‹ Au Mississippi; la première explorationChapitre 21 sur 59 · CH. VII. — LE MISSÏSSIPI · texte numérisé non relu

CH. VII. — LE MISSÏSSIPI

Mississipi était celle des Illiuois, possesseurs uoiiiioaux d'un iiniueiise territoire, s'étendant des bords du lac Michigaii à l'Est, au Mississipi à l'Ouest. Ils étaient limités au Nord par le Wis* cousin et au Sud par TOhio, Or, si Fou excepte le voyage de Nicollet (1639), plus de trente ans avant Texpéditiou de Louis Jolliet et du P. Marquette, et la tentative du P. Allouez (1), assez bien renseigné par son expédition, personne n'avait encore entretenu que de passagères relations avec cette nation. Le plus souvent, c'étaient des rencontres fortuites, loin de leurs domaines, quand ils venaient traiter avec les Français. Jean NicoUet, il est vrai, s'était cru arrivé au bord du grand fleuve, en naviguant sur le Wisconsin. Cependant il était encore à trente ou quarante lieues du Mississipi, quand il s'arrêta à un rapide qu'il avait pris, par erreur, pour le confluent des deux rivières.

Les Illinois, mieux instruits, avaient eu malheureusement à lutter contre deux ennemis puissants : les Iroquois et les Sioux.

A la suite de guerres désastreuses, plusieurs bourgades de cette nation avaient dû traverser le fleuve, et s'établir sur sa rive droite, afin de se soustraire aux poursuites de leurs farouches ennemis. Cest là, dans le campement principal de Péouaréa, que, dans son exploration, le P. Marquette devait être reçu avec tant d'empressement et de faveur. En résumé, avant son embarquement, les notions les plus exactes se bornaient aux points suivants. Tout le monde était d'accord pour reconnaître l'existence d'une mej* à l'Ouest sur une longue étendue, et l'on savait aussi qu'il était possible de s'y rendre en canot de l'extrémité de la Baie des Puants, en s'engageant dans le pays de la Folie- Avoine, par une rivière tributaire du lac Michigan; que de là on pourrait facilement gagner une autre rivière, séparée de la première par im portage très court, et enfin se rendre, par le Wisconsin, à cette mer inconnue des Européens, que les aventuriers espagnols avaient déjà parcourue dans sa portion inférieure, en s'y rendant par le golfe du Mexique.

(i) Dans le voyage qu*U fit sur le Wisconsin en 1667.

Par une confusion assez naturelle, beaucoup de Canadiens, préoccupés de traverser le continent de rAniérique du Nord dans toute sa largeur, cherchaient, dans le même temps, une route vers la Chine ou le Japon , soit par voie de terre , soit par voie de mer. Il n'est pas impossible que des Indiens, accoutuuiés à franchir d'immenses distances, aient eu dès lors connaissance d'une mer, d'où Ton pourrait se rendre au Japon, sinou d'une terre située en face des extrémités de la Sibérie. Quoi qu'il en soit, en 1673, entreprendre le voyage de la mer de l'Ouest, signifiait également aux yeux des explorateurs, soit la découverte du Hississipi, soit celle de la mer du Japon. Par suite, quand Louis Jolliet fut chargé par Talon de commander l'expédition et de s'associer le P. Marquette, le plan du voyage était encore un peu vague. Aussi, dans les conférences préparatoires de Michillimackinac , du 8 décembre 1672 au mois de mai 1673, les tracés durent-ils se ressentir de cette incertitude. Il est vrai que, dans le remarquable travail du P. Jules Tailhan, sur les Mémoires de Nicolas Perrot (1), ce savant écrivain n'ose pas se prononcer sur l'interprétation du mot : mer de VOuest. Cependant, comme il serait impossible de ne pas accepter, sur ce point, l'autorité d'autres historiens, môme celle du P. Louis Hennepin, récollet, quand il n'a aucun intérêt à ne pas dire vrai, il est certain qu'en 1698, on cherchait encore la route du . Canada à un^ autre mer de VOuest que celle du Mississipi, pour se rendre au Japon et en Chine, c'est-à-dire par la Californie; et cela se disait vingt-cinq ans après la reconnaissance du grand fleuve sur la majeure partie de son cours. Charlevoix constatait, en 1721, la même tradition. Mais il fallut attendre après 1773, c'est-à-dire jusqu'à la suppression de la Compagnie de Jésus, pour que les Franciscains espagnols, successeurs des Jésuites en Basse-Californie, étendissent leurs conquêtes spirituelles jusqu'à Santa-Clara

(i) Mémoire sur les mœurs, coustumes et relligion des sauvages de V Amérique septentrionale, par Nicolas Perrot, pubUé pour la première fois par le R. P. J. Tailhan, de la Compagnie de Jésus. Leipzig et Paris, librairie A. Franck Albert, L. Herold. i8C4. (T. HI de la Bibliotheca americana).

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et San Francisco. Alors seulement il fut possible de savoir «ju'aii delà des Montagnes-Rocheuses se trouvaient de vasUs régions bordées par Tocéan Pacifique. Malgré tout, l'honneur d'avoir traversé le continent de part en part, de New- York h San-FraiiH cisco, était réservé, au xix« siècle, à Lewis (1804-06) et à David Johnson.

Ce qui précède montre assez les difficultés principales de Tentreprise française, sans qu'il soit nécessaire de s'arréLer à eu décrire d'autres, dont la perspicacité du lecteur lui permettra de comprendre l'imporlance et le nombre. L'Une des plus ])oignaiitGs fut incontestablement l'indifférence du gouvernement frauçais par rapport à l'expédition , dont Thonneur principal revient au P. Marquette.

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