STATUE EN MARBRE BLANC
La statue arriva en février 1897 et fut aussitôt mise en place sur le coté ouest de la salle, contre un des piliers gigantesques qui en ornent le pourtour, entre la statue du général Philippe Kearney, en bronze, donnée par l’Etat de New Jersey, et celle du Président Abraham Lincoln, celle-ci en marbre blanc. Les dimensions sont de huit pieds anglais. On considère cette représentation comme une œuvre ' d’art. La
figure, bien taillée, présente un front élevé ; l’artiste a donné au modèle le nez classique des Grecs et un regard pénétrant. La barbe laisse deviner un menton ovale, et l’ensemble respire tout à la fois le repos dans la contemplation, beaucoup d’énergie et une extrême bienveillance. La chevelure retombe abondante en boucles, par derrière, sur les oreilles
et sur le cou, dans le but de faire mieux ressortir la virile délicatesse des traits. De la main gauche, le sujet tient un pan du manteau bien drapé , comme la soutane. La main droite présente la carte du Mississipi. Enfin un chapelet pend de la ceinture à gauche et un crucifix y est inséré à droite.
D’ordinaire , chaque état fait une présentation solennelle en grande cérémonie ; le Congrès accepte et on découvre publi-
quement la nouvelle statue. Un groupe de journalistes, mécontents des honneurs ainsi rendus à un prêtre de l’église catholique romaine et à un Jésuite, résolut de provoquer
une opposition. Dans ce but, ils lancèrent un peu partout un télégramme rédigé de manière à exciter des protestations, et annoncèrent, contrairement à la vérité, la présence du nonce apostolique, le cardinal Satolli, celle du cardinal Gibbons, archevêque de New-York , des ambassadeurs de France et d’Italie , et de plusieurs dignitaires ou notables de l’Église catholique.
Ce fut pour le représentant du Michigan, M. Linton, une occasion naturelle de placer un discours plein de fiel, comme ceux qu’il a prononcés contre toute subvention aux écoles catholiques des Indiens, et dans cette circonstance, peut-être
PÈRE MARQUETTE
ménagée par lui-même, il ne s’en fit pas faute. A l’entendre, Marquette était un prêtre, non un enfant de l’Amérique. La liberté lui était absolument inconnue. Jamais, même en rêve, il n’avait pu avoir l’idée de l’État dont il était destiné à illustrer le nom. Pouvait-on songer à laisser sa statue dominer celle d’un martyr. Abraham Lincoln, assez ami de la liberté, pour la donner d’un trait de plume à quatre millions d’esclaves.
A deux reprises, l’iionorable représentant du Michigan déposa des conclusions : la première fois, en vue de supprimer toute allocation à des écoles confessionnelles, la seconde fois, pour faire ordonner l’enlèvement de la statue du Capitole.
L’agitation causée dans la presse par une attitude aussi provocante prit des proportions telles, que le gouvernement résolut avec sagesse de supprimer toute cérémonie, de découvrir sans bruit la statue et de la faire garder nuit et jour pendant un peu de temps. Comme il était à prévoir, tout le tapage cessa bientôt en présence d’une décision ferme et pleine de dignité . Les amis politiques eux-mêmes de l’honorable membre pour le Michigan, convaincus du mauvais effet produit dans l’opinion publique, des gens sages et modérés, furent les premiers à lui conseiller le sileuce, et ses résolutions n’obtinrent l’honneur ni de la discussion ni du vote. D’ailleurs, plusieurs années auparavant, en 1887, l’offre de la statue avait été faite au Congrès et acceptée par lui.
Une circonstance imprévue permit, au mois de mars 1896, de faire réparer par le Sénat le mauvais effet produit sur les uns par l’attaque de M. Linton et les autres par son insuccès. Le gouverneur du Wisconsin écrivit au Président du Sénat, la lettre suivante :
* Monsieur,
» 11 m’est agréable de vous informer, vous et le corps honorable que vous présidez, que l’etat de Wisconsin, en réponse à l’invi-
CH. XVIII