CH. I. — VOYAGES ANTÉRIEURS
valeur au delà de toute croyance. Plus au Nord, leur ambition s'est bornée presque exclusivement à la conquête de la Floride. L'esprit d'aventure n'était pas cependant encore éteint chez eux. En 1528, Pamphile de Narvaez entreprend l'exploration de tout le pays situé au nord du golfe du Mexique et atteint Tampico. Son expédition mal équipée fut la proie des tempêtes et la plupart des hommes moururent de faim, ou dévorés par la fièvre. Plusieurs d'entre eux firent naufrage dans une lie du grand fleuve. Parmi eux se trouvait l'illustre Cabeza de Vaca (Tète de vache). Quatre ans de captivité, parmi les Indiens, permirent à cet explorateur d'utiliser les ressources de son esprit et lui donnèrent l'espoir de poursuivre ses recherches.
Grâce & la crainte superstitieuse qu'il était parvenu à inspirer aux sauvages, à cause de ses connaissances médicales, il accompagna ses maîtres, dans leurs chasses, à travers tout le Nouveau- Mexique, jusqu'au golfe de Californie. De là, ses compagnons et lui regagnèrent Mexico. A l'annonce d'un retour fort inespéré, leurs compatriotes se sentirent enflammés par leurs récits. De toutes parts, les riches colons montaient à la capitale et témoignaient le désir d'ouvrir à leur avidité les immenses et riches contrées, dont Cabeza de Vaca leur faisait une si brillante description. De son côté, l'habile aventurier, tout en a£Brmant sa découverte d'un nouvel Eldorado, ne précisait pas beaucoup les détails et entourait d'un ceriain mystère ses observations personnelles, sur la présence de l'or, dans les territoires parcourus par lui. Dans ses discours et la relation de ses naufrages (1), on ne trouve pas un mot, d'où l'on puisse conclure qu'il ait compris l'importance du Mississipi. Avait-il considéré la partie du fleuve, où les sauvages l'avaient capturé et gardé dans une lie, comme une baie profonde du golfe? Ou bien se réservait-il, au contraire, d'y conduire une expédition? Son silence ne permet pas de résoudre cette question.
En 1539, après avoir fait fortune au Pérou, Fernandez de
(i) Ternaux-Campon l'a publiée dans son Recueil de voyages.
SotOy alors gouverneur de Cuba, partît pour la Floride, se dirigea d'abord à TOuest, remontra ensuite au Nord-Est, puis sabiteiuent reprit sa course vers Tpuest. Après s'être emparé des positions d'Hurripacuxi, Eteocale, Napetuca, Inetachuco, il s'arrêta à Anaica Apalache. De là, son lieutenant Haldonado Ait renvoyé, par son ordre, à La, Havane, d'où le cbef de l'expédition lui enjoignait de ramener avec lui, six mois plus tard, une troupe bien aguerrie et des munitions abondantes. Au retour, il était convenu qu'il se rendrait de Cuba à l'embouchure du Mississipi.
Les ordres furent exécutés et la seconde expédition se mit en marche. A la tête d'hommes robustes et déterminés, Soto se dirige au Nord-Est, franchît l'Altahama et selon toute apparence, arrive dans la Caroline. Sa troupe avait déjà fourni une marche de 1,200 milles soit l,9â0 kilomètres, ou près de 500 lieues. Il aurait semblé bon à tous ces soldats de se reposer un moment. Mais leur infatigable chef les remet en marche encore plus au Nord. Sans s'en douter, ils traversent les sables aurifères des Chalaques, et se sentent le cœur gros, en pénétrant plus loin, dans une région presque stérile, où le mais lui-même est rare. Les voici ensuite arrêtés par une grande rivière. Ils la prennent pour le Mississipi et la remontent jusqu'à sa source. C'était le Coosa. Sur leur route, une bataille leur est livrée par Tuscalosa, chef d'une tribu guemère, et les Espagnols y subissent de grandes pertes. Tout autre eût eu ce moment renoncé à la lutte et rejoint la flotte sur la côte de Pensacola. Soto, sans se préoccuper de l'approche de la saison des neiges, remonte au Nord, franchit rivière après rivière, atteint au pays des Ckickasam et y prend ses quartiers d'hiver ; puis à travers la région des Alibamons, il emporte les retranchements dressés par les Indiens, repousse une sortie des assiégés et s'approvisionne assez abondamment, pour traverser le désert de Quizquiz. Enfin le voilà sur le Mississipi, et nous trouvons, pour la première fois, une description du grand fleuve.
Ici, dit l'auteur anonyme portugais, dans le Recueil de VHistoire de la Louisiane, coule une rivière, dont la largeur dépasse une