CHAPITRE XIII
De la rivière Desmoines à l'Arkansas.
Après avoir été témoins de ces curieuses cérémonies, les voyageurs avaient repris leur course vers le Sud.
Les deux canots laissés sur le fleuve ne tardèrent pas à disparaître à l'horizon, et les Indiens, immobiles sur le rivage, demeuraient dans un profond étonnement, à la suite d'une visite aussi inattendue, en pensant à tant de courage et de bravoure, dont eux-mêmes ne se sentaient pas capables. Ces hommes si bons, si doux, si affables n'allaient-ils pas à une mort certaine, en s'avançant ainsi sans armes vers des tribus redoutables et cruelles aux étrangers? Au bout de peu de jours, JoUiet et Marquette arrivèrent à l'embouchure du Pekitanoui, désormais conuu sous le nom de Missouri. Au point où la rivière se jette dans le fleuve, on voit distinctement et pendant une assez grande distance encore la distinction entre les deux eaux. Autant le Mississipi est limpide, clair dans son calme empreint de majesté, autant son affluent, vrai torrent de boue, est précipité dans sa marche. Aussi les deux courants descendent-ils long* temps, avant de se confondre. A partir de là, la marche du fleuve
est plos rapide, son cours plus impétueux et sa couleur plus trouble.
Les voyageurs avaient eu le temps de remarquer diverses plantes. L'une (1) a la racine formée en manière de chapelet dont les grains ont la grosseur d'un petit navet et sont retenus par des filets ayant le goût des carottes. De la racine sort une feuille large comme la main, épaisse d'un demi-doigt et tachetée, d*où naissent d'autres feuilles semblables aux plaques qui servent de flambeaux. Chacune de ces feuilles porte cinq ou six fleurs jaunes en forme de clochettes. Il y a aussi des mûriers produisant des baies semblables à celles de France. On trouve encore un firuit semblable à l'olive, mais ayant un goût d'oranges. Ailleurs c'est un fruit, gros comme un œuf de poule (2). Il s'ouvre en deux, et dans chaque loge, il y a huit ou dix fruits enchâssés en forme d'amandes, et d'une saveur agréable à l'époque de la maturité. L'arbre répand une mauvaise odeur et sa feuille ressemble à celle du noyer. Dans les prairies pousse une tige à grandes feuilles, avec un fruit ayant l'apparence de la tête d'un tournesol (3) (grand soleil), plein de noisettes fort tendres, et d'un goût agréable, soit crues, soit cuites.
En passant près de rochers affreux par leur hauteur et leur dimensions, les équipages aperçurent sur l'un d'eux deux monstres peints (4), de la grandeur d'un veau, armés de cornes semblables à celles du chevreuil, à barbe de tigre, à face humaine, le corps écaillé, d'une queue assez longue pour faire le tour du corps, passant par-dessus la tête et revenant entre les
(i) Cactus opuntia.
(a) Diospyros virginiana,
(3) CastaMa pumilla ou chincopin, La description de cette plante, telle que la donne Perrot, ne peut guère permettre de douter que ce ne fût une des plus belles nymphéacées connues, le nelumbo indiea ou formata, ou nucifera, le lotus disparu d'Egypte, mais retrouvé aux Indes et au Japon. J. G. Shea. se serait trompé en croyant y reconnaître le castanea,
(6) On les connaît sous le nom de Piasa. Le rocher semble inaccessible. Cf. Shba, p. 39. On les appelle encore Alton Bluffs.
CH. XIII. — TROISliME PARTIE DU VOYAGE
jambes, en se terminant comme une queue de poisson. Trois couleurs s'y rencontrent : le vert, le rouge et le noirâtre. Il ne parut pas possible de croire que ces figures aient pu être peintes par les sauvages. D'abord, elles sont trop bien fiiites et les artistes de France pourraient à peine faire mieux. Ensuite, le lieu est élevé et parait inaccessible (1). Non loin de là, si la contemplation d'objets aussi horribles n'avait pris fin en temps utile, *ou plutôt si le bruit caractéristique de l'approche d'un rapide
Un« des deux figures peinte sur les rochers inaccessibles connus sous le nom d'Alton Bluffs.
n'avait averti du danger présent, les canots allaient tomber, sans le voir, dans le confluent du Missouri et du Mississipi. Jamais spectacle pareil n'avait encore frappé les voyageurs. C'était un amas d^arbres entiers enchevêtrés les uns dans les autres, d'îles et de boue. L'impétuosité de cette ri>âère fit douter un moment si les canots pourraient se frayer un passage. Les
(i) Le croquis du P. Marquette est perdu. Cr. Shba, p. Sg, note *, Mais un dessin exact a été pris au xix* siècle. Ces figures ne sont plus visibles. Le rocher est supprimé.
voyageurs échappèrent heureusement à tout danger, en passant, comme ils purent, sans avaries sérieuses.
Dans la préoccupation de tous les esprits, le Missouri parut venir du Nord -Ouest, et nos explorateurs, bien que peu au courant des lois générales de la géographie physique, se crurent autorisés à espérer un jour, dans une autre expédition, remonter vers la source et trouver un passage qui les conduirait à la mer Vermeille ou bien à la Californie. Pourtant, ce rêve s'est réalisé en 1804, grûce à une circonstance que rien ne faisait prévoir eu 1673.
Désormais ils pouvaient conclure que l'embouchure du Mississipi devait être dans le golfe du Mexique. Après avoir constaté une direction générale, constante vers le Sud, il était au moins probable que le fleuve n'en changerait pas sensiblement, avant de se jeter dans l'Océan. Quant à l'autre rivière, ce qui permit au P. Marquette de ne pas se tromper fut l'assertion de plusieurs sauvages. D'après leurs rapports*, après avoir remonté le Mississipi, pendant cinq ou six jours, un portage de trente lieues, à travers une prairie, permettrait de s'embarquer sur une petite rivière coulant au Sud-Ouest jusqu'à un lac d'où sori une autre rivière, celle-ci allant droit à l'Ouest. Pour le missionnaire, c'était la mer Vermeille, c'était l'ouverture d'une inmieuse région peuplée d'infidèles, c'était l'extension du royaimie de Dieu jusqu'aux extrémités de la terre, et peut-être la voie de terre jusqu'en Chine et à l'est du Japon. Le zèle de l'apôtre dut s'enflammer en songeant aux résultats de cette découverte plus importante encore à tant de points de vue que celle dont le présent voyage était déjà couronné. Toutefois il convient d'ajouter qu'il faut remonter le Missouri jusqu'aux environs de sa source, pour trouver sur le même plateau la rivière qui conduit, au nord de la Californie, dans la Colombie.
A vingt lieues du Missouri, les hardis navigateurs arrivèrent à l'embouchure de l'Ouaboukigou, aujourd'hui Ohio, par 36« de latitude nord. En approchant du confluent, le Mississipi se resserre entre des rochers d'environ 6 à 7 mètres de hauteur, et
de plus une lie arrête Teau. Aussi le courant devient-il fort rapide, et une agitation pleine de dangers succède à la marcbe d'ordinaire calme et majestueuse du grand fleuve. Naturellement les sauvages redoutent ce point et attribuent au démon le furieux
Le canot du p. Marquette dans un rapide.
combat des vagues et le tintamarre de leur clapotement. L'Ohio vient de l'Est» et les Chouanons habitent la région qu'il arrose. Ils y vivent nombreux, répartis eu deux groupes composés, Tun de nngt-trois villages, l'autre de quinze. Cette nation est pacifique; aussi sont-ils victimes de la férocité des Iroquois,
dont les incursions sont toujours suivies de meurtre et de pillage (1). Non loin du confluent , on voit une mine de fer hémaiite, au jugement des Français de l'expédition. Des roseaux de grande dimension parurent pour la première fois sur les rives. Leurs tiges sont fort hautes et en grandes quantités; les bœufs sauvages ont peine à les forcer.
Les maringouins (moustiques) commencèrent à révéler en ces quartiers leur présence par leur bruit et leurs piqûres. Us sont légion. Comme les moustiquaires n'étaient pas plus connues des sauvages que les vêtements des peuples civilisés, force fut de se protéger par les méthodes en usage chez les indigènes. Ds élèvent un échafaud dont le plancher, fait de perches, est à claire-voie et laisse passer la fumée d'un feu placé au-dessous sur le sol. Ces animaux ne pouvant tolérer une odeur aussi acre, ne s'aventurent pas auprès des dormeurs. L'édifice se termine par une couverture en joncs et garantit à la fois contre la pluie et le soleil dont les ardeurs sont souvent excessives. Les deux nattes données au début du voyage par les Indiens de la Folle -Avoine servirent à donner semblablement de l'ombre aux rameurs ; il fallut pourtant se résigner à vivre dans la fumée, pour écarter les maringouins des canots.
L'expédition s'avançait vers le Sud, quand un jour apparurent sur la rive des sauvages armés de fusils braqués contre les Français. Le P. Marquette brandit et agita son calumet euipanaché. Vains eflForts! Dans leur frayeur, les Indiens ne le voyaient pas et couchaient toujours en joue les compagnons du missionnaire, eux aussi munis de leurs armes en cas d'attaque. A la fin, tout s'expliqua. Les assaillants venaient, en signe d'amitié, offrir des vivres et des rafraîchissements. Ils consistaient en morceaux de bison, avec de la graisse d'ours et de succulentes prunes blanches. Ces braves gens ont des fusils, des haches, des houes, des couteaux, de la rassade, et des
(0 Sur une longueur de 700 mîHes, soit 1,1 ao kilomètres, les Chicachas occupaient la rive gauche du fleuve.
bouteilles de verre double, où se garde leur poudre. Leurs cheveux sont longs et leur corps est tatoué, à la façon des Iroquois. Les femmes se coijBTent et s'habillent comme les Huronues. Beaucoup des instruments dont ils ont appris à se servir leur viennent des Espagnols, dont dix journées de navigation les séparent. D'après eux, les Européens sont en nombre à l'embouchure du fleuve, plus particulièrement sur la rive gauche. Ils ont des chapelets et des images. Plusieurs Espagnols sont des Robes-Noires, mais jamais instruction ne parait avoir été faite aux sauvages. Le P. Marquette leur donna donc des médailles et profita de l'occasion pour essayer d'allumer dans leurs cœurs le désir de connaître et de servir Dieu.
L'entretien fini, le voyage se continua sans encombre. Les prairies avaient fait place à de grands bois. La plupart des arbres étaient des ormes et des bouleaux d'énorme grosseur. Évidemment la hache de l'homme n'avait pas encore exercé par là ses ravages. Cependant l'épaisseur des bois ne devait pas être considérable, puisqu'on entendait à faible distance le beuglement des bisons, signe de la proximité des prairies. Sur le bord de l'eau, on tua des cailles et un petit perroquet, dont une moitié de la tète était rouge, l'autre jaune; le cou jaune et le corps vert.
« Nous estions descendus proche des trente trois degrez d*eleuation ayans lousiours esté vers le Sud, quand nous aperçusmes sur le bord de l'eau un uillage nommé Mitchigamea >.
Un grave danger faillit en ce point anéantir tout espoir de succès. Les jeunes guerriers de la tribu descendirent en armes et se mirent en mesure d'attaquer les canots. Après avoir invoqué la Sainte Vierge Immaculée, le P. Marquette éleva son calumet, comme dans la précédente rencontre; mais cette fois encore les Indiens furent longs à le reconnaître. A bord de longs canots de bois, les uns remontaient le fleuve, d'autres
144 H1SSISSIPI. — PÈRE MARQUETTE
le desceiidaient» dans le but évident de couper toute retraite aux étrangers. Le plus grand nombre s'agitaient sur le rivage, brandissant leurs armes, et plusieurs se mirent à la nage pour atteindre les Français. L'un d'eux jeta même sa massue dans l'espoir de briser un canot. Heureusement elle passa au-dessus, sans atteindre le but. Enfin des vieillards se montrèrent sur la rive, et l'un d'eux, ayant reconnu le calumet, fit un signe et calma Tardeur de cette bouillante jeunesse. Deux autres se dirigèrent vers le P. Marquette et jetèrent à ses pieds leurs arcs et leurs carquois en signe d'amitié. Sur leur invitation, tout le monde aborda sur le rivage et l'on tint conseil. Les six langues indiennes que parlait le missionnaire ne lui servant pas à se faire comprendre, U se trouva un vieillard entendant et parlant un peu rniinois. Après l'échange des présents, et plusieurs discours répétés par un si pauvi'e interprète, il était difficile de savoir si l'instruction faite, avec le désir de faire connaître les fondements de la foi chrétienne, avait été comprise. Un repas suivit la réception. Il consistait en sagamité et poisson. L'expédition passa la nuit, non sans quelque inquiétude; mais on apprit qu'environ dix lieues plus bas sur le fleuve, il y avait un village du nom d'Akansea, sur la rive gauche, d'après la carte manuscrite conservée au collège Sainte-Marie de Montréal.
Le lendemain, un canot de bois monté par dix hommes de Mitchigamea descendit le fleuve à l'avance pour annoncer l'approche des étrangers. Tout le village d'Akansea se trouva sur la rive pour les recevoir, et deux canots s'en détachèrent, en signe de respect, pour venir à la rencontre d'hôtes aussi dignes de bon accueil. Un vieillard tenait en main le calumet; il s'empressa de le présenter, en dansant, selon la coutume; puis vint l'oblation de sagamité et de pain fait avec la farine de maïs. Le cortège se mit en marche et parvint à l'échafaud, où attendait le chef du village. Là s'assirent en rond les anciens; le peuple autour en foule s'approchant pour entendre. Il se trouva un jeune homme connaissant assez bien l'Ulmois. Le
CH. Xm. — TROISIÈME PARTIE DU VOYAGE 145
P. Marquette put donc facilement , en offrant les présents ordinaires, faire plusieurs discours, exposer le but du voyage, et parler de Dieu, de TÉvangile, et du salut par la foi chrétienne et la pratique des vertus. De son côté, le peuple parut satisfait et désireux de garder dans la tribu le zélé missionnaire, afin d'être instruit des mystères de la religion.
La conversation prit alors un tour différent. Plus on approchait de l'embouchure, plus il était nécessaire de prendre des informations exactes. L'Espagne occupait la Floride, et ses droits sur une partie de la rive gauche du Mississipi semblaient assez probables, bien qu'ils ne le fussent pas en réalité. Comme aucune nation n'était plus jalouse de conserver et d'accroître les domaines au delà des mers, cette disposition en faisait un ennemi redoutal)le, à craindre et à éviter. D'ailleurs, après les victoires et conquêtes de Louis XIV, le nom seul de la France était odieux aux fiers Hidalgos, et l'on devait prendre les plus uunutieuses précautions, afin de ne pas tomber entre leurs mains. De l'ensemble des informations recueillies à Âkansea, il résultait que ce point était à dix journées de l'embouchure, mais qu'il était possible, en descendant le courant à force de rames, de franchir la distance en cinq jours. Les Indiens d'Akansea ne s'aventuraient pas si loin dans cette direction, par peur de la tribu de Mitchigamea, dont les canots semblaient avoir pris le monopole de la navigation. Comme le passage de l'Ârkansas à la mer se trouvait ainsi fermé, là se bornèrent les renseignements recueillis.
M. John Gilniary Shea, p. 46, note *, donne sur ce point quelques détails intéressants. D'après lui, Âkansea ne pouvait être loin de Gachoya, où était mort de Soto, cent trente ans auparavant. De plus, Mitchigamea serait Aminoya, où Alvarez de Muscoso, construisit sa flotte de brigantins pour s'en retourner à Mexico. L'historien de l'expédition dit : « Le jour même nous quittâmes Aminoya, et nous passâmes à Guachoya, où les Indiens nous attendirent dans leurs canots f. Les Espagnols, en descendant le fleuve, furent attaqués par les pirogues réunies en grand nombre. Dans un des engagements, Jean de Gusman et onze
146 HISSISSIPI. — PERE MARQUETTE
hommes périrent. Au bout de seize jours, ils atteignirent l'embouchure du Mississipi, et le 10 septembre 1543, les débris de cette expédition, jadis si splendide, arrivèrent à Mexico. Il est donc à croire que Soto mourut près de Tembouchure de TÂrkansas et non à la Rivière-Rouge (Red River). Cette dernière rivière n'est pas à plus de 350 milles de l'embouchure du Mississipi et il n'aurait pas fallu seize jours à la flotte de Muscoso pour franchir cette distance. M. J.-G. Shea calcule que les brigantins n'auraient pas pu faire moins de 70 kilomètres par jour, en descendant un fleuve aussi rapide. Sans doute, ils auraient pu facilement parcourir les 560 kilomètres en huit jours. Mais cette raison fort probable ne donne pas une preuve certaine du fait. Par suite, il plane encore des doutes sur l'hypothèse du savant écrivain.
Le P. Marquette n'y songeait assurément en aucune façon, en continuant à écouter ses hôtes.
Pendant toute la durée de l'entretien, un repas composé des mets les plus divers ne cessa d'être servi et occupa toute la journée. Des morceaux de chien furent aussi oflFerts, faute de bison , dont cette tribu n'ose faire la chasse, toiyours par crainte des ennemis, leurs proches voisins. Mais le mais est abondant et donne trois récoltes par an. La vaisselle est de terre cuite; c'est un progrès vers la civilisation. Les hommes sont nus et portent les cheveux courts. De leurs nez percés pend de la rassade, et de même pour leurs oreilles. Les fournies sont vêtues de peaux, et le seul ornement de leur parure consiste dans la manière dont elles rejettent sur les oreilles deux tresses de cheveux. Dans les festins, les plats sont grands et chargés à profusion. Chaque invité se sert à sa guise, et les restes passent ensuite de l'un à l'autre. Leurs cabanes sont longues et larges, faites d'écorces, et les couchettes placées aux extrémités, à environ deux pieds du sol. Le mais se conserve dans de grands paniers faits de roseaux ou dans d'énormes gourdes, d'une contenance d'environ cent litres. Le castor est inconnu dans cette région et les vêtements sont eu peaux de bison. Ici, la neige
CH. Xin. — TROISIÈME PARTIE DU VOYAGE 147
lie tombe jamais et l'hiver se distingue de l'été par des pluies. On cultive pour tout légume le melon d'eau , mais la terre serait apte à produire toutes les espèces les plus variées, si ces naturels avaient des connaissances de culture.
Un peu d'agitation avait régné dans la tribu et un parti s'était formé dans le dessein de tuer les étrangers pendant la nuit, en leur cassant la tête. Les anciens tinrent donc un conseil secret et déjouèrent ces menées ; puis la danse du calumet commença et le chef le donna au P. Marquette, en signe de parfaite assurance.
De leur côté, M. JoUiet et son compagnon se demandèrent si, après avoir atteint 33^40', il était sage de descendre au SS"", où se trouve le golfe du Mexique. Il était impossible que le Mississipi pût se jeter sur les côtes de la Virginie, puisqu'on avait dépassé le 34® degré sans arriver à la mer. De même, ce ne pouvait être à l'Ouest, en Californie, la direction du fleuve étant constanmient au Sud. Par suite, son embouchure était le long de la Floride, c'est-à-dire dans le golfe du Mexique. Mais alors, en allant en Floride, on tomberait au pouvoir des Espagnols, et ce serait la captivité sans espoir de secours. Ou bien les Indiens du golfe , alliés aux Européens , bien armés de fusils, offriraient une résistance insurmontable et l'on perdrait tout le fruit du voyage. Comme il était certain que le fleuve se dirigeait au Sud jusqu'à la mer et qu'on avait pris de fort utiles observations, tout le long de la route, il parut sage de ne pas compromettre le but principal de l'expédition et de revenir sur ses pas. Notification de cette résolution fut donnée aux sauvages le lendemain matin, 16 juillet, et après un jour de repos, tout fut préparé pour le retour.