CHAPITRE II
CHEZ LES MOIS DE LA REGION DE HUE. — PREMIER CONTACT AVEC LES SAUVAGES DE LA MONTAGNE d'aNNAM.
Pour la première fois nous prenions donc contact avec ces fameuses populations moïs dont il est tant parlé sur la côte. Mais c'étaient des Moïs soumis, sinon civilisés.
D'un caractère doux, avec un esprit d'indépendance assez marqué, ils n'ont que peu de rapports avec leurs voisins annamites. Comme les Muongs, ils cultivent le riz en rays, à flanc de coteau, négligeant dans les défrichements d'arracher les arbres qu'on y rencontre, pareils à des colonnes de quelque ruine, se dressant à demi calcinés. Ils placent en bas, dans la partie broussailleuse des batteries de pièges divers; pour les poules sauvages ou les petits mammifères, un arbrisseau recourbé auquel est joint un collet formé d'un fil de rotin. Ce collet est maintenu par un quatre de chiffre; l'animal en passant fait déclencher l'engin, l'arbuste se dresse brusquement et la bête reste pendue.
Pour les gros mammifères ils replient une forte branche amarrée entre deux solides piquets; un bâton en travers soutenu par deux pieux assez courts et légèrement encoches maintient l'appareil tout armé : une corde en rotin barre le chemin, assez tendue pour que le moindre choc produise détente, et l'animal en passant est transpercé d'une flèche de bambou très pointue fixée à l'arbre recourbé qui sert de ressort. Ce piège, que les Mois sauvages emploient, nous dit-on, contre l'homme, est fort redoutable, car la liane en rotin qui le retient n'est visible que pour des regards très expérimentés.
Les Moïs de Bao-Rai font une culture assez rudimentaire, se bornant à peu près au manioc, au ricin, au maïs, à la patate et au bananier. Malgré les pièges, nombre de sangliers avaient dévasté les champs de patates et fait un tort considérable aux pauvres sauvages, dont les animaux connaissent sans doute trop bien les ruses pour se laisser prendre.
. Toute cette journée je fus inquiet pour mes chiens qui, moins experts, n'auraient pu éviter le .danger sans la sollicitude de nos hôtes.
On nous dit que le premier chef moï de la région n'avait pu venir présenter ses hommages, atteint de fortes douleurs rhumatismales. J'allai le voir^ un peu inquiet de cette allégation, et