‹ Au MississipiChapitre 66 sur 84 · APP. V. — MŒURS DES INDIENS. LE CALUMET. LES DANSES · texte numérisé non relu

APP. V. — MŒURS DES INDIENS. LE CALUMET. LES DANSES

» Les choses estant ainsi disposées et l’heure de la dance approchant, ceux qui sont nommez pour chanter prennent la place la plus honnorable sous les feuillages. Ce sont les hommes et les femmes qui ont les plus belles voix et qui s’accordent parfaitement bien ensemble. Tout le monde vient ensuitte se placer en rond, mais chacun doit, en arriuant, saluer le manitou, ce qu’il fait en petunant et jettant de sa bouche la fumée sur luy, comme s’il luy presentoit de l’encens. Il va d’abord auec respect prendre le calumet et le soutenant des deux mains, il le fait danser en cadence, s’accordant bien auec l’air des chansons. Il luy [fait] faire des figures bien differentes. Tantost il le fait voir à toute l’assemblée, le tournant de costé et d’autre. Tantost il le présente au soleil, comme s’il le vouloit faire fumer. Tantost il l’incline vers la terre. Tantost il luy estend les aisles comme pour voler. D’autres fois, il l’approche de la bouche des assistans, afin qu’ils fument; le tout en cadence. Et c’est la première scène du ballet.

» La seconde consiste en vn combat qui se fait au son d’vne espèce de tambours qui succèdent aux chansons, ou mesme qui s’y joignent et s’accordent fort bien ensemble. Le danseur fait signe à quelque guerrier de venir prendre les armes qui sont sur la natte et l’inuitte à se battre au son des tambours. Celuy-ci s’approche, et prend l’arc et la flèche, auec la hache d’armes et commence le düel contre l’autre, qui n’a point d’autre deffenses que le calumet.

Ce spectacle est bien agréable, surtout les faisant tousjours en

cadence; car l’vn attaque, l’autre se deffend; l’vn porte des coups, l’autre les pare; l’vn fuit, l’autre poursuit et puis celuy qui fuyait tourne visage et fait fuire son ennemy; ce qui est le plus beau c’est qu’vn homme seul faict quelquefois les deux personnages d’attaquant et deffendant, fuyant et poursuyuant et tout le reste ; ce qui se fait si bien par mesure et à pas comptez et au son

réglé des voix et des tambours qu’il pourroit passer pour vue

assez belle entrée de ballet en France.

» La troisième scène consiste en vn grand discours que fait celuy qui tient le calumet. Car le combat estant finy sans qu’il y ait de sang respandu, il raconte les batailles où il s’est trouué, les victoires qu’il a remportées. Il nomme les nations, les lieux et les captifs qu’il a faict[s] et pour recompense, celuy qui présidé à la danse luy fait présent d’une belle robbe de castor ou de

quelque autre chose. Et l’ayant receu, il va présenter le calumet a vn autre; celuy-ci à un troisième, et ainsi de tous les autres, iusqu’à ce que tous ayans fait leur deuoir, le President fait présent du calumet mesme à la nation qui a esté inuitée à cette ceremonie, pour marque de la paix eternelle qui sera entre ces deux peuples. Voicy quelques-vnes des chansons qu’ils ont coustume de chanter. Ils leur donnent vn certain tour qu’on ne peut assez exprimer par la notte, qui neantmoins en fait toute la grâce. »

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APPENDICE V

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