose & bien. Il n’a pas oublié le Clavi-Harpe, le temps encore lui a manqué pour l’achever.

Sax, a qui j’ai parlé confidentiellement de ton pro- jet, croit instrument exécutable, mais sujet & un grave inconvénient. Les variations de la temp¢rature agissant diversement sur les cordes et sur les lames métalliques rendront la discordance fréquente entre les trois éléments de sonorité. Dietz, & qui j’ai soumis cette observation, la reconnait fondée en principe, mais ne croit pas que la discordance soit perceptible; ainsi la chose est en train. Dietz est, ce me semble, préoccupé de travaux importants, étrangers a l’art musical et qui l’inquiétent. Mais il proteste de son bon vouloir, de sa certitude de réussir, et de son vif désir de t’étre agréable '.

En présentant mes hommages 4 la princesse Wittgenstein, veuille lui dire qu'il ne m’a pas encore été

4. Il est question ici d’une invention de piano-orgue-harpe a Jaquelle s’intéressait Liszt et dont s’occupérent les facteurs Dietz, Sax et Alexandre. Plusieurs lettres de Berlioz donnent. de longs détails sur ce sujet. Comme IT invention n’a abouti a aucun résultat pratique, il nous parait suffisant d’en avoir donné Vindication; nous retrancherons donc des lettres suivantes les parties qui la concernent: il sera toujours possible de retrouver les textes complets dans l’édition allemande des Briefe... an I’. Liszt.

dh in ea allen

possible de rencontrer Scheffer, mais que demain ou aprés-demain je le verrai. :

Malgré tout ce qu’on dit et écrit a Paris 4 ce sujet, il n’y a rien de décidé pour le Te Deum. Il parait méme qu'il n’y aura pas de cérémonie & Notre-Dame, Quant au sacre, il n’aura pas lieu avant le mois d’avril, et !Empereur s’est borné a dire, & propos de mon ouvrage, & son maitre des cérémonies : « Dans quelque temps, vous m’en reparlerez. »

Fais-moi le plaisir de saluer de ma part M. de Ziegesar-et de lui renouveler l’assurance de ma. vive gratitude pour, tout ce quil a fait pour moi, J’attends la liste des musiciens de la chapelle qui m’ont fait le plaisir de me demander mon portrait lithographié, Parle de cela 4 Nabich et serre-lui la main,

J’ai trouvé en revenant une assez bonne modification a apporter au dénouement de Cellini, je la ferai dés que la partition me sera parvenue, J’ai profité aussi de ton observation pour le petit mesquin allegro fugué en mi majeur qui interrompt le sextuor; cela est du plus petit style d’opéra-comique et je le supprime, Ce sont les paroles qui m’avaient amené a lécrire; on peut parfaitement les faire disparaitre, elles ne tiennent en rien & l’action. Je vais limer cette scéne dont plusieurs détails ne me satisfont pas,

Bonjour a Joachim, 4 Cossmann, a M. Biilow', a M. Marr?, a tous nos excellents amis. Tu recevras aussi bientot quatre feuillets corrects que je te prierai de faire intercaler dans le livre que je tai laissé,

: Deux millions d’amitiés dévouées.

H. BERLIOZ, Lettres a Liszt, 1,246.

A AUGUSTE MOREL, Paris, 19 décembre 1852 (Corr. inéd., 197, et Bibliothéque du Conservatoire). « Ma petite excursion en Allemagne a été la plus charmante que j’aie jamais faite dans ce pays-la. » Rappel des « grandes solennités de Londres ». Mais des jalousies ont empéché d’étre engagé pour la saison prochaine. « L’Empereur... I] est méme question de sa chapelle, malgré toutes les polissonneries d’Adam... Marie vous remercie et vous dit mille choses. Elle a rayonné de joie et dansé comme une Willis a Weimar a l’Hotel de ville. »

A FRANZ LISZT

[Paris], mardi 20 [décembre 1852].

Cher ami, Je t’écris & la hate pour ne pas perdre un jour de ~ courrier, Je suis trop heureux de pouvoir étre agréable & Leurs Altesses, & M. Ziegesar et a toi.

4, Hans de Biilow, qui devait bientét épouser Cosima.-Liszt. . # 2. Régisseur du théatre de Weimar.

En conséquence, ma musique est a ta disposition.

Quant a Leipzig, je te prie de ne pas leur envoyer

ce que je te confie, je ne sais entre les mains de qui

cette exécution tombera et je ne suis pas du tout désireux d’étre entendu & Leipzig en mon absence. Si une société veut mon ouvrage sérieusement et en

entier, il faut que j’en surveille et dirige l’exécution,

En ce cas, j’y consentirai. Sinon non. D’unautre cdté, Richault se décide & graver Faust et me prie de te prier instamment de ne rien laisser sortir de tes mains, ni Marche hongroise, ni le reste.

H. BERLIOZ

Lettres @ Liszt, 1,250.

A L. DUCHENE

Paris, dimanche [26 décembre 1852].

Mon cher monsieur Duchéne, Ne m’accusez pas : je voulais avoir, en vous écrivant, quelque nouvelle & vous annoncer. Mais je suis comme la scour Anne, je ne vois rien venir. L’Em-

pereur ne veut prendre aucune détermination relative -

aux cérémonies de son sacre, ni se décider & former

une chapelle impériale. Le Ze Deum est donc toujours a l’état de mythe.

Savez-vous que c’est charmant de votre part de -m/’ayoir ainsi mis en train de vous écrire de temps en temps. Je profiterai de la permission si vous trouvez ' CELUI de me répondre.

Je sors d’un affreux concert donné dans la salle de Sainte-Cécile, ot j’ai entendu de trés mauvaises choses, et une-symphonie estimable de cet estimable Gade, disciple et imitateur de Mendelssohn, Ce Gade - dont le nom s’écrit ainsi en musique :

est né en Danemark; cela se voit a la tristesse nébuleuse de sa musique. On devine qu’il n’a pas senti souvent le soleil. « Tout a l’humeur danoise en un auteur danois. »

Et pourtant, ilya un talent incontestable 1a dedans. I yaudrait mieux qu’on pit dire le contraire. Auber a produit un joli opéra derniérement'. Le troisiéme thédtre lyrique en enfante d’atroces; voila a quoi il sert.

Nous avons fait l’autre soir des trios chez moi, avec Vieuxtemps, mademoiselle Clauss et Cossmann. Rien que cela! direz-vous. Oui, rien que cela! Ils nous ont joué des trios de Schubert, dans lesquels ily a des

4. Marco Spada, représenté pour la premiére fois le 21 décembre

choses admirables et neuves, Et quelle exécution! Le

dernier concerto de Vieuxtemps est un chef-d’euvre, et un chef-d’ceuvre symphonique. Son talent d’exé-

cution est plus grand qu'il ne le fit jamais; il fait

fureur; tellement fureur que malgré les frais de son petit orchestre de cinquante musiciens, je crois qu’il a gagné cinquante francs &son premier concert et quil en gagnera cent au second... grace aux Russes, aux Allemands et aux Anglais qui sont a Paris.

Jirai demain regarder la colonne, pour étre fier d’étre Frangais. % Quant 4 faire moi-méme de la musique & Paris, c’est ce qui ne m/arrivera plus, Je me contente de Londres ou j’ai de bons amis et un fameux orchestre

et un admirable public. On s’occupe en ce moment —

de m’y arranger trois concerts pour le mois d’avril. Je ne sais si on réussira & tourner certains obstacles qui viennent de se présenter par le fait d’un docteur Wilde, professeur au Conservatoire, ami d’un mil-

lionnaire et imitateur de Handel. Je vous ferai savoir

le dénouement de cette petite intrigue digne de Paris, Mille amitiés sincéres, :

Je suis installé rue de Boursault’, n° 49,

1, Aujourd’hui rue La Bruyére.

A SA SQEUR ADELE

Paris, 28 décembre 1852.

Chére sceur,

Je suis un instant libre ce soir, un instant seule- 1m ent, j’en profite pour t’écrire, Ta lettre m’a fait bien plaisir. Pourquoi ne te décides-tu pas & venir 4 Paris? Tu me fais une singuliére question en me demandant ‘si cela me fera plaisir que tu y viennes. Sans doute je n’ai pas de chez-moi oui je puisse te recevoir, mais nous nous verrons au moins; nous causerons, tu ‘amuseras peut-étre. Je n’ai pas revu madame Boutaud depuis ma premiére visite ; le voyage de Weimar et mes affaires actuelles m’ont empéché d’y retourner, Elle est gracieuse quoique souffrante, son mari est “moins gracieux quoique bien portant. Il est venu me rendre ma visite; je n’y étais pas. Je leur ai indiqué, fs ans avoir lair de rien savoir, l’adresse d’Amussat, le premier médecin-chirurgien pour les maladies de ‘la nature de celle de madame Boutaud, Je ne sais si ‘mon indication aura servi 4 quelque chose, Amussat est un homme de génie, un des premiers hommes de Vépoque, quia sauvé la vie et épargné des tortures

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4h, AU MILIEU DU CHEMIN

chapelle‘', il ne veut pas qu’on lui parle de son sacre, il renvoie tout a I’époque de son mariage. Son secrétaire intime m’a invité a passer la soirée chez lui derniérement (chez le secrétaire) et j'ai su tout, c’esta-dire rien. Ce monsieur Lefebvre-Daumier, et sa femme, et toute sa maison, sont de mes partisans les plus décidés. Ils m’ont appris qu’ils venaient méme & mes répétilions quand je fais entendre quelque chose & Paris. Si l’on peut étre bien recommandé & l’Empereur je le suis. Mais... Il a pourtant dit I’autre jour & quelqu’un qui me I’a répété : « Ah ca! Pourquoi donc répand-on le bruit que je n’aime pas la musique?.,. Il me semble que je l’aime beaucoup. » Il i'aimerait peut-étre s’il savait ce que c’est. Louis est revenu de Ja Havane; il a passé quatre jours & Paris, et maintenant il est au Havre ou il fait son cours d’hydrographie et d’autres études pour passer son examen dans trois mois. Ce pauvre cher enfant n’a pas la plus légére idée d’économie, et, pour lui comme pour M. Scribe, U’or est une chimére dont il se sert trés maladroitement. Mais je te prie de ne jamais lui adresser un reproche la-dessus. Son métier n’est pas des plus charmants, et quand ilest 4 terreet que j’ai de l’argent, je ne veux pas qu’il se prive trop. Kit puis nous sommes si camarades que, les trois

1, Berlioz avait rédigé, pour étre communiquée aNapoléon III, — une note pour organisation d’une chapelle impériale a Paris; la bibliothéque du Conservatoire en posséde l’autographe.

} quarts du temps, quand il me fait un compte d’apothicaire, je pars d’un éclat de rire comme si j’étais de moitié dans la farce. J’y suis en effet, et pour plus de Ja moitié, Il faut encore des protections pour

obtenir qu’il passe ce fameux examen et qu'il soit recu” volontaire. Heureusement je lui ai obtenu celle de Vamiral Cécille qui m’a fait dire ce matin qu'il se : chargeait de tout, ;

- Ilya un grand tripotage 4 mon sujet dans ce “moment a Londres. J’ai dérangé une position offi- -cielle l’an dernier, et ’homme qui l’occupe voudrait

m’empécher de revenir; mais j’ai des amis qui

s’agitent avec une fureur ravissante. Je suis presque heureux de cet obstacle inattendu, 4 cause de la preuve qu’il me donne de la chaleureuse amitié qua pour moi mon public anglais.

L’affaire de Weimar fait toujours grand bruit dans les journaux allemands et ici.

Adieu, on m’apporte un paquet d’épreuves, et je - dois subir celle de les corriger,

Mille amitiés A ton mari, 4 mon oncle que je vou- ~ drais bien revoir aussi. Je me figure en ce moment que je l’égayerais, et peut-étre demain je serai triste comme un enterré qui n’est pas mort.

Je t'embrasse sur la joue de tes deux filles. Ton dévoué,

A mig?

H. BERLIOZ

Communiqué par madame Chapot.

A FRANZ LISZT

Jeudi, 29 décembre [1852].

Mon cher Liszt,

Jattends toujours avec impatience une lettre de toi relative & lenvoi de Faust... et ma partition de Benvenuto,., La fin est bien mieux maintenant; l’on voit le Persée fondu et encore rouge incandescent. Tu verras combien de petites vilenies j’ai Otées.

Je Ven prie, envoie-moi ces partitions le plus tot ‘possible; Beale m’a écrit de Londres avant-hier pour me demander si la traduction italienne était préte, je lui ai répondu : oui.

J’enverrai aussi par M. Mangoldt. deux volumes & M. de Ziegesar, dont l’un pour lui et l’autre que je le prierai de présenter 4 madame la Grande-Duchesse (ou au Grand-Duc), si tu juges que cela soit plus convenable, Mais tu sais ce que je t’ai dit la-dessus ; je ne saurais le dire & M. de Ziegesar dans une lettre ; sois assez bon pour le lui expliquer, Leurs Altesses m’ont comblé de gracieusetés de toute espéce et je ne veux pas avoir l’air d’un carotteur de cadeaux,

Adieu, j’ai beaucoup & travailler pour cette traduction italienne dont je fais changer bien des vers en — attendant la partition. Si je pouvais juger des traq

ductions allemandes comme de celle-la, je pourrais

te ir as Bi ta a aM aaa A re

indiquer par un monstre littéraire ce qu’il faut faire Bepeur ne pas altérer autant la version musicale. Mais eest encore sur toi que ce soin retombera,

Adieu, mille amitiés. Ma lettre se croisera probablement en route avec ta réponse. Mais je n’ai pas voulu perdre de temps pour te faire connaitre la pro-

position d’Alexandre.

Lettres a Liszt, 1, 251.

AU MEME

{Paris}, 4 janvier 1853!!!

Tu me parles du Ze Deum, il m’est impossible de

te Venvoyer dans l’incertitude oi l’Empereur nous

laisse de ses décisions. Je pourrais en avoir besoin & Vimproviste. Cela ne peut guére s’exécuter en Allemagne qu’a un grand festival, Au reste, tout est prét, chceur et orchestre, et pour un nombre considérable d’exécutants. Cela dure une heure, Il y a huit grands morceaux dont un final que je crois cousin germain du Lacrymosa de mon Requiem. Il y a en outre une priére pour ténor solo avec cheeur, et une autre priére & deux voix (de chceurs en imitations canoniques) sur cette singuliére série de pédales tenues par les autres yoix du chceur et les instruments graves. Bien chanté par les ténors et soprani, je crois que ce morceau

doit étre touchant et original, Cela peut étre aussi fort ennuyeux.., Pour le reste, ce sont les pompes harmoniques du Ze Deum proprement dit; il y a une fugue sur un choral proposé par l’orgue et circulant ensuite dans les voix et dans l’orchestre. L’ensemble de la partition est toujours & deux chceurs, chaque chceur n’est qu’a trois voix, L’orgue n’accompagne pas, il dialogue avec l’orchestre.

Je m’apergois que le jour d’aujourd’hui est le premier d’une nouvelle année. Je viens en conséquence de t’écrire une page irés vraie.., et que nos meeurs de 1853 déclarent.,. trés stupide. Je l’ai jetée au feu.

Tiens-moi done pour un des étres les plus stupides, si tu veux, mais pour un de ceux qui t’aiment le plus, méme si tu ne veux pas.

Lettres & Liszt, 1, 253.

AU MEME

[Paris], 3 janvier {41853}.

Mon cher Liszt, M, Mangoldt emporte tout cet énorme paquet, qui lui fera sans doute payer un supplément de bagages,

[Suit un détail minutieux de partitions et de parties. |

Tl y a deux pages marquées par une fiche de papier f hianc dans la partition du chant de Faust, ot les paroles allemandes manquent. C’est a la fin du cheeur des Buveurs en mi bémol dans la scéne de la cave de Leipzig. Tu auras la bonté de faire ajouter ces quelques mots qui manquent aussi dans toutes les parties du cheeur.

Je te prie aussi de faire un peu réparer ou coudre par ton copiste du théatre celles de ces parties de cheeur et d’orchestre qui sont les plus endommagées; . les choristes les ont mises en fort mauvais état la derniére fois, et plusieurs feuilles se perdraient, si on n’y prenait garde.

a aed a ltal

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