APP. V. — MŒURS DES INDIENS. LE CALUMET. LES DANSES
font seicher au soleil pour les manger pendant l’hyuer et le printemps. Leurs cabanes sont fort grandes; elles sont couuertes et
pauées de nattes de jonc. Ils trouuent toutes leurs vaisselles dans le bois et leurs cuilliers dans la teste des bœufs, dont ils sçauent si bien accom[m]oder le crâne qu’ils s’en seruent pour manger aisément leur sagamité.
» Ils sont liberaux dans leurs maladies et croyent (jiie les medicamens qu’on leur donne opèrent à proportion des présents qu’ils
auront fais à leurs médecins. Ils n’ont que des peaux pour habitz.
Les femmes sont tousjours vestues fort modestement et dans vne grande bien seance, au lieu que les hommes ne se mettent pas en peine de se couurir. Je ne sçay par quelle superstition les Il[l]inois, aussi bien que quelques Nadoüessi, estant encore jeunes, prennent l’habit des femmes qu’ils gardent toute leur uie. Il y a du mystère; car ils ne se marient jamais et font gloire de s’abbaisser à faire tout ce que font les femmes. Ils vont pourtant en guerre, mais ils ne peuuent se seruir que de la massue, et non pas de l’arc ny de la flèche, qui sont les armes propres des hommes. Ils assistent à toutes les jongleries et aux dances solemnelles qui se font en l’honneur
du calumet. Ils y chantent, mais ils n’y peuuent pas danser. Ils
sont appeliez aux conseils, où l’on ne peut rien décider sans leur aduis. Enfin, par la profession qu’ils font d’vne uie extraordinaire, ils passent pour des manitous, c’est à dire pour des genies ou des personnes de conséquence.
» Il ne reste plus qu’à parler du calumet. Il n’est rien parmy eux ny de plus mystérieux ny de plus recommandable. On ne rend pas tant d’honneur aux couronnes et aux sceptres des Roÿs qu’ilz luy en rendent. Il semble estre le dieu de la paix et de la guerre, l’arbitre de la vie et de la mort. C’est assez de le porter sur soy et de le faire voir pour marcher en asseurance au
milieu des ennemis, qui, dans le fort du combat, mettent bas les armes, quand on le monstre. C’est pour cela que les Il[l]inois m’en donnèrent vn pour me seruir de sauuegarde parmy toutes
les nations par lesquelles je deuois passer dans mon voyage. Il y a vn calumet pour la paix et vn autre pour la guerre, qui ne sont distinguez que par la couleur des plumages, dont ilz sont
ornez. Le rouge est marque de guerre ; ilz s’en seruent encore pour terminer leurs différons, pour affermir leurs alliances et pour parler
aux estrangers. Il est (1) composé de deux pièces, d’une pierre rouge polie comme du marbre et percée de telle façon qu’vu bout sert h receuoir le tabac, et l’autre s’enclaue dans le manche, qui est un baston de deux pieds de long, gros comme vne can[n]e ordinaire et percée par le milieu. Il est embelly de la teste et du col de diuers oyseaux, dont le plumage est très beau. Ils y adioustent aussi de grandes plumes rouges , vertes et d’autres couleurs, dont il est tout empannaché. Ils en font estât tout particulièrement, parce qu’ils le regardent comme le calumet du soleil. Et de fait ilz [le] luy présentent pour fumer, quand ils veulent obtenir du calme, ou de la pluye ou du beau temps. Ils font scrupule de se baigner au commencement de l’esté ou de manger des fruits nouveaux qu’après l’auoir dansé. Voyons-en la façon.
» La danse du calumet, qui est fort célébré parmy ces peuples ne se fait que pour des sujets considérables. Quelque fois c’est pour affermir la paix, ou se reunir pour quelque grande guerre. C’est d’autres fois pour vne rejouissance publique. Tantost on en fait honneur à vne nation qu’on inuitte d’y assister. Tantost ils s’en seruent à la réception de quelques personnes considérables, comme s’ils vouloient luy donner le diuertissement du bal ou de la comédie. L’hyuer, la ceremonie se fait dans une cabane; l’esté, c’est en raze campagne. La place estant choisie, on l’environne tout à l’entour de branches d’arbres pour mettre tout le monde à l’ombre de leurs feuillages, et se deffendre des ardeurs du soleil. Au milieu de la place, on estend vne grande natte de jonc, peinte de diuerses couleurs, au milieu de la place. Elle sert comme de tapis pour mettre dessus auec honneur le dieu de celuy qui fait la danse; car chacun a le sien, qu’ils appellent leur Manitou. C’est vn serpent, un oyseau, ou choses semblables qu’ils ont resvé en dormant et en qui ils mettent toute leur confiance pour le succez de leur guerre, de leurs pesches et de leur chasse. Proche de ce manitou et à sa droite, on met le calumet en l’honneur de qui se fait la feste et tout à l’entour on fait comme vn trophée et on estend les armes dont se seruent les guerriers de ces nations, sçauoir la massüe, la hache d’arme, l’arc et le carquois et les dédies.
(i) Tout ce qui suit jusqu’au deuxième paragraphe de la .section VIT manque au manuscrit de Montréal. M. John Gilmary Sliea a emprunté ce qui faisait défaut au récit de Thevenot. La copie de l’École Geneviève contient ce passage.