‹ Au paya MoíChapitre 19 sur 119 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

chasser Tanîmal contre une piastre, à tous risques; il accepta, ravi de retrouver quelque aubaine dans son infortune. Bien m'en prit, car peu après un coup de fusil deMarsay nous assurait du boudin pour le lendemain. Dès lors le marchand devint notre ami ct.nousrenseignasurlesMoïs de la région. Ils sont, assurait-il, soumis aux Annamites assez loin dans l'intérieur et estimait qu'ils transporteraient facilement nos bagages, à la condition de s'en faire craindre et obéir.

Nous étions à quelques minutes de notre but ; le village moï faisait face au village annamite : le type spécial de Thabitant tient du Muong et du Khat. Ce sont de pauvres gens, vêtus d'une langoute passant entre les jambes et dont l'extrémité tombe sur la cuisse droite. Leur attitude était plutôt craintive. Un malade vint nous exhiber son bras très enflé que nous fîmes panser au village annamite, agglomération importante où se tiennent les chefs de six villages mois et le lithuong, qui vinrent apporter leurs présents et offrir leurs « lays » suivant le rite.

A la « sala » commencèrent les palabres; nous promîmes facilement des douceurs et aussi des cadeaux s'ils nous procuraient de belles chasses, et, suivant en cela les conseils de notre marchand, de dures représailles, au cas où leur direction serait défectueuse dans la montagne.

Puis je réglai intégralement les coolies, non sans faire remarquer toutefois que les Français payaient ce qu'ils devaient. Ils en parurent étonnés et les chefs promirent d'agir à notre volonté.

La plupart des animaux, au dire des habitants, se sont éloignés dans la forêt, « car nous avons préservé la récolte en l'entourant de piquets » .

Ces piquets ne sont donc pas uniquement une machine de guerre fort gênante, bien qu'anodine; lis sont aussi une défense contre les pattes du tigre ou autre voleur de riz et de bestiaux venant par les chemins, comme il fait toujours, saisir quelque galeux du village, et nous nous demandâmes comment ce seigneur tigre * pouvait risquer mille blessures pour se procurer un gibier aussi malpropre.

1 Le seigneur tigre (ong cop) est en respect chez les popnlalations jaunes ; les Moïs le craignent peu, bien qu*il soit pour beaucoup un réel danger.

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