‹ Au MississipiChapitre 72 sur 84 · SECONDE EXPÉDITION · texte numérisé non relu

SECONDE EXPÉDITION

« 21. — nous eusmes assez de peine de sortir de la riuiere et ayant fait enuiron 3 lieues nous trouuasmes les Sauuages qui auoient tué des bœufs et 3 Ilinois qui estoient uenus du uillage nous fusmes arrestez d’un lient de terre et par des lames prodigieuses qui uenoient du large et du froid.

» Décembre. — on deuance les sauuages pour dire la sainte messe.

» 3. — ayant dit la s^® messe estant embarque nous fusmes contraint de gagner une pointe pour pouuoir mettre a terre a cause des bourguignons.

» 4. — nous partismes heureusement pour uenir a la riuiere du portage qui estoit gelee d’un demy pied ou il y auoit plus de neige que par tout ailleurs comme aussi plus de piste de bestes et de cocqs d’Indes.

» La nauigation du lac est assez belle d’un portage à l’autre n’y ayant aucune trauerse a faire et pouuant mettre a terre par tout moyennant qu’on ne soit point opiniastre a uouloir marcher dans les lames et de grand lient les terres qui le bordent ne ualent rien, excepte quand on est aux prairies, on trouue 8 ou 10 riuieres assez belles la chasse du cheureux est très belle a mesure qu’on s’esloigne des Pouteouatamis.

» 12. — comme on commençoit hier a traisner pour a[p]procher du portage les Ilinois ayant quittez les Pouteouatamis arriuerent auec bien de la peine. Nous ne pusmes dire la s‘® messe le iour de la Conception a cause du mauuais temps et du froid Durant notre seiour a l’entree de la riuiere, Pierre et Jacques tuerent 3 bœufs et 4 cheureux dont l’un courut assez loing, ayant le cœur coupe en deux On se contenta de tuer 3 ou 4 cocqs d’Inde de plusieurs qui uenoient autour de notre cabanne parce qu’ils mouroient quasi de faim. Jacques apporta une perdrix qu’il auoit tuee semblable en tout à celles de France, excepte qu’elle avoit comme deux ailerons des 2 costez du col ou il n’y a point de plume.

» 14. — estant cabannez proche le portage a 2 lieues dans la riuiere, nous resolusmes d’hyuerner la estant dans l’impossibilité de passer outre estant trop embarrasse et mon incommodité ne me permettant pas de beaucoup fatiguer Plusieurs Ilinois passeront hier pour aller porter leur pelleterie a Naouaskingoues ausquels on donne un bœufs et un cheureux que Jacqiie avoit tue le iour d’auparauant Je ne pense pas avoir veu de Saunage plus affame de petun françois

qu’eux Ils uinrent ietter a nos pieds des castors pour en auoir quelque bout mais nous leur rendismes en leur en donnant quelque pipe parce que nous n’auions pas encore conclu si nous passerions outre.

» 15. — Ghachagouessiou et les autres Ilinois nous quitteront pour aller trouuer leurs gens et leur donner les marchandises qu’ils auoient apportez pour auoir leurs robbes en quoy ils se gouvernent comme les traitteurs et ne donnent guere plus que les François. Je les instruisis auant leur départ, remettant au printemps de tenir conseil quand ie serois au uillage. Ils nous traitterent 3 belles robbes de bœuf pour une coudee de petun, lesquelles nous ont beaucoup serui cet hyuer. Estant ainsi debarrasse nous dismes la messe de la Conception. Depuis le 14 mon incommodité se tourna en flux de sang.

» 30. — Jacque arriua du uillage des Ilinois qui n’est qu’a 6 lieues d’icy ou ils auoient faim, le froid et la neige les empeschant de chasser. Quelques uns ayant aduerti la Toupine et le chirurgien que nous estions icy et ne pouuant quitter leur cabanne auoient tellement donnez la peur aux Saunages croyant que nous aurions faim demeurant icy que Jacque eust bien de la peine d’empescher 15 jeunes gens pour emporter toute notre affaire.

» janvier 1675. — aussitost que les 2 françois sceurent que mon mal m’empeschoit d’aller chez eux le chirurgien uint icy auec un Saunage pour nous apporter des bluets et du bled. Ils ne sont

qu’à 18 lieües d’icy dans un bon lieu de chasse pour les bœufs et les cheureux et les coqs d’Inde qui y sont excellents. Ils auoient aussi amasse des uiures en nous attendant et auoient fait entendre aux Saunages que leur cabanne estoit a la robbe noire et on peut dire qu’ils ont fait et dit tout ce qu’on pouuoit attendre d’eux. Le chirurgien ayant icy seiourne pour faire ses dévotions j’enuoyay Jacque auec luy pour dire aux Ilinois qui estoient proche de la que mon incommodité m’empeschoit de les aller noir et que i’aurois mesme de la peine d’y aller au printemps, si elle continuoit.

» 24. — .Tacque retourna auec un sac de bled et d’autres

rafraichissements que les François luy auoient donne pour moy. Il ap[p]orta aussi les langues et de la uiande de deux bœufs qu’un

saunage et luy auoient tuez proches d’icy; mais toutes les bestes se sentent du mauuais temps.

APPENDICE VI. — SECONDE EXPÉDITION

» 26. — 3 Ilinois nous ap[p]orterent des anciens 3 sacs de bled, de la uiande seche, des citrouilles et 12 castors 1° pour me faire une natte 2° pour me demander de la poudre pour que

nous n’eussions pas faim pour auoir quelque peu de marchan-

dises; ie leur respondis que i’estois uenu pour les instruire, en leur parlant de la priere 2'^‘ que ie ne leur donnerois point de poudre, puisque nous taschioiis de mettre par tout la paix et que ie ne uoulois qu’ils commençassent la guerre avec les Muiamis 3^^ que nous n’ap[p]rehendions point la faim 4*^* que i’cncourageois les françois a leur ap[p]orter des marchandises et qu’il falloit qu’ils satisfissent ceux qui estoient chez eux pour la rassade qu’on leur auoit pris, dez que le chirurgien fust party pour uenir icy. Comme ils estoient uenus de 20 lieuës, pour les

payer de leur peine, et de ce qu’ils m’auoient ap[p]ortez, ie leur donnay 1 hache, 2 couteaux, 3 iambettes, 10 brasses de

rassade et 2 mirouers doubles, et leur disant que ie tascherois d’aller au uillage seulement pour quelques iours si mon incommodité continuoit. Ils me dirent de prendre courage, de demeurer et de mourir dans leur pays et qu’on leur auoit dit que i’y resterois longtemps.

» Feurier. — Depuis que nous nous sommes addressez à la Ste Vierge Immaculée que nous auons commence une neufuaine par une messe a laquelle Pierre et Jacque, qui font tout ce qu’ils peuuent pour me soulager, ont communiez, pour demander a Dieu la santé, mon flux de sang m’a qnitte. Il ne me reste qu’une foiblesse d’estomac ; ie commence a me porter beaucoup mieux et a reprendre des forces. Une cabanne d’Ilinois qui s’estoit rangée proche de nous depuis un mois une partie ont repris le chemin des Poux et quelques uns sont encore au bord du lac, ou ils attendent que la nauigation soit libre. Ils emportent des lettres pour nos PP. de Saint-François.

» 20. — nous auons eu le temps de remarquer les marees qui uiennent du lac, lesquelles haussent et baissent plusieurs fois par iour et quoyqu’il n’y paroisse aucune abrey (1) dans le lac, on a lieu les glaces aller contre le uent. Ces marees nous rendoient l’eau bonne ou mauuaise, parce que celle qui uient d’en hault

të

(i) Abri.

coule des prairies et des petits ruisseaux. Les cheureux qui sont en quantité uers le bord du lac sont si maigres qu’on a este contraint d’en laisser quelques uns de ceux qu’on auoit tuez.

» Mars. — On tue plusieurs perdrix dont il n’y a que les mais qui ayent des ailerons au col, les femelles n’en ayant point. Ces perdrix sont assez bonnes, mais non pas comme celles de France.

» 30. — Le lient de Nord ayant empesche le degel iusques au 25 de Mars il commença par un lient de Sud. Dez le lendemain, le gibier commença de paroistre. On tua 30 tourtrel (sic) que ie trouuay meilleures que celles de la bas, mais plus petites, tant les uieilles que les ieunes. Le 28, les glaces se rompirent et s’arresterent au dessus de nous. Le 29, les eaux crurent si fort que nous n’eusmes que le temps de descabanner ou plustot

mettre nos affaires sur des arbres et tascher de chercher a coucher sur quelque but[te], l’eau nous gagnant presque toute la nuit. Mais ayant un peu gelé et estant diminue, comme nous

estions auprès de nos paquets, la digue nient de se rompre et les glaces a s’escouler. Et parce que les eaux remontent desja, nous allons nous embarquer pour continuer notre route.

» La Vierge Immaculée a pris un tel soin de nous, durant

notre hyuernement que rien ne nous a manque pour les uiures, ayant encore un grand sac de bled de reste de la uiande et de la graisse. Nous auons aussi uecu fort doucement, mon mal ne

m’ayant point empesche de dire la messe tous les iours. Nous n’auons point pu garder du caresme que les vendredys et samedys.

» 31. — Estant hier party, nous fismes 3 lieues dans la riuiere en remontant sans trouuer aucun portage. On traisna pendant enuiron un demy arpent. Outre cette descharge, la riuière en a une autre par ou nous deuons descendre. Il n’y a que les terres bien hautes qui ne soient pas inondées. Celle ou nous sommes a cru de plus de 12 pieds. Ce fust d’icy que nous commençasmes notre portage, il y a 18 mois. Les outardes et les canards passent continuellement. On s’est contenté de 7. Les glaces qui dérivent encorre nous font icy demeurer, ne sçachant pas en quel estât est le bas de la riuiere.

» Avril. — Comme ie ne scay point encorre si ie demeureray

APPENDICE VI. — SECONDE EXPÉDITION

cet este au uillage ou non a cause de mon flux de uentre nous laissons icy une partie de ce dont nous pourrions nous passer et sur tout un sac de bled. Tandis quTin grand lient du Sud nous arreste, nous espérons aller demain ou sont les François, distant de 15 lieues d’icy.

« 6. — Les grands iients et le froid nous empeschent de marcher Les deux lacs par ou nous auons passe sont pleins d’outardes, d’oyes, de canards, de grues et d’autres gibiers que nous ne connoissons point. Les rapides sont assez dangereux en quelques endroits. Nous uenons de rencontrer le chirurgien auec un saunage qui montoit avec une canottee de pelleterie. Mais le froid estant trop grand pour des personnes qui sont obligez de traisncr les canots dans l’eau, il nient de faire cache de son castor et retourne demain au uillage avec nous. Si les françois ont des robes de ce pays icy, ils ne les desrobbent pas, tant les fatigues sont grandes pour les en tirer.

A mon Reuerend Père Le P. Claude Dablon Supérieur des Missions de la Compagnie de Jésus en la nouuelle France A Qiiebec

[D’une autre main, il est écrit:]

Lettre et journal du feu P. Marquette [En haut, d’une autre écriture encore:]

Tout ce qui regarde Le voyage du P.

Marquette.

APPENDICE VII

Lettre du P. Marquette au R. P. Dablon.

De la mission de Saint-Ignace des Tionnontateronons {Tionnontates) Missilimakinac [1672).

« Mon Révérend Père ,

» Les Hiiroüs nommés Tionnontaleronons , ou nation du Petun, qui composent la mission de Saint-Ignace à Michillimakinac, ont commencé, l’été passé, près de la chapelle, un fort dans lequel se trouvent renfermées toutes leurs cabanes. Depuis lors, ils se sont rendus plus assidus à la prière. Ils ont écouté plus volontiers mes instructions et ont consenti à tout ce que j’ai exigé d’eux pour mettre un terme à leurs désordres et à leurs abominables coutumes. Il faut prendre patience avec des esprits sauvages qui n’ont eu jusqu’à présent d’autres maîtres que le démon, dont eux et leurs ancêtres ont été les esclaves, et qui retombent souvent dans les péchés auxquels ils sont habitués dès l’enfance. C’est à Dieu d’affermir leurs esprits volages, de les mettre et de les maintenir dans la grâce. C’est à lui surtout de toucher leurs cœurs, pendant que nous bégayons à leurs oreilles.

» Les Tionnontateronons se sont trouvés cette année au nombre de trois cents quatre-vingt et plus de soixante Ouatouasinagans se sont rangés avec eux. Plusieurs estoient venus de la mission de Saint-François-Xavier, où le P. André a hiverné l’an passé avec eux. Ils m’ont paru bien differents de ce que je les avais vus à

(i) Cf. Relations inédites, Paris, i86i, t, 1, p. 96. On a cru devoir réimprimer cette lettre, parce que l’éditeur de 1861 n’a pas toujours bien reproduit le manuscrit.

APPENDICE VII. — MICHILLIMACKINAC (1672)

la Pointe du Saint-Esprit (1). Le zèle et la patience de ce Père ont gagné à notre sainte foi ces cœurs qui nous en paraissaient le plus éloignés. Ils veulent estre chrétiens, apportent à la chapelle leurs enfants pour estre baptisés et se rendent fort assidus à la prière.

» L’eté passé, ayant été obligé d’aller à Sainte-Marie-du-Sault avec le P. Allouez, les Murons venaient à la chapelle aussi assidûment que si j’y eusse esté, et les filles y chantoient ce qu’elles savoient. Ils comptoient les jours qui se passoient depuis mon départ et demandoient continuellement quand je reviendrois. Je ne fus absent que quatorze jours, et, à mon arrivée, chacun se rendit à la chapelle, où plusieurs venoient de leurs champs, quoique fort esloignés.

» J’assistois à leurs festins, où je les instruisois et les invitois à remercier Dieu, qui leur donnoit des vivres en abondance, tandis que d’autres nations qui n’avoient point encore embrassé le Christianisme, avoient bien de la peine à s’exempter de la faim. Je m’efforgois de rendre leurs songes ridicules et d’amener les nouveaux baptisés à reconnoître celui dont ils étoient les enfants adoptés. Ceux qui faisoient festin, quoique encore idolâtres, paiioient fort honorablement du Christianisme et ne rougissoient pas de faire le signe de la croix devant tout le monde. Plusieurs jeunes hommes, dont ou s’estoil voulu railler pour les en détourner, le faisoient, même dans les plus grandes assemblées, encore que je n’y assistasse pas.

» Quelques Murons chrestiens, venus de Quebec et de Montreal, déclarèrent d’abord qu’ils ne se trouveroient jamais dans les assemblées où Dieu seroit offensé; que si on les invitoit aux festins, ils y suivroient la coutume des chrétiens. Ils se rangeoient auprès de moi, quand j’y pouvois assister, et gardoient leur liberté, quand j’en étois absent.

» Un sauvage, considérable parmi les Murons, m’avoit invité à son festin, où les chefs assistoient. Les ayant appelés chacun par leur nom, il dit qu’il vouloit déclarer sa pensée, afin que personne ne l’ignorât : « Qu’il étoit chrestien ; qu’il renonçoit au dieu des songes et à toutes leurs dances pleines d’indécences ; que la Robe Noire étoit

(i) Mission du Saint-Esprit, à la pointe de Chagouamigan, extrémité occidentale du Lac Supérieur.

le maître de sa cabane et qu’il ne quitteroit point cette résolution, quoi qu’il pût arriver. «

» Je pris plaisir de l’entendre, et prenant de là occasion de parler plus fortement que je n’avois encore fait, je les assurai que je n’avois d’autre dessein que de les mettre dans le chemin du Paradis; que c’estoit le seul sujet qui m’arrêtât parmi eux et qui m’obligeoit de les assister au péril de ma vie. Dès qu’on a dit quelque chose dans une assemblée, cela se divulgue aussitôt dans toutes les cabanes. On s’en aperçoit à l’assiduité des uns, à la prière et à la malice des autres qui tâchent de rendre nos instructions inutiles.

» Un jour, dans un grand conseil, où cinq autres nations étoient assemblées, je fis quelques présents au neveu d’un chef qui mourut l’an passé dans les bois. Alors les assistants m’offrirent un grand collier de porcelaine (1) pour repondre à ce que j’avais dit ; « que je prétendois établir le Christianisme parmi les Hurons, qui ne sembloit encore que commencer. » Ce jeune homme et toute sa parenté se sont déclarés et disent que c’est moi qui gouverne leur cabane. J’espère que ce qu’ils font maintenant par respect et par crainte se fera un jour par amour et avec un vrai désir de se sauver.

» Plus de douze cents sauvages estant partis, dès l’automne, pour la chasse, ceux qui sont demeurés ici m’ayant demandé quelles danses je leur défendois, je leur dis d’abord que je ne permettois point les danses que Dieu défend, comme sont celles où on ne regarde pas la decence; que pour les autres j’en jugeiois, quand je les aurois vues. Chaque danse a son nom, mais je n’ai trouvé de mal que dans celle qui se nomme de l’ours. Une femme impatiente dans sa maladie, et voulant satisfaire son dieu et son imagination, fit inviter vingt femmes pour cette danse de l’ours. Elles estoient couvertes de peaux d’ours, avec de beaux colliers de porcelaine. Elles grondoient à la manière des ours, mangeoient et sembloient se cacher comme des ours, pendant que la malade dansoit et ordonnoit de temps en temps qu’on jetât de l’huile dans le feu avec de certaines supersti-

(i) Le collier do porcelaine ne se donne, chez les sauvages, que lorsqu’on traite des alîaires de grande importance. Les porcelaines de ce pays sont des coquilles cannelées, allongées, un peu pointues, sans oreilles et assez épaisses. Elles renferment un poisson dont la chair n’est pas bonne à manger, mais leur intérieur est d’un si beau vernis et a des couleurs si vives, que l'art ne peut rien faire qui en approche. (Charlevoix, Journal de voyage, etc., p. 209-210.)

APPENDICE VII. ~ MICHILLIMACKINAC (1672)

lions. Les hommes qu’on avoit appelés pour chanter estoient fort embarrassés pour satisfaire aux caprices de la malade, parce qu’ils n’avoient point encore entendu d’airs semblables (cette danse n’étant point en usage parmi les Tionnontateronons). .l’ai su tirer parti de cette circonstance pour les en détourner.

» L’hiver quoique rude n’a pas empêché les sauvages de venir à la chapelle. Plusieurs s’y sont rendus deux fois le jour, quelque vent et quelque froid qu’il fît. Dès l’automne, je commençois à préparer les uns à la confession générale de toute leur vie, et à en disposer d’autres qui n’en avoient pas fait depuis leur baptême. Je n’aurois pas cru que des sauvages eussent pu rendre un compte si exact de leur vie. Aussi plusieurs d’entre eux ont-ils employé plus de quinze jours à s’examiner. Je les ai trouvés bien changés depuis ce temps-là, de sorte qu’ils ne vouloient pas même assister aux festins ordinaires, sans m’en demander auparavant la permission.

» Gomme les sauvages, et surtout les femmes, ont des imaginations très fortes, elles sont quelquefois gueries dans leurs maladies, quand on leur accorde ce qu’elles souhaitent. Aussi, leurs médecins qui ne connaissent rien à leurs maux leur proposent quantité de choses dont elles pourroient avoir envie; et quand la malade déclaré ce qui lui plaît, on ne manque pas de le lui donner. Mais durant cet hiver, plusieurs malades, craignant qu’il n’y eût péché en cela, ont constamment répondu qu’ils ne souhaitoient rien et qu’ils feroient ce que la Robe noire leur diroit.

» J’ai baptisé cette année vingt-huit enfants, dont l’un estoit parti de Sainte-Marie-du-Sault avant d’avoir reçu ce sacrement. Le P. Henry Nouvel me l’avoit escrit afin que j’y prisse garde, mais cet enfant étant tombé malade avant que je le sùsse, il risquoit de mourir dans cet état. Heureusement Dieu permit qu’instruisant dans ma cabane deux sauvages considérables et assez intelligents, ils me demandèrent si un tel enfant qui estoit bien malade avoit été baptisé. J’y courus sur le champ, je lui donnai le baptême et il mourut la nuit suivante. D’autres enfants ont aussi quitté cette terre d’exil et sont allés en Paradis. Ce sont les consolations que Dieu nous envoie qui nous font estimer notre vie d’autant plus heureuse qu’elle pourroit paraître plus misérable.

» Parmi les adultes que j’ai baptisés se trouvoit une femme que j’instruisois depuis un an. Je l’avois toujours différée, jusqu’à ce que

APPENDICE VII

Page 1