CHAPITRE PREMIER
Je voulus le lendemain conjurer le mauvais sort de la veille, ce qui faillit me coûter cher. En poussant mes invraisemblables nemrods dans une jungle assez basse, un coup de feu partit,, auquel répondit un mugissement bizarre ; j'eus la perception d'un projectile arrivant sur moi; je me baissai juste à point pour éviter une balle de fusil Charles X qui s'aplatit derrière moi sur un arbre. Le chef venait de tirer le cerf; inutile d'ajouter que je pus affirmer qu'il l'avait manqué.
Sans cet instinct de la conservation la piraterie des habitants de Lang-Tiet eût été hautement proclamée et de cet accident pouvaient naftre de grosses conséquences. Mes hôtes, je crois, s'en aperçurent et se confondirent en excuses. Je pardonnai avec magnanimité un délit si commun dans la vie de chasseur, sans même chercher à leur faire comprendre que la prudence est la règle du parfait sportsman.
J'avais exploré sans succès toute la région, et le cirque de Lang-Tiet n'ayant plus pour moi aucun intérêt, le mieux était de rentrer. Je fis mes adieux en laissant quelques piastres et me dirigeai vers Cû-Bi.
Chemin faisant un bœuf sorti soudain de la
lui opposer est le ké-hao annamite serré dans des bandes de chasseur alpin. Les Mois la détachent avec un tampon de tabac ou l'insalivation de la chique de bétel.
jungle vint sur nous ati petit trot : sa taille, supérieure à celle des bœufs annamites, fit croire à un animal sauvage isolé, se tfoiivant loin de toute habitation, mais bientôt je reconnus à son allure la bête domestique échappée d'un troupeau qu'avait emporté la mission des régions laotiennes.
Je racontai au père comment j'aurais pu porter préjudice à ses tentatives d'élevage. En bon pasteur, il témoigna quelque inquiétude, car, dit-il, un tigre qui rôde dans la région a fait une victime à Cû-Bi. Celte nouvelle fit renaître en moi un espoir trop souvent déçu et je forçai la marche vers la plantation. Mais dans ma malchance de chasseur de tigres j'appris que la victime était enterrée et que les Nha-Quès, pour écarter le fauve, avaient battu du tambour la journée entière.
Le soir, je m'embusquai dans une étable à clairevoie, et durant cette nuit noire toute ma consolation fut d'entendre le (cop) bien connu, au delà des rizières, à quelque distance des villages. Je quittai le lendemain M. G***, avec tous mes remerciements pour son hospitalité. On se souhaita bonne chance, bonnes récoltes, et je repris la route de Hué, où j'espérais trouver mon compagnon de voyage et m'enfoncer dans les régions moïs.