Voir la lettre du 28 décembre
2. Cette lettre de Berlioz a Napoléon III n’a pas été retrouvée. — Les Soirées de l’orchestre contiennent un chapitre consacré a Napoléon I* comme protecteur de l’art musical (article écrit dés 1837) sur la lecture duquel Berlioz comptait ~ sans doute pour inspirer au nouvel empereur le dessein de le
protéger lui-méme. Mais il ne tarda guére ase voir décu dans cette espérance.
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AU MILIEU DU CHEMIN eS
Recevez, monsieur, avec expression de ma gratitude, celle de mes sentiments les plus distingués. Votre tout dévoué, H. BERLIOZ.
Bibliotheque de (Université d’ Amsterdam.
A FRANZ LISZT
[Paris, fin janvier ou commencement de février 1853.]
Mon cher Liszt,
Le voyage de Weimar a eu pour moi un résultat d’autant plus heureux qu’il a renoué et rendu plus fréquentes nos relations épistolaires. C’est uno véritable joie quand, en rentrant de mes boueuses ou coiiteuses excursions dans Paris, je trouve sur ma table une enveloppe sillonnée par les éclairs de ta plume ; tes zigzags me consolent des lettres carrées et trop lisibles auxquelles, pour mon malheur, je suis obligé de répondre si souvent.
[Revenant sur Ie projet duclavi-harpe dont il est question
dans la lettre du 30 novembre 1852, Berlioz fait ’observation suivante :]
Je voudrais aussi, s’il est possible, que l’instrument
ne fat pas /aid de forme. Cela ne manque pas d’im-
portance. Je ne puis combattre la répulsion que m’ins-
pirent certaines machines musicales, telles que les mélodiums et les petites orgues, quiressemblent plus ou moins & des commodes ou des armoires @ serrer le linge. Et si j’aime tant la harpe, son aspect est peut-étre pour quelque chose dans mon affection. Je voudrais te voir gouverner un bel esclave.
Rien de nouveau ne me vient de Londres; il est réellement question de monter Benvenuto au Majes-~ ty’s Theatre, mais il faut pour cela que Lumley soit décidément expulsé par ses créanciers. Et cette opération difficile n’est pas encore terminée, J’ai travaillé jusqu’a la semaine derniére a revoir la traduetion italienne du libretto, Elle était émaillée des stupidités les plus remarquables, et que je n’eusse pourtant point remarquées si je n’ayais su peu ou prou Vitalien. Cela m’a fait juger de ce qui peut se passer & mon insu dans le texte allemand, Jai pris le parti d’écrire moi-méme Vaccompagnement de piano, que je ferai reyoir ensuite a l’un oul’autre des pianistes de ma connaissance pour en corriger les gaucheries. Mais ce travail est fort long et je n’ai encore fait que la réduction du premier acte. Je te renverrai une partition bien en ordre avec plusieurs corrections de détail que tu feras reporter dans les parties séparées. Chaque passage modifié sera indiqué avec soin dans ton exemplaire. Tu trouveras un nouveau dénouement ou au moins un moyen admis-
sible pour faire paraitre au dénouement la statue fon-
due ou encore incandescente, Jai di ajouter pour cela quelques vers au rdle de Cellini, et ces vers se chantent sur le morceau instrumental qui précéde le moment du coulage de Persée,
Le troisiéme acte aussi commence autrement, et sans angmenter la durée de plus de deux minutes.
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Je vois, cher ami, que tu gardes 4 mon sujet des illusions qui te sont agréables. Lors méme que Benvenuto serait représenté avec le plus inespéré succés a Londres, il ne le serait pas pour cela a Paris. Et le fit-il méme avee succés a Paris, pas un éditeur ne se risquerait & en publier la grande partition. Ta demande du manuscrit me touche beaucoup et je comprends le prix que tu y attaches, Cet ouvrage test cher comme le deviennent les convalescents au médecin quiles a sauvés d’une maladie mortelle. Je serai donc bien heureux de te le conserver, En tout cas, si Faust est publié le premier (je dis si, car Richault m’a remis au mois de mars pour terminer nos arrangements), ce manuscrit-la aussi te revient de droit.
Ton désir de me voir écrire une Messe solennelle me flatte beaucoup, bien que je ne sois pas le moins du monde certain de faire sur ce texte ressassé quelque chose de nouveau. Mais une messe solennelle est la pire des grandes compositions 4 tenter, si l’on
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tient compte des chances qu’elle a d’étre bien et souvent exécutée. Il n’y a rien pour tirer d’affaire le ~ compositeur qu’une commande royale (comme tu le dis), Mais les rois et les empereurs ont autre chosea commander par le temps qui court. Tu vois par Vexemple de mon Ze Deum quelles facilités j’aurais pour produire en France une ceuvre pareille, En Angleterre, en Prusse et partout of régnent ces affreux schismes, batards scrofuleux du rationalisme, | qu’on nomme protestantisme, luthéranisme ou toute autre chose en isme, les messes sont un objet d’horreur. Les Requiem ont au moins chez nous une protectrice, la-plus puissante de toutes, infatigable et toujours & l’ceuvre, la mort... Quant aux chants de reconnaissance, d’exultation, de foi, il n’y faut pas penser,
Auber a fait entendre & la cérémonie du mariage de ’Empereur des fragments de Lesueur, de Cherubini, d’Adam, et pour l’entrée du cortége la Marche des Filets de Vuleain, vieux ballet de l’Opéra... Javais été appelé chez le colonel Fleury, secrétaire et aide de camp de |’Empereur, pour y apprendre que mon Ze Deum allait étre exécuté, Le colonel se croyait str de son fait en me l’annoncant: mais une intrigue s’ourdissait en méme temps au ministére de l’Intérieur, et les hommes officiels, les vieux, triomphaient sur toute la ligne. On me parle du sacre maintenant. Mais je n’y crois plus. On annonce une cérémonie
funébre pour l’anniversaire de la mort del’Empereur : Napoléon au 5 mai prochain; ce serait le cas d’y faire exécuter mon Requiem... On s’en gardera bien. Quelque plate combinaison l’emportera encore, méme sur le bon youloir des gens les mieux placés pour faire une chose convenable. Et pardieu, s'il y ett ' jamais un Requiem destiné 4 une cérémonie pareille, je jure que c’est celui-la. Tu ne l’as jamais entendu et tu l’aimes pourtant. Si Napoléon 1* pouvait encore manifester sa volonté et s’il disait : « Voila l’ceuvre quwil me faut », je lui répondrais comme Jean-Bart répondit 4 Louis XIV : « Sire, vous avez raison. y® Oui, oui, c’est la musique apocalyptique qu'il s’agissait de trouver pour ce texte terrible!
Je me console de n’avoir pas fait trente-sept opérascomiques, et de bien d’autres malheurs plus réels... Je te dis ces naivetés parce que j’ai la téte pleine de cette partition, ayant passé ces derniers jours 4 corriger les épreuves de la nouvelle édition qu’en fait Ricordi & Milan. Dés qu’il m’en sera arrivé un exemplaire, je te ’enverrai. La gravure est admirable; ce sera, je l’espére, trés correct. Cette édition, d’ailleurs, contient diverses modifications assez importantes et se trouve, en conséquence, conforme aux parties séparées de cheurs publiées chez Brandus il y a deux ans, :
Le colonel Fleury m’avait demandé, quelques jours “avant le mariage impérial, d’écrire une marche pour
sa musique des Guides (alors magnifique), En le quittant, je me mis&l’ceuvre, je pris force café, et a sept heures du matin la marche était écrite sur quatre lignes, sinon instrumentée. Elle devait étre exécutée le jour de la cérémonie de Notre-Dame. J’ai encore passé une nuit blanche pour rien. L’avant-veille du mariage, par suite d’un autre petit tripotage ministériel, la musique des Guides a été détruite ou A peu prés. Ce coup d’état a coité une vingtaine de mille franes au pauvre Sax et.., voila.
Assez.causé, Adieu!
Ton dévoué, H, BERLIOZ.
Lettres a Liszt, 1, 261.
A FIORENTINO
[Paris], 10 Février [1853]
Mon cher Fiorentino,
Je vous remercie de votre obligeante colonne con- Sacrée aux Soirées de l’orchestre. Je Vai lue ce matin, Il parait qu’en écrivant nos feuilletons A peu prés en méme temps nous avons révé de Moliére tous les deux, car nous avons l’un et l’autre cité la méme phrase de M. Jourdain. Les beaux esprits se rencontrent... Sans rire, vous étiez bien bon camarade,et je désire bien
viene in NM ts 8 5 eal ce se ei tas Oe,
vivement que vous puissiez quelque jour en dire
autant de moi.
Ce n’est pas ma faute si les grandes affaires musi-
eales ne vont pas, j’ai tout fait de mon cété et mes
amis ont tout fait du leur pour les faire marcher,
yous ne yous étes pas épargné non plus... Espérons : encore dans une autre cérémonie... La chanson de
Béranger est plus que jamais de circonstance :
Les vieux, les vieux Sont les gens heureux!...
Et nous restons :
: Les gueux, les gueux Qui s’aiment, entre eux, mais qui n’ont ni places, ni argent, ni honneurs, ni cordons, excepté le cordon de leur portier; qu’ils seront méme obligés de voler le jour of ils voudront
se pendre.
Adieu, je vous serre la main, H. BERLIOZ.
Bibliothéque du Conservatoire.
A, L. DUCHENE
Paris, 10 février 1353,
Mon cher monsieur Duchéne, Pardonnez-moi de ne vous avoir pas encore remer-
tf A SNE AO DO eR
cié du splendide panier de venaison que vous avez eu la bonté de m’envoyer, Vos perdreaux, votre liévre, vos lapins ont fait l’admiration de plusieurs amis, gens de gout, que j’ai réunis pour leur faire féte.
Depuis que vous m’avez écrit, j’ai eu bien des tracas 4 l'occasion de mon Ze Deum. On avait décidé, chez le colonel Fleury, secrétaire de l’Empereur, que cet ouvrage serait exécuté a la cérémonie du mariage. Mais les hommes officiels sont venus se jeter a la traverse et j’ai été mis de cdté pour faire place & un pot-pourri composé de : fragments de la l’ Oratorio du Sacre, de Lesueur, fragments de la Messe du Sacre de Cherubini, fragment d’une sacrée messe d’Adam, et enfin (le croirez-vous ?) d’une marche empruntée au ballet des Filets de Vulcain de Schneitzoeffer, — plus d’un plain-chant orchestré par Auber. Que de monde employé, que de morts mis en bataille pour empécher un pauvre homme vivant de faire son chemin!.,,
Je me suis ruiné en frais de copie. Maintenant on prétend que le Ze Deum sera splendidement exécuté au Sacre... vous pouvez parier qu’il ne le sera pas. La mystification aura peu de sel, car je ne crois pas le moins du monde & ces belles paroles.
En attendant, tout m’est fermé ici, l’Opéra, le Conservatoire et l’Eglise. Quand a POpéra-Comique, il ne me sourit que d’un sourire un peu niais, et pour
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le troisitme thédtre dit Lyrique, ce n’est qu’un égout musical of tous les anes de Paris vont pisser. Je n’ai pas envie d’en accroitre le nombre.
Rien n’est terminé avec l’Angleterre ; j’attends.
Et vous, la chasse et l’administration’ a part, que devenez-vous ? Vous songez! Car que faire 4 Vervins a moins que l’on ne songe ? Quel pays est-ce ? Y jouet-on au boston ?... Se couche-t-on 4 neuf heures ?... Y, a-t-il des falots pour reconduire chez eux les joueurs | de boston? Estime-t-on beaucoup les tragédies de Voltaire? Croit-on fort et ferme a la République? a la liberté ? & l’égalité ? Admire-t-on les réveries des socialistes ? Méprise-t-on bien les arts et les artistes ? Croit-on que les journaux disent la vérité, toute la vérité, rien que la vérité? Que nous autres, forcats du feuilleton, gagnons quarante mille francs par an ? P Que madame Sand. est toujours en habit d’homme? Que Dumas est exilé? Que Gueymard est un chanteur ? Qu’Adam est un... etc. Si on ne fait pas tout cela, si on ne croit pas tout cela, si on ne dit pas tout cela, que diable croit-on, fait-on et dit-on donc?... Vous n’étes pas en province alors ; il faut que Vervins soit quelque capitale peu connue, comme San Marino ou Monaco.., ou Paris.
Assez divagué, donnez-moi de vos nouvelles, et écrivez-moi une de vos charmantes lettres écrites de