CHAPITRE III
large bief que domine une haute forêt offrait un spectacle grandiose, mais l'obstacle restait difficile à franchir avec les chars à bœufs. Nos Cambodgiens assurèrent qu'on pouvait encore avancer et préparèrent ce passage compliqué. A un cri particulier plusieurs Moïs apparurent sur l'autre rive et, détachant une pirogue, vinrent offrir de nous aider. Une par une on transporta les charrettes, puis les bagages, puis nous-mêmes, les animaux suivant à la nage, luttant contre les eaux avec une habileté qu'on soupçonne peu chez l'espèce bovine.
Rien de pittoresque comme ce passage d'une rivière de trois cents mètres, au courant rapide, avec un convoi aussi compliqué.
Non loin de là, nous atteignions le village de Tha-Thomg, dont le chef moy nous parut embarrassé ; il demanda à nous accompagner et à servir d'interprète ; c'est ainsi du moins que l'Annamite de M. de C*** nous traduisit ses desseins. Le soir même un de nos linhs tombait malade de la fièvre et je dus lui donner de fortes doses de quinine pour le remettre sur pied. Une crainte justifiée m'envahit. Si nous tombions dans des villages moïs où notre interprète ne puisse se faire comprendre?... C'était possible dans cette région impénétrée.
les chefs il avait entendu siffler les flèches à ses oreilles et avait dû recourir à l'autorité du garde principal de la province.
La plantation nous a paru manquer du fonds indispensable qui attire presque infailliblement la main-d'œuvre, la rizière ; aussi sommes-nous partisan des grandes concessions où peuvent se fonder des villages d'ouvriers; toute main-d'œuvre en terrain nouveau et inculte, par conséquent fiévreux, est difficile à recruter; il faut pouvoir procurer à l'indigène les facilités de faire son riz, c'est la plus sûre façon de l'attirer; mais aussi, il est indispensable d'avoir, sur ses terrains, un certain droit de propriété qui l'empêchera de reprendre son indépendance et d'abandonner les chantiers de son bailleur de fonds qui se trouverait, par là même, lésé et trompé dans sa confiance, sans qu'aucune intervention légale puisse être invoquée.
Une plantation autrement constituée risque le plus souvent, après les débuts pénibles, de manquer des travailleurs nécessaires à son développement.
L'affaire était bien traitée au point de vue financier. C'était l'association du capital et du travail, le partage des fruits entre le bailleur et le planteur.
Cette façon de procéder rémunère ce dernier de ses peines et assure au bailleur un revenu en cas de réussite.
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220 AU PATS MOi
îi février.
Nous partions le lendemain sans encombre avec deux interprètes; le Moy parlait bien annamite, c'était pour nous une sécurité de ne pas manquer de l'indispensable intermédiaire. Le malade suivait, un peu pâle, à une allure ralentie, nous rassurant toutefois. La région, peu montagneuse, était couverte de rays ; les villages apparaissaient nombreux, avec une population timide, mais de suite mise en confiance.
i^ février.
La forêt clairière ! toujours la forôt clairière I Enfin! Voici qu'une ouverture se faisant dans cet horizon, toujours le même, découvre une vaste plaine marécageuse et au fond, dans son axe, le D jambra t Nous étions au pied de la montagne, dans un vallonnement où se précipitent les eaux formant, en saison des pluies, un vaste étang, en ce moment presque asséché. Sur les bords, à flanc de coteau, un village stieng, où nous pénétrâmes après une heure de détours pour éviter les parties encore inondées, mcds non sans nous mouiller les pieds. Sous notre plomb tombaient de grands hérons et des grues formidables. Nous nous savions chez des