‹ Au Mississippi; la première explorationChapitre 22 sur 59 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

La France ne comprend pas l'importance de la découverte.

Le comte de Frontenac était arrivé, vers la fin de septembre 1672, pour administrer le Canada, en qualité de gouverneur. Pendant ce premier séjour, loin de rêver à l'agrandissement de la colonie et d'assurer au moins son extension dans l'avenir, toute sa préoccupation parut être de faire prévaloir les idées préconçues qu'il avait apportées de France. Dans sa pensée, il fallait d'abord inculquer aux sauvages l'amour de la France, pour les amener à connaître et à pratiquer l'Évangile. C'était une erreur. Mieux renseignés par l'expérience, les missionnaires s'en tenaient à une méthode contraire. Pour eux, les Indiens ne pourraient se placer sous la suzeraineté de la mère -patrie qu'après avoir reçu le baptême et pratiqué les vertus chrétiennes.

Frontenac conçut un violent dépit, en constatant cette divergence de vues sur un point capital, et dès lors les Jésuites furent considérés par lui comme un obstacle (1). Autour du nouveau

(i) Peut-être étail-U dominé par des idées apportées de France ou par Tbabilude de trouver mauvais à priori toute manière de voir contraire k la sienne.

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gouverneur accoururent les jaloux, les détracteurs et les intrigants. Déjà d'ailleurs, à la fin du séjour de l'intendant Talon qui administrait en fait la colonie, sous le nom de M. de Tracy, plus d'un envieux clierchait à miner le crédit des Jésuites. Mécontents de n'avoir pas été autorisés à retourner dans leurs anciennes missions, après la reprise du Canada sur les Anglais en 1632, les RécoUeis s'efforcèrent de persuader que leur genre de vie leur permettrait à eux, mieux qu'à tout autre, de gagner les sauvages à la civilisation et à la foi chrétienne. Le nouveau gouverneur fut flatté de leurs avances, et sûr de trouver chez eux l'aide et l'appui qu'il n'osait espérer rencontrer d'autre part, il ne craignit pas de montrer un grand éloignement à l'égard des Jésuites. Est-ce à cette raison qu'il faut attribuer la froideur et l'indifférence de Frontenac, en apprenant qu'un Jésuite allait être adjoint à Jolliet pour l'expédition du Mississipi? Fut-il distrait par les préparatifs de son propre voyage chez les Iroquois, entrepris dans le temps même où les illustres explorateurs descendaient le grand fleuve? C'est une question, pour le moment, insoluble.

Quoi qu'il puisse être de ses pensées secrètes, la correspond dauce du gouverneur avec Colbert ne semble pas fort enthousiaste au sujet de l'expédition et de ses résultats. N'ayant pu révoquer les ordres signés par son prédécesseur, loin de récompenser les heureux voyageurs, il se borne à mentionner leur retour, et ne songe à tirer aucun pai*ti de leurs découvertes. Il est même facile de constater plutôt un certain dédain dans ses lettres, comme s'il s'agissait d'un fait sans aucune portée. Ce fut une grave erreur, et le cabinet de Versailles semble l'avoir partagée.

Cependant les Jésuites s'étaient toujours montrés fort soumis envers le pouvoir et les administrateurs envoyés par le roi. Qu'on en juge par la lettre suivante du F. Le Mercier.

80 MISSISSIPI. — PÈKE lliRQUETTE

< Jl Quebecq, ce 2 de nou. 1665,

> MONSBIGNEUB,

> Les grandes obligations que nous avons à Sa Majesté ne diminuent en rien celles qui nous attachent à vostre personne. Il est vray que le Roy a receu de Dieu celte inclination extraordinaire vers la Nouuelle-France, dont nous bénissons le ciel iour et nuit.

> Mais la mesme adorable Providence luy a également inspiré de se servir de vous, pour Testablissement de cet estât nouueau, qu'il fault former iusqu'à luy donner Testre d*uu Royaume frauçois et très chrestien tout ensemble, qui sont les deux plus belles qualitez que la nature et la grâce puissent produire en faueur d'un empire.

» Cette entreprise, Monseigneur, de faire, en mesme temps, au milieu d'une barbarie toute sauuage, et une primitive église et une colonie, qui soit dans la perfection des plus anciennes monarchies, est digne des soins d'un ministre d'estat éclairé comme vous estes.

> Il ne paroist presque desici plus de Canada, et il fault effacer doresnauant ce nom barbare de touttes les histoires ou relations, pour le changer en celuy de nouuelle France; je pourrois dire mesme d'ancienne France, qui semble auiourd'huy avoir esté transporté en ces contrées, tant les choses sont desià aduancées, depuis, Monseigneur que vous y auez mis la main, soubs les auspices de nostre Dieudonné et que vous nous auez procuré, pour seconder et exécuter vos desseins, tant de personnes de mérite, tels que sont Mgr de Tracy, qui a encore l'esprit aussy vigoureux et propre aux grandes entreprises, que peut estres il ayt iamais eu, et M. Talon, intendant pour Sa Majesté en ces quartiers, qui joint et uny, comme il est, au premier, est capable de régler parfaitement un pais encore moins policé que celui-cy.

» En quoy. Monseigneur, nous nous sentons, en nostre particulier, tous nos pères et moy, infiniment uos obligés, pour l'amour singulier que nous portons et à toutes ces contrées et à la mission où Dieu nous a appelés, veu que, soubs le gouuernement de personnes si

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justes et sî sages, nous espérons que notre Compagnie «"iiira lî^Mi fin ne plus craindre la calomnie, à laquelle, de vostre pan. iiou^ iiou^ tenons asseurez que vous ne donnerez iamais d^audienrn taiionibln au preiudice de la vérité et de nostre innocence. Je suis, Mituseigiieur,

» Votre très humble et très obéissant seruiteur selon Dieu

» François Lb Mercier, de la Compagnie de Jôsus {i}.fl

Ces sentiments auraient animé le successeur du P< La Meiiior, si Frontenac, dès son arrivée à Québec, ne s'était poi^é en ïitJversaire des Jésuites. A peine entré en charge, il atiiuiLit;*'^ ^<>ii intention de prononcer, dans Téglise môme de ces religieux, nue harangue, où il avait inséré un blâme public dirigé ( nuire eux. Il serait impossible de juger sa conduite, sans mettre îii uiéni^ sous les yeux du lecteur le passage du discours, où toul le monde comprit que les missionnaires de la Compaguic tic Jesu^ étaient manifestement désignés.

« Quand il [Frontenac] pourra attester à Sa Majesté qur MisMi^urs du clergé continuent auec une pieté singulière à instniiiv les (lenples par leurs paroles et par leurs exemples, qu'il luy pouna din' rjiui les Religieux qui sont employés dans les Missions s'aptpltiqiuMit auec plus de zèle que iamais à la conuersion des sauuages, qu il> soiiL« par des moyens qu'ils n'ont peu peut être encore pratiquer, :i les reudn^ suiels de Jésus-Christ et du roy tout en semble et qu'il uerrv* qw^ daus la pratique et le com[m]erce qu'ils ont continuellemeiU mwv viw, ils leur inspirent Tenuie d'ap[p]randre nostre langue et «le ^uidiM* des mœurs et une façon de uiure qui y est aussy contraire et oii|[i)oséc à l'esprit du C[h]ristianismc qu'elle l'est au sentiment d'uue iM'isunuo véritablement raisonnable, ils doluent estre persuadés qu ils lecennuîl des nouuelles marques de protection et des assistances toutes particulières dans l'exécution de leurs pieux desseins (2). >

(i) Bibliothèque nationale. Mélanges Colbert, U i4a, f. 7a; Margry, R. 17— T^n!?, (a) Harangue prononcée par Mgr le comte de Frontenac, en rassrmhk-i? Untie à

Québec, le a3 octobre 167a. Cf. Bibliothèque naUonalo de Paris. Mchmiffit Cottert,

t. i4a, f. aag reeio et verso.

L'iojonction du gouverneur éfail des plus blessantes. Avant d'apprendre le français aux durons, aux Algonquins, aux Illinois et autres tribus, il fallait d*abord les aborder, les réunir, leur parler dons leur langue, leur faire apprendre le catéchisme, leur Inspirer de Testinie pour les vertus chrétiennes, en leur donnant Texemple de l'abnégation portée jusqu'à Théroîsme. Si les Jésuites avaient ajouté aux obstacles que présentait à Tintroduction de la foi en Canada la difficulté d'apprendre le français aux sauvages, ils n'auraient pu eu baptiser un seul. Leur résistance était donc justifiée. Cependant, ils se prêtèrent au projet suggéré par Frontenac et obliiirent que plusieurs de leurs néophytes leur confiassent quelques enfants auxquels on essaya d'apprendre le français. L'insuccès de cette tentative fut complet et força de remettre à beaucoup plus tard l'exécution du dessein formé par le gouverneur.

Si cet homme, d'aUleurs intelligent et dévoué, avait toujours agi et parlé comme dans son voyage chez les Iroquois, en juillet 1673, il aurait mérité, pour sa première administration, les éloges que lui valut la seconde. Aussi, de même qu'il serait injuste de le juger par l'outrecuidance avec laquelle, avant d'être suffisamment renseigné, il prétendit dicter aux Jésuites une ligne de conduite contraire aux données de l'expérience, de même il convient de louer le discours qu'il prononça en présence des sauvages. Avec une adresse merveilleuse, il leur déclara son désir de les voir devenir tous chrétiens, amis de la vertu et de la France, en paix avec leurs voisins et surtout les durons. Puis, profitant de l'appareil de force qu'il avait réussi à donner à son escorte et à sa flotte, il fit comprendre aux Iroquois, dans un langage plein de droiture et de fermeté, sa détennination de venger toute injure faite aux missionnaires, ou toute tentative de violence contre les durons, au mépris de la paix. Son altitude résolue produisit la plus profonde impression, et les chefs vinrent déposer à ses pieds, en gage de leur respect et de leur soumission, un nombre considérable de présents.

C'est aussi a cette même époque que Frontenac se servit

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utilement de Robert Cavelier de la Salle. Cet aventurier iioruwuMl ne manquait ni d'intelligence ni d'énergie dans la paur^^nite de ses projets. Envoyé dès l'hiver 1672 chez les Iroquois, il s êinit acquitté de cette mission avec la plus grande habileh^ G rare à ses soins, le gouverneur parvint au but de son voyage a ver les 120 canots armés de son escorte, et en revint sain ot naiif, ou dépit des craintes de trahison» toujours à redouter du celte hil>ri féroce. Avant Frontenac, Talon avait déjà remarque La Salle el l'avait encouragé, au point de l'envoyer à la grande assetJiblee des tribus de l'Ouest, en 1671, au Sault-Sainte-Marit\ v\ e'csï avec son approbation et ses secours que La Salle a\n\\ essaye, cette même année, d'atteindre au Mississipi par liMiio* Le h habiles flatteries du Normand achevèrent de lui gu^rner la von* fiance et la protection du nouveau maître. Ainsi le i^onvenieirrp dans le Mémoire adressé à Colbert (1) sur le voya^^n au pays iroquois, a pris soin de donner de grands éloges à l*a<!reï^se de son envoyé et au succès de sa négociation avec les principaux chefs. Son animosité contre les Jésuites n'est pw^^ moins manifeste. S'il en cite un, c'est pour l'accuser de Ta voir itiditii en erreur, par un rapport, sur la présence de vaisseaux h i>l landais à Manatte (2). Quant aux autres, missionnaires ûtxn^ cette région, rouge encore du sang de leurs prédécesseurs » quant a leur dévouement héroïque, leurs privations et leurii IravauXi il ne dit pas un mot, même pour constater leur existence- El cependant à qui la France devait-elle d'avoir pénétré sur ce ^oi ingrat, arrosé par tant de sueurs et fécondé par le uiartyrei sinon aux Pères de la Compagnie de Jésus, qui Hvaietil joui bravé pour vivre au milieu des plus cruels d'entre les peuples du Canada? Et ces travaux avaient été accomplis, dans liî seut espoir de convertir ces hommes, trop souvent excités par les Anglais, en haine de la France et de la foi catholique l

(i) Manuscrit de la bibliothèque de l'Arsenal. MS f. 8-35. Margr; le rpproiiuir, t. I, p. 195-938.

(a) New-York.

Frontenac croyait peut-être à la force et à l'audace. Pouvait-il admirer ceux qui s'élançaient à la conquête des àuiesi sans autres aruies que le zèle, une patience à toute épreuve et une douceur que sans doute il qualifiait de faiblesse? Le fait est que le gouverneur, en 1673, ne leur était pas favorable et que Cavelier de la Salle avait toute sa confiance. Voilà pourquoi, se proposant de réserver à ce dernier Thonneur d'avoir pénétré jusqu'à l'embouchure du Hississipi, il pria Colbert d'interdire aux Jésuites les courses lointaines et de réserver ce genre de travaux aux houunes jugés par lui les plus capables de les entreprendre avec un plein succès. Après avoir toléré l'expéditiou de Jolliet et du P. Marquette, organisée par son prédécesseur, son dessein était de ne plus leur en confier d'autres.

Une circonstance indépendante de sa volonté lui permit, dans le même temps, sinon de passer sous silence les résultats du voyage fait au Hississipi par Jolliet et le P. Marquette, du moins d'en parler sans éloges, et ce fut la suppression de toute publicaMon imprimée sur les travaux des Jésuites à la Nouvelle- France, dont il a déjà été parlé plus haut.

On a dit aussi que Tinteudant Talon avait le premier jeté les yeux sur Robert Cavelier de la Salie. Il convient de citer ses paroles :

« Le sieur de la Salle n*est pas encore reuenu de retour de son voyage fait au costé du sud de ce pays (1); mais le sieur de Saini- Lusson est reuenu, après avoir poussé iusqu*â près de cinq cens lieues d1cy (2), planté la croix et arboré les armes du Roy, en présence des dix-sept nations sauuages, assemblées de touttes parts à ce sujet, touttes lesquelles se sont volontairement soumises à la domination de Sa Maiesté qu'elles regardent vniquemcnt et comme leur souuerain protecteur. Cela s'est fait, au récit des Pères Jcsuistes, qui ont assisté à cette cérémonie, auec tout l'appareil et l'esclat que le païs a pu souffrir. Je porteray auec moi les actes de prise de possession, que

(i) Voyage sur TOhio, à la recherche du Mississipi, pendant l'hiver de 1671. (9) Cest rassemblée du Sauli-Sainte>Marie, le iH juin 1671.

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ie sieur do Saint- Lusson a dressé[s], pour asseurer ces \vôH û Sa Maiesté. On ne croit pas que du lieu où ledit sieur de Sfiint-Lusson a parlé, il y ait plus de trois cens lieues iusqu'aux extrrjiiit^^z lit?^ terres qui bordent vers la mer Vermeil ou du Sud. Les irrïrs qui bordent la mer de Touesl ne paroissent pas plus esloigndei» de cdks que les François ont descouuertes , selon la sup[p]utatînrt \\uUm s fait[e] sur le récit des sauuages; et par les cartes, il tn* p^inu^t pas qu'il y ait plus de quinze cens lieues de nauigation à fains Jusqu'à la Tartarie, la Chine et le Japon (1). »

Talon parle ensuite des uiines si riches de cuivre, depuis exploitées au xix* siècle, avec tant de profit, et que les Pt^res Jésuites avaient signalées comme voisines de leur liilssicui à La-Pointe-du-Saint-Esprit.

c Les Pères Jesuistes se servent chez les Outaouacts (d'uù dérîvtï Ottawa) d'vne enclume de cette matière d'environ cent livras pezant.... >

Un Mémoire, adressé par Frontenac à Colbert, nioutre eu cote uiieux le fond de la pensée du gouverneur à Tégard àe^ Jésintes et de leurs missions. Margry n'a pas pensé à publier ce morteaiu Cette omission est regrettable.

« Je me suis acquitté de celuy [l'ordre] par lequel vous aïo pre^criuiez de continuer à exciter les Jesuistes, le séminaire di* Muiilrettl et les Recollectz à prendre déjeunes sauuages, pour les itislruJrt» â la foy, et les rendre sociables. Les derniers ne demandent |»as luiinii et s'efforcent de le faire dans leur mission de Katarokoni (9), uù ils feront assurément des progrès. Pour les autres, je leur y> duriiié l'exemple et fait voir, quand ils voudront se seruir de leur crédit et du pouuoir qu'ils ont auec les sauuages, qu'ils les rendrou! ^uiiabids et auront de leurs enfants, comme j'en ay.

(i)Gf. Manuscrit Ministère des affaires Étrangères. Fonds Amériqut*. V, Margry, t. I, p. 92.

(3) En pays iroquols.

f. aSÛ,

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» Mais c'est une chose qu'ils ne feront jamais, à moins d*y estre absolument contraints, par les raisons que je vous ay desjà mandées et qu'il est inutile de repeter.

> Ils en useront de mesme à l'esgard de Testendue de leurs missions sur laquelle je leur ay parlé, de la sorte que vous me l'ordonnez, mais inutilement, m'ayant déclaré tout net qu'ils n'estaient icy que pour chercher à instruire les saunages ou piustôt attirer les castors et non pas pour estre curez des François.

» Ils ont mesmes affirmé depuis huit jours et retiré deux Pères qu'ils auaient tousjours eus à leur habitation du cap de la Madeleine, qui est une des plus nombreuses qui soit en ce pays, parce qu'il n'y vient pas présentement assez de saunages. Et quand j'ai voulu représenter doucement au Père Supérieur l'incommodité où se trouueroient les habitans d'estrc sans secours spirituels, il n'a pas hésité à me dire les raisons que je vous marque.

t Cependant, après auoir résolu de n'y laisser aucun de leurs Pères, les admonitions charitables que je leur ay faites les ont obligez, depuis quelques jours, à changer de resolution; et le Supérieur m'est depuis venu trouuer pour me dire qu'ils y en laisseroient un. Mais je croy que ce ne sera que pour cet hyuer et pour laisser passer le grand bruit que cela feroit.... (1). >

A la rigueur, ou pourrait se contenter de la lettre précédente, si une autre comuiunication de Froutenac, celle ci chiifrée, ne dévoilait encore plus explicitement le fond de sa pensée. A titre de curiosité, les chiffres du premier alinéa seront donnés en note au bas de la page (2).

< Je crois que vous approuuerez que j'en ay usé de la sorte, et qu'il est bon d'ompcscher qu'ils ne s'attribuent des priuilèges particuliers.

» Je leur ay fort témoigné Tetonnement oii j'eslois, de voir que de

(i) Archivas coloniales. Çorrapondance étrangère, Canada, t. iV, f. 79 verto.

(a) 8a. 7. a3. aa. 107. ao5. a. 16. 16. aS. A&. 34. »o. 107. 8a. 16. 33. o. -f- s^* 68. 90. a6. 18. 39. 8. ao. 108. i3. a4. ^Ul- 68. 5. 10a. 17. 7. 77. 18. 108. i3. 17. 97. a9. ao. ao. &a. 56. a8. i^. ao. 68. 17. 16. aa. 33. 91. 79. 17. loi. 18. 38. 60. 9a. a8. 18. 17.

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tous les sauuages qui sont auec eux à Nostre-Dame de Foy<?, qm n'est qu'à une lieue et demie de Québec, il n'y en auoil pan q\il parlast françois, quoiqu'il fréquentassent continuellement parniy nou^i et leur ay dit que je croyois que dans leurs Missions ils devoionl songer, en rendant les sauuages sujects de Jesus-Christ, de les rendit? aussy sujects du roy; que pour cela il leur falloit inspin^r 1 eiTuie^ d'apprendre nostre langue, comme les Anglois leur apprenûkiil ïa leur, essaier de les rendre plus sédentaires et de leur fain^ quiiLer une uie si opposée à l'esprit du Christianisme, puisque le veiiubJe moyen de les rendre chrestien estoit de les faire deuenir luiitiuie^. Mais, quelque mine qu'ilz fassent, ilz ne veulent point entinjiln; cë langage, et pour vous parler franchement, ilz songent aut^tjl ù la conuersion du castor qu'à celle des âmes. Car la plupart dt^ kurs missions sont de pures mocqueries et je ne croirois pas.quoii leur dust permettre de les estendre plus loin, jusques à ce qu'on vj>l en quelque lieu une église de sauuages mieux formée. J'ay foïi exhorté Messieurs du Séminaire de Montréal d'en user de iâ ^ïurte à Quintay et d'inspirer ces sentimcns là à leurs sauuages, ce quJIz m'ont promis et ce qui peut estre excitera les autres, par jalousie, d'en faire autant. Si vous en tesmoiguez aussy quelque vUos^ au P. Ferrier (1), peut estre que ce qu'il en escriroit feroit quelque efTect. 11 y a une autre chose qui me deplaist, qui est l'eutière dépendance, dans laquelle les prostrés du séminaire de Québec et le grand vicaire de l'euesque sont pour les Pères Jesuistes. Car lis ne font pas la moindre chose sans leur ordre; ce qui fait qu'îudirectement ilz sont les maistres du spirituel qui, comme vous scauez, est une grande machine pour remuer le reste. Hz ont mesme, si je ne me trompe, gagné le gardien des Recoilects, qui n'a plus que trois ou quatre religieux dans son couuent, que les Pères Jésuites seroient bien aises de voir entièrement aboly, et où il seroit nécessaire qu'il y eust des religieux habiles et qui eussent assez de talent pour balancer un peu celuy des autres. Vous verrez si vous jugerez à propos d'en dire quelque chose à l'euesque de Qut^bec et au prouincial des Recolloctz.... (2). »

(i) Confesseur de Louis XIV.

(a) Ministère des colonies. Canada. Corrupondanee étrangère, t. III. Ma^rcrt, t. I» p. a^y-a^Ô.

Ces citations étaient nécessaires pour expliquer l*étonnante manière de voir du comte de Frontenac, formulée dès son arrivée et basée, non sur une expérience personnelle, mais soit sur des préjugés conçus en France, soit sur de faux rapports entendus au Canada. Le plus grave est relatif au commerce des castors, auquel le gouverneur attribue le peu de zèle que montrent les Jésuites pour le salut et la conversion des sauvages. Cette accusation, malgré sou injustice flagrante, a été tant de fois répétée qu'il convient d'en faire ressortir une bonne fois la fausseté. Ce n'est certes, ni en Amérique, ni au Canada qu'elle a rencontré la moindre croyance, mais en France, où elle est encore colportée avec perfidie.

Le Mémoire de Frontenac est trop manifestement dicté par l'animosité, pour que l'on puisse s'en tenir à son appréciation sur un seul point. Son opinion n'est pas seulement entachée d'erreur, mais ce qui est plus grave, il est difficile de croire ici à sa bonne foi. Pendant longtemps, à la Nouvelle-France, la seule liionnaie courante, même à Québec, où Ton se servait encore si peu d'argent français, consista exclusivement en fourrures. Tout se payait en pelleteries ; le pain, le vin, les étoffes, les armes, la poudre, le plomb, etc., etc., et personne n'aurait pu se procurer les aliments ou les objets nécessaires à la vie, s'il n'avait eu pour les acheter que des sacs d'écus. Par suite, accuser les Jésuites d'avoir trafiqué, parce qu'ils payaient, en peaux de diverses bétes, les provisions qu'ils recevaient de Québec, est une insigne caloumie, puisqu'ils auraient été réduite à mourir de faim, s'ils ne s'étaient conformés à l'usage général. C'est ignorer l'état précaire de leurs ressources et la modique rente annuelle du capital fondé par le marquis de Gamaches, pour Tentretien du collège de Québec et de toute la mission. Puisé dans des rapports adressés au général à diverses époques, ce chiffre est très inférieur aux frais d'une dépense fort modeste (1).

(i) L^accusaUon portée contre les Jésuites du Canada par Frontenac parvint à Rome et le Général écrivit au Supérieur de la Mission, pour défendre rig:oureuse-

CH. VIII. — mOIFFÉRENCS DES FRANÇAIS 89

Celte réflexion faite, le lecteur pourra mieux comprendre Finjustice du comte de Frontenac et son erreur, au sujet de l'expédition entreprise par JoUiet et le P. Marquette, à la recherche du Mississipi.

Sa résolution était dès lors arrêtée : confiner les Jésuites dans les missions créées par eux, confier le soin aux Récollets d'en établir de nouvelles, enfin constituer La Salle comme l'explorateur ofBciel du Nouveau-Monde.

C'est la seule manière d'expliquer la dépêche dans laquelle, avec une indifférence marquée, le gouverneur annonce à Colbert la découverte du Mississipi.

Il conviendra encore de noter que, dans une missive postérieure de trois jours, Frontenac dévoile complètement ses projets et propose La Salle, comme l'homme le plus capable d'être envoyé plus tard aux découvertes de nouveaux pays. Voici cette dépêche :

« Le sieur Joliet que M. Talon m'a conseillé d'envoyer à la découuerte de la mer du Sud, lorsque j'arriuay de France, en est de retour depuis trois mois et a découuert des païs admirables et une nanigation si aysée par les belles riuières qu'il a trouuées que, du lac Ontario et du fort Frontenac, on pourroit aller en barque jusques dans le Golphe du Mexique, n'y ayant qu'une seule descharge à faire, dans l'endroit où le lac Ontario tombe dans celuy d'Erié, qui dure peut-estre eune demie lieûe et où Ton pourroit auoir une habitation et faire une autre barque sur le lac Erié (i). Ce sont des projets à quoy l'on pourra trauailler, lorsque la paix

ment tout ce qui pourrait avoir même Vapparenee du moindre trafic. U connaissait trop bien les héroïques Apôtres du Canada pour les croire coupables de s'être livrés au négoce, alors qu'Us s'étaient bornés à échanger les pelleteries données par les Indiens» contre les objets de première nécessité.

Par un juste châtiment, Frontenac mérita de sévères reproches, dont Colbert ne ménagea point l'expression, pour avoir cherché lui-mémo, à s'enrichir, par le commerce des fourrures, au lieu de consacrer ses soins et son temps à son office de gouverneur.

(i) La communication est établie par le canal de Niagara.

sera bien establie et quand il plaira au Roy de pousser ces decouuertes.

> Il a esté jusques à dix journées du Golphe de Mexique et croit que par les riuiëres qui, du costé de l'ouest, tombent dans la grande riuiëre qu'il a trouuée, qui va du nord au sud, et qui est aussy large que celle de Saint-Laurent, vis-à-vis de Québec, on trouuerait des communications d*eaux qui meneroient à la mer Vermeille et à la Californie. >

• Je vous enuoye par mon secrétaire la carte qu'il en a faite et les remarques dont il s'est peu souuenir, ayant perdu tous ses mémoires et ses journaux dans le naufrage qu'il fit à la veue de Montréal, où il pensa se noyer, après auoir fait un voiage de douze cents lieues et perdit tous ses papiers et un petit saunage qu'il m'amenoit de ces pays là, auquel j'ay eu grand regret. >

> Il auoit laissé, dans le lac Supérieur, au Sault Sainte-Marie, chez les Pères, des copies de ses journaux, que nous ne scaurions auoir que l'année prochaine, par où vous apprendrez encores plus de particularitez de cette descouuerte, dont il s'est bien acquitté, ii nou. 1674 > (1).

Trois ans plus tard, Frontenac écrit :

c Je ne puis. Monseigneur, que je ne vous recommande le sieur de la Salle qui passe en France et qui est un homme d'esprit et d'intelligence, et le plus capable que je connaisse icy pour toutes les entreprises et les decouuertes qu'on voudra lui confier, ayant une connaissance très parfaite de Testât de ce pays, ainsy qu'il vous paroistra, si vous auez pour agréable de lui donner quelques moments d'audience. >

n n'est plus possible de douter que, profitant habileuient des idées du gouverneur, Cavelier de La Salle n*ait saisi avec avidité toutes les occasions de se mettre en avant. Pour lui, tant

(i) Ministère des colonies. Correspondance générale du Canada, t. IV. p. Sti, Mar- ORT, 1. 1. p. 967.

CH. Vin. — INDIFFÉRENCE DES FRANÇAIS 91

I que les Jésuites auraient du crédit à la Cour de Versailles,

I il n'aurait guère l'occasion de paraître au premier rang. Comme

ses anciens confrères le connaissai^it assez intimement pour éviter toutes relations avec lui, le seul moyen de les supplanter était de se faire attribuer le monopole des explorations. En attendant un moment favorable, il n'est pas improbable qu'U s'associa au mouvement qui tendait à éloigner le clergé séculier des Ordres religieux et à diviser ces derniers entre eux (1).

(i) Le lecteur trouvera, à l'appendice n* XI, un Mémoire probablement composé en 1671. II est écrit par un missionnaire non jésuite. Sous une forme en apparence assez impartiale, ce rapport est évidemment destiné à jeter quelque discrédit sur les travaux des Jésuites. L'auteur est Tabbé de Galinée.

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