‹ Au Mississippi; la première explorationChapitre 42 sur 59 · CH. XIX. — STATUE DS BRONZE · texte numérisé non relu

CH. XIX. — STATUE DS BRONZE

deux eélébriiés, et ces deux illustres ne pouvaient être que des concitoyens. Sans doute» le Massachusetts avait désigné Winthrop» son plus illustre gouverneur, né dans un autre État, et mort longtemps avant toute fédération. De méiue, Rhode Island avait porté son choix sur Rogers Williams, fondateur de cette colonie, et de la secte des baptistes, un siècle auparavant.

 Washington, M. Mitchell, alors membre de la Chambre des Représentants, se chargea de transmettre le vœu émis par l'Assemblée du Wisconsin, et sa demande passa sans discussion, n n'en avait pas été de même au Sénat, où M. Villas, déjà sénateur, et d'autres firent traîner la chose en longueur, parce qu'à leurs yeux le P. Marquette ne pouvait pas être considéré comme un citoyen du Wisconsin. Aussi fallut-il, pendant les vacances parlementaires, faire revenir de leur impression ces adversaires malencontreux. Mais une fois leur concours acquis, l'affaire se trouva retardée par des circonstances défavorables. Enfin, au cinquante-troisième Congrès, la résolution devint force de loi, après l'acceptation et l'accomplissement des formalités prescrites. Dès lors, M. Peck, gouverneur du Wisconsin, n'avait plus à s'occuper que de l'exécution. Par ses soins, un concours s'ouvrit à Hadison, en 1894. Les juges désignés étaient MM. Frédéric Layton, de Millwaukee; J. W. Losey, de la Crone; James Bardon, de Supérieur; et B. M. de la Follette, de Madisou. Pour mieux dégager leur responsabilité, les commissaires firent exposer, pendant quinze jours, les divers dessins envoyés par les concurrents, dans le but de provoquer les sufirages de l'opinion publique. A la grande majorité des voix, le sculpteur Florentin, Gaetano Trentanove, l'emporta sur ses rivaux.

Pendant ce temps , on faisait des recherches avec l'espoir de trouver, sinon un portrait du P. Marquette, dont personne n'avait connaissance, du moins des indications sur la manière de le représenter. Dans ce but, une requête fut présentée au R. P. Meyer, de Saint-Louis (Missouri), aujourd'hui assistant de la Compagnie

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de Jésus, à Rouie. Cette demande avait été transmise à celui qu'on jugeait le plus capable d'exprimer uue opinion motivée. D'abord, le seul nom de Robe Noire, donné par les sauvages aux missionnaires Jésuites, était une indication sufBsante sur le costume qu'ils portaient uu Canada conmie en Europe. D'ailleurs tous les portraits peints ou gravés des PP. de Brét>euf, Gamier, Jogues, de Charlevoix, les représentaient, comme vêtus de la soutaûe, dite de la Compagnie de Jésus. Comme il fallait de plus un modèle, sinon vrai, du moins peu invraisemblable , *on proposa le portrait de Charlevoix , originaire de Saint*Quent|n , ville située à une petite distance de Laon, mais avec la recokiimandation de ne pas donner au l\ Marquette Tattitude d\m homme aussi âgé que son compatriote.

Quand il fut question d'ériger un monument dans la ville de Marquette, l'avis unanime fut de reproduire t^xactement en broize l'œuvre de Trentanove. '

Si M. Pierre White devint, par le concours de diverses clrr couslances, le principal donateur de la statue de bronze, il n'a^t pas été le premier à s'en occuper. Déjà, M. A. E. Ârchambeàu,* président de la Société de Saint«Jean*Baptiste, avait, dans ce but, réuni quelques fonds. Vers ce tejups, à la suite de cataclysmes financiers, beaucoup de familles étaient tombées dans la gèf e , et le: premier promoteur se désista de l'entreprise. Aux, m^ns. de M. Pierre White, la souscription, non sans de graves difficultés, se couvrit rapidement dès 1895, avec le concours de^ protestants assez nombreux, et tous d'esprit libéral et de dispositions généreuses.

Il reste à parler des discours prononcés, le 15 juillet ^ 1S07» lors de l'inauguration de la statue. Au lieu de les repr6duâ*e, ou même de les analyser, le mieux parait être d'en extraire les citations empruntées à diverses écrivains protestants, dont ne s'étaiefit pa& servis les. orateurs de Washington. En évitant: les redites, le lecteur pourra mieux juger de l'opinion publique, au sujet de Marquette. Qu'il suffise de citer les noms de ceux qui prirent la parole. M. White, M. Jacques Sherman, l'honorable

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M. DickinsoD, M. James Russell, M. Pierre Primeau, le R. P. Connolly, jésuite canadien» Supérieur de Sault-Sainte-Marie , et le vénérable Mgr Mrak, évoque de Marquette , se fireut entendre en cette occasion.

Voici donc, d'après eux, comment Bancroft, John Bach W Master, Sparks et William Henry Melburn se sont exprimés sur le compte du grand explorateur jésuite.

D'après Bancroft, le grand historien de l'Amérique :

I L'illustre Marquette n'est-il pas l'homme doux, au cœur grand, sans orgueil? Sa carrière n'a-t-elle pas été environnée de dangers, et cependant n'a-t-il pas exercé une influence considérable sur la destinée des peuples?

» Il défiait l'âpreté des climats, tantôt guéant dans l'eau, tantôt traversant les neiges, sans pouvoir se réconforter près d'un bon feu. Au lieu de pain, sa nourriture consiste le plus souvent en un peu de maïs, grossièrement concassé, ou encore de lichens cueillis sur les rochers. Son travail ne connaît aucun repos. Exposé à vivre parfois sans aucune nourriture, dormant la plupart du temps par terre, roulé dans une peau de bête, il n'en fait pas moins de longs voyages, toujours au milieu des plus grands dangers. N'est-ce pas là porter sa vie en quelque sorte dans les mains, non pas seulement tous les jours mais plusieurs fois par jour ? On peut l'affirmer, un tel homme vit, comme un malheureux, dont la tête est mise à prix; car à tout moment il peut craindre ou l'esclavage, ou la mort par le tomahawk, les tortures ou le feu.

> Que de fois n'a-t-il pas dû appuyer sa tête sur des rochers, comme Jacob admis à contempler Dieu? Que de fois les vieux chênes de la forêt ne lui ont-ils pas rappelé l'arbre sous lequel Abraham rompit le pain avec les anges? Pèlerin des solitudes, n'eut-il pas chaque jour pour demeure un nouveau gîte, pour abri une toiture qui se pose en peu d'instants et pour tapis une terre verdoyante et parsemée de fleurs?

> Les nations de l'Ouest lui élèveront un monument. »

Un autre historien s'exprime ainsi :

« Après une découverte si considérable, des dangers répétés, tant de souffrances et de privations, on se serait attendu à le voir partir

pour porter au Gouverneur du Canada, même en France, la nouvelle des résultats de son expédition. Mais la vaine gloire n'entrait pas plus que la peur dans sa nature, et ce prêtre dépourvu d'ambition va se renfermer à Green-Bay, et y reprendre humblement son apostolat près des sauvages. Si ses compagnons de route ont montré même courage et même endurance, aucun ne l'a égalé pour son ftme de héros et son désintéressement. >

John Bach V9 Master dit :

c Toute la gloire de l'expédition appartient à Marquette. >

Ailleurs :

c Sa découverte fut la plus grande de son siècle. >

Selon Sparks, le grand biographe :

c La découverte du Mississipi ne peut être revendiquée par Soto, et i'histoire démontre que Marquette a seul tout le mérite de l'avoir découvert et exploré le premier. >

William Henry Melbum (1) compare ses travaux à ceux des Anglais :

c Au moment où les Hollandais se pressaient autour du fort Orange, cinq ans avant le premier discours d'EUiot aux Indiens, à deux lieues et demie de Boston, quand tout le pays, situé entre le Connecticut et la baie de Massachusetts, était encore un désert. Marquette et ses compagnons, debout dans leurs canots, divisaient l'Amérique en deux parties. Il est plaisant et utile de relire le récit sans emphase des efforts de cet homme aux intentions droites, afin de porter au bien les enfants sans culture de la forêt, ses leçons de vertu et de chasteté, de support mutuel et de pardon des injures. Que n'a-t-il pas tenté pour gagner leurs cœurs, en bannissant leurs vaines superstitions , pour les amener à adorer le vrai Dieu ? Ni hâte, ni repos 1 Le temps, la foi et l'énergie sont les forces qui assurent la conquête du monde. Voilà la leçon que j'ai apprise de Marquette et de son séjour au milieu de la sauvagerie. Aussi sa vie, comme

(i) The Pioneers, Preaehers and peuple of the MUsUsipi.

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