A LECOURT
Mon cher Lecourt, si vous n’étiez pas devenu sage, vous feriez la folie de venir a Paris le 8 ou le 9 dé cembre prochain pour entendre mon oratoire L’Enfance du Christ. Je le ferai exécuter pour la premiére fois le 10, la veille de mon jour de naissance, fété l’an dernier de la méme facon a Leipzig, et que nous féterons par extraordinaire & Paris. Mais ne faites pas cette extravagance, je vous en prie; je serais désolé d’étre la cause d’un pareil déplacement,
Bibliotheque du Conservatoire.
A SA SOEUR ADELE Paris, 2 novembre 1854,
Chére Adéle, Je suis dans toute la joie de mon Ame, Louis vient
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Qh AU MILIEU DU CHEMIN
d’arriver. Il a quelques jours de congé, il est sain et ~
sauf et bien portant. Je lui ai fait part du désir que vous aviez tous de le voir; si la chose\est possible, c’est-a-dire si vous étes & Vienne et si mon oncle est a Tournon, écris-moi courrier par courrier et je vous Yenverrai. J’avais écrit & Louis 4 Cherbourg une
lettre dans laquelle je lui apprenais ce que tu sais.
sans doute déja, mon remariage. I] m’a répondu avec cceur et bon sens.
Je t’écrirai longuement dans quelques jours ; aujourd’hui je suis & courir pour les préparatifs de Vexécution de ma Trilogie. Louis m’a pris, naturellement, une grande partie de Ja journée.
Adieu, je t’embrasse de tout mon cur ainsi que mes chéres petites niéces. Suat a-t-il tiré quelque chose de la vente du mobilier? Quant a ce qu’il m’annonce avoir fait pour la terre, je le remercie en l’approuvant tout a fait, comme j’approuve d’avance tout ce qu'il fera.
Ton dévoué,
H. BERLIOZ
P,-S, — Avez-vous recu la musique ? j’en ai encore d’autre & envoyer & mes niéces.
Communiqué par madame Chapot.
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A J. B. WECKERLIN!
[Paris, 3 novembre 1854.
Date de la poste.) Mon cher monsieur Weckerlin,
Je ne donne qu’un concert le 10 décembre ; il m’est impossible d’avoir un autre jour pour mille raisons trop bonnes ou trop mauvaises. II serait bien a désirer pour tout le monde que votre Société n’en donne pas ce jour-la.
Vous m’obligeriez Leaucoup en me prétant les parties de la symphonie d’Haydn en ré mineur dont le final est en ré majeur et commence ainsi :
Je désire trouver l’occasion de vous étre agréable & mon tour en quelque chose et j’espére que vous m’aiderez a Ja trouver. ; Mille amitiés.
Votre tout dévoué, WH. BERLIOZ.
Bibliohéque du Conservatoire.
4. J. B. Weckerlin était 4a cette époque un des chefs de la Société de Sainte-Cécile.
Qk AU MILIEU DU CHEMIN
A SA SOEUR ADELE
[Paris] 6 novembre 1854.
Chére sceur,
Ne garde pas Louis trop longtemps, j’ai peur de =~
recevoir de Cherbourg un avis qui le réclame, et en tout cas je serais bien aise de l’avoir le plus longtemps possible si on ne le rappelle pas. Il passera, je pense, la journée de demain avec toi, mais envoie-le & mon oncle aprés-demain. J’espére que tu seras contente de luk
Je remercie Suat de toutes les peines qu'il a prises pour mes affaires et decelles qu’il veut bien accepter en surcroit. Prie-le de m’expliquer bien catégoriquement ce que j’aurai 4 faire pour les signatures des papiers qu'il doit m’envoyer. Tu sais queje suis, heureusement, trés béte, et qu’une fiére partie du royaume des cieux m’appartient; il faut agir en con- — séquence. |
Dis-moi aussi ou fais-moi dire ce que c’est que les mille francs dont tu me parles et qui sont a échoir sur les-créances de la succession. Cette somme. serat-elle en sus de ma rente? cela m’arrangerait magnifiquement.
Puisque tu désires savoir ou et chez qui je me suis
marié, c’est dans la petite église de mon quartier
(la Trinité), rue de Clichy, et chez maitre Beaufeu,
notaire, rue Sainte-Anne, n° 50 ou 52 (je ne suis sur ni du n° ni du nom, mais c’est & peu pres cela).
J’embrasse bien tendrement mes deux niéces ; je leur enverrai encore de la musique dans quelque temps. Les voila forcées absolument de devenir des virtuoses.
Je Venvoie deux ou trois exemplaires de ma petite Sainteté, envoies-en un & Casimir Faure a qui je l’ai promis.
Cela sera exécuté ici le 10 décembre, la veille de mon jour de naissance, 4 2 heures (dimanche). Je prie mes niéces de penser &4moi le matin de ce jour quand elles iront & la messe et je demande a Suat de boire un verre de vin 4 la santé de. mes exécutants a déjeuner. Quant a la mienne et a celle de l’ceuvre, je sais bien que vous ne l’oublierez pas.
Adieu, chére petite sceur, je Vembrasse deux ou trois mille fois sans compter les caresses que je fais a tes filles, lesquelles caresses, je le.sais, te sont bien plus sensibles encore,
Ton dévoué, H, BERLIOZ.
Communiqué par madame Chapot.
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248 AU MILIEU DU CHEMIN aes A SA SORUR ADELE
10 novembre 1854.
Chére sceur, Je recois de Cherbourg une lettre adressée 4 Louis. — ou l’on annonce le départ de son navire pour le 14,
Cela me fait peur. Il faut que Louis parte sans perdre ~ un instant. Il devrait déja étre revenu ici. yok ne faut pas jouer avec la discipline et Louis est — fe: exposé, s'il manquesle départ, & des conséquences ~
me qu'il ne prévoit pas.
“ai Adieu, cela me tourmente.
- Ton dévoué, 3 H. BERLIOZ.
e pe Communiqué par madame Chapot.
A J.- B. WECKERLIN
Paris, 10 novembre [1854].
= op ’ - Mon cher monsieur Weckerlin, * Pourrez-vous me préter les parties de la symphonie en7vé mineur de [laydn? Si vous le pouvez, veuillez ine les laisser chez le concierge du Conservatoire (du
cdté du faubourg Poissonniére)ou je les ferai prendre, —
Sinon, soyez assez bon pour m’avertir que vous ne le pouvez pas.
Votre tout dévoué, H. BERLIOZ.
Bibliothéque du Conservatoire,
A SON BEAU-FRERE SUAT
44 novembre 1854.
Mon cher Suat,
Je vous renvoie en méme temps que cette lettre les piéces que je devais signer. Mille remerciements de la peine que vous avez prise de me donner de si’
claires explications. Me voila, grace 4 vous, en régle de tout point. J’ai 4 vous remercier bien plus encore d’avoir consentia vous charger seul de administration de mes affaires & la Cdte et 4 Murianette. C’est un ser* vice immense que vous me rendez et dont je ne pourrai jamais m’acquitter dignement. Votre lettre contenait aussi de bien aimables choses pour ma femme qui en est touchée et vivement reconnaissante. Vous avez comblé Louis de gateries et de preuves d’affection, et le pauvre garcon ne revient pas de |’accueil que vous et ma chére sceur et mon oncle et ma tante lui avez fait. Il est parti hier soir 4 41 heures; il sera a Cherbourg ce soir. L’amiral, Cécille est venu hier nous faire une visite, dans laquelle ila expliqué avec les plus grands détails & Louis, les diverses étapes de
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sa carriére, en l’assurant avec la plus cordiale bien-
veillance de l’intérét avec lequel il le suivait de l’ceil, et de son empressement 4 l’aider et & l’appuyer en
toute occasion. Je suis bien heureux d’avoir pu obte-
nir pour Louis un si excellent protecteur. J’écrirai & mon oncle Marmion dans quelques jours.
Je suis en ce moment fort affairé pour organiser
Vexécution de ma Trilogie; c’est une nécessité pour
moi dé produire cet ouvrage & Paris, avec la perspective de ne pas rentrer dans les frais que ce concert entraine,
Jen’ai plus guére qu’un ou deux journaux hostiles a Paris; et je crois; & en juger par l’effet qu’ont déja produit. quelques morceaux que je-viens de faire
entendre au piano, que le succés de ma partition sera-
peu contesté, s’il ’est. Cela m’amusera d’autant plus de faire hurler ce maniaque de Scudo, dans la Revue des Deux Mondes, dont la fureur tourne a Vhydro-
phobie, sans que je lui aie jamais dit ou écrit un mot ee
de ma vie, Et c’est justement pour cela qu’il m’en veut, Le grand-duc de Weimar vient de me faire adresser par Liszt une invitation & aller chez lui le plus tot “possible, pour y monter Faust et Enfance du Christ, Jespére pouvoir partir pour lAllemagne au mois de janvier si les affaires de l’Exposition (auxquelles je suis mélé pour une grande loterie, etc.,) ne me retiennent pas ici,
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Je suis ravi, bonne chére sceur, que tu trouves: Louis charmant. C’est en effet maintenant un brave et gentil garcon, qui fera son chemin, je l’espére!
Adieu tous les deux, ou plutdt tous les quatre, car jembrasse bien tendrement mes deux niéces en leur souhaitant le bonjour,
H. BERLIOZ
Communiqué par madame Chapot.
A FRANZ LISZT
Paris, 14novembre 1854, Mon cher Liszt, ~
Pardonne-moi de n’avoir pas encore répondu & ton excellente et si cordiale lettre qui m’a fait rougir du laconisme de mon billet précédent. J’ai recu la traduction de Cornelius et aussitdt je me suis mis en train pour préparer l’exécution de cette petite ceuvre. Elle aura lieu le 10 décembre prochain; je m’attends a perdre quelque huit ou neuf cents francs a ce concert. Mais ce sera, je l’espére, utile pour l’Allemagne, Et j’ai la faiblesse aussi de désirer faire entendre cela & quelques centaines de personnes a Paris, dont le suffrage, si je l’obtiens, aura du prix pour moi, et & quelques douzaines de crapauds dont, en tout cas, cela fera enfler le ventre. On me dit que la traduction allemande est trés bien faite et je te prie de remer-
cier trés particuliérement mon exact et spirituel traducteur.
Je serai trés enchanté d’aller 4 Weimar avant la fin de l’hiver, en revenant de Gotha ot le Duc m’a — fait inviter & venir par Griepenkerl. J’ai vu, il ya déja longtemps, M. Oppel; mais je ne sais s'il est encore 4 Paris. M. de Liittichau m’a écrit la semaine derniére. Il m’annonce qu’on va mettre en scéne a” Dresde [’Etoile du Nord et, en conséquence, qu’on ne pourra songer a Cellini que vers la fin de l’année prochaine, m’assurant d’ailleurs de ses bonnes intentionsa l’égard de cet ouvrage. Mais il ne me dit pas un mot de la proposition par lui faite, lors de mon dernier voyage, & propos de Ja place de maitre de chapelle.
Je n’ai pas eu signe de vie des Hanovriens; Joachim ne m’a pas répondu et je n’ai recu ni croix, ni quoi que ce soit. Je suis allé voir le secrétaire de la Légation de Hanovre qui ne sait rien de tout cela et ne comprend pas plus que moi. Présente mes hommages respectueux & Son Altesse le grand-duc de Weimar; je suis bien reconnaissant de son bon souvenir. Si tu crois qu’on puisse monter Faust et la Trilogie & Weimar vers la fin de janvier, écris-moi a quelle époque je devrait Uenvoyer les parties de chant. Jaimerais infiniment mieux, je l’avoue, commencer par Weimar et n’aller & Gotha qu’aprés. En tout cas, jai un autre engagement & Darmstadt, j’ai fait une
promesse au roi de Hanovre, et j’ai des affaires a Paris (pour l’Exposition prochaine... un jury, un Comité) qui m’obligeront 4 rendre aussi rapide que possible mon excursion en Allemagne.
Je te félicite d’avoir obtenu l’engagement de madame Pohl; voila au moins l’orchestre de Weimar au grand complet. Je te prie de me rappeler au souvenir de l’aimable artiste et & celui de son mari; je serai bien joyeux de les retrouver l'un et l'autre. J’ai mon fils ici, depuis quelques jours; il m’a apporté ses trophées de Bomarsund. Le voila baptisé... et le baptéme ne lui a heureusement pas été fatal. Il repart ce ‘soir pour la Crimée.
Ma femme te serre la main.
Pas d’autres nouvelles. Belloni se met en quatre
pour mon concert; c’est un excellent et obligeant garcon. Je te ferai savoir comment cela sera passé. Adieu, je voudrais bien te savoir plus content que tu n’étais quand je Vai quitté.
Crois & ma vive et sincére affection.
Ton dévoué,
H. BERLIOZ
Letires a Liszt, I, 359.
AA. BERCHTOLD, Paris, 22 novembre [1854]. (Bulletin
d’autographes, N. Charavay, avril 1924.) [li lui demande des nouvelles de Louis, qui, au Havre, a manqué le départ de trois bateaux; il ignore compleé-
tement ce qui lui est arrivé.
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