‹ Au paya MoíChapitre 23 sur 119 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

traverser des gués fort nombreux, le Song-Ta-Can plusieurs fois, puis leKé-Barai, un de ses affluents. Mes chiens s'étaient mis à ce genre de route, se jetant bravement à Teau pour nous suivre; la température cependant était peu élevée, et bétes et gens grelottaient après ces bains forcés. Une averse subite rendit la marche pénible ; le paysage enchanteur prenait des teintes grises, et malgré tout nous admirions les fougères arborescentes qui coupaient d'un vert vif les feuillages sombres de la forêt. Leurs tiges fines et déliées, contrairement à celles qu'on voit généralement, sont couvertes de feuilles gracieusement découpées. Perchés sur de grands arbres, des oiseaux d'un rouge incarnat voletaient et pépiaient à des hauteurs défiant le plomb du chasseur.

Nous allâmes ainsi jusqu'à onze heures et demie, en pente très douce, ayant parcouru dix kilomètres environ sous la pluie et par des chemins difficiles. Il fallut entrer dans l'eau jusqu'à la ceinture pour suivre les lits des arroyos que les Mois considèrent comme des chemins et dont l'administration des travaux publics se montre peu soucieuse. Au dixième kilomètre, après une traversée à gué du Ké-Barai, nous arrivions au pied d'une montagne qu'il fallut escalader à pic. Sous la pluie le chemin était devenu glissant, la montée fort pénible, avançant d'un pas, reculant de deux ; enfin cahin-

caha, à quatre pattes, par bonds successifs nous atteignîmes un village qu'on nous dit être Lop (voyez carte Pavie).

Quelques cases, perchées en nid d'aigle et entourées de rays, constituent ce centre qu'ont remarqué nos prédécesseurs. Nous eûmes la preuve qu'ils n'avaient pas été trompés sur l'importance de Lop, dont le chef promit notre nombre de coolies pour le lendemain. Le reste de la journée se passa à transcrire des notes et mettre nos levés au net. Le temps était aflfreux, la pluie tombait à flots et nous voyions passer les nuages sur nos têtes, car de la cote 140 nous étions montés à la cote 360. Le lendemain nous allions à la recherche de Bouc, que nous pensions peu éloigné et dans la direction désirée.

ier février.

Nous quittâmes Lop à huit heures du matin, par un temps pluvieux; de gros nuages couvraient la montagne. Je repris le topo ; ce travail sous des torrents d'eau n'a rien de bien agréable. L'itinéraire se développait vers le sud-est à travers les montagnes, en pleine forêt. Rien de plus triste et de plus fatigant que la marche par des chemins aux pentes invraisemblables» sous d'épais taillis.

La pluie persistante venait s'ajouter à toutes

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