CHAPITRE PREMIER
21 janvier.
DoDg-Hoa. — Attente.
Je restai cinq jours à Hué auprès du résident supérieur. Pour passer le temps, et en attendant mon compagnon, j'excursionnai en chassant autour d'un village voisin, Dong-Hoa. L'époque du crachin battait son plein et près de la montagne une pluie continue, désagréable, tombait sans répit. La température maxima était de 20 degrés C. L'aspect du pays rappelait celui de Cû-Bi, avec des vallées plus étroites, au milieu de collines déboisées que dominaient de hautes montagnes couvertes de forêts. Dong-Hoa était bâti sur une des nombreuses boucles de la rivière de Hué et les mamelons allaient progressant de deux à trois cents mètres jusqu'à la chaîne annamite qui couvre le pays.
C'est là qu'habitent les Mois dont nous allions bientôt prendre le contact. Dong-Hoa était en relations commerciales avec plusieurs de leurs villages et nombre d'Annamites les visitaient, preuve que ces populations étaient moins terribles qu'on les représentait. Mon plan fut vite établi et je décidai qu'à son arrivée, Marsay et moi nous dirigerions par la montagne, dans la direction de Bung-Miii où nous avions envoyé nos premiers ravitaillements.
22 janvier.
Le matin, je poussai une reconnaissance du côté sud-ouest croyant rencontrer quelques bœufs sauvages dont on avait signalé la présence, et nri' avançai jusqu'aux collines boisées. Le village étendait ses rizières jusque dans les moindres vallées des premiers mamelons, mais en se rapprochant des montagnes le pays devenait plus sauvage. Je découvris quelques traces de bœufs et préparai des jalons pour m'assurer qu'ils reposaient dans la brousse épaisse. Mais mon peu d'expérience à suivre les pistes me fit perdre bientôt celle de ces animaux.
Le temps était beau mais couvert, 15 à 18 degrés au thermomètre, un temps d'octobre en France; aussi pûmes-nous facilement faire l'ascension des côtes environnantes. De grands cerfs partirent loin devant nous, poursuivis par d'inutiles balles de winchester. A leur haute taille je crus reconnaître cetle espèce qu'on appelle aux Indes « samburs ». Je dus me contenter, ce jour-là, de la capture d^un très petit oiseau, rappelant les mœurs de notre troglodyte de France. Ne relevant aucune trace de bœufs je décidai d'aller le lendemain aux points que j'avais jalonnés. L'intui tion d'un simple passage ne m'avait point trompé: