A TOURANE ET A HUE. CHASSES VARIÉES
i«' janvier 1899.
Le premier do Tan I Que d'activité représente ce jour dans notre grande cité I Visites, cadeaux, bonbons, échange de cartes; toutes les puériles occupations dont le bourgeois des villes aime à compliquer son existence s'accumulent en ce seul jour.
C'est, chez tous les peuples, la fête de famille ; et si l'ancienne coutume tend à disparaître par l'excès des jouissances qu'offrent nos agglomérations, les vieilles familles françaises, Dieu merci, savent en respecter la tradition.
Qui n'a point aperçu, ce jour-là, un de ces beaux esprits dont le seul point d'honneur est d'être confortable, affectant le dédain pour des coutumes surannées^ étaler avec impudence son égoïsme
sur les coussins de quelque restaurant à la mode, se croyant ainsi de bonne mise ! Vu au travers des vitres par le miséreux qui rêve une bûche de bois et le morceau de pain pour les siens, il enfantera, sans s'en rendre compte, un nouveau socialiste ! On pardonnerait son cynisme à cet être né du scepticisme et du confort, s'il n'était-de ceux qui, tremblant au jour du danger, prêchent avec le plus d'âpreté la haine du bourgeois.
Seul, en ce jour de fête, loin des miens, je n'avais pas heureusement la mentalité de ce viveur parisien et mes regrets allaient à la famille réunie qui m'aimait et pensait à moi. Car, encore une fois, j'étais fort loin d'eux ; le soleil levant éclairait les roches abruptes de la baie de Tourane. Subitement, après avoir évolué à longue distance de l'estuaire ensablé près duquel s'élève la ville, le paquebot annexe des Messageries laissa tomber son ancre.
Tourane I Ce n'était pas l'inconnu ; je la saluais à nouveau avec ce plaisir du « déjà vu » et me reportais à l'année précédente quand, après un pénible voyage dans l'intérieur, je reprenais des forces et rendais visite aux planteurs et colons des environs.
Devant moi se dressaient les montagnes où vivent les doues, ces singes de race si curieuse dont j'avais pu oflfrir un spécimen vivant au Muséum. Tout près, l'ancien fort et la presqu'île qui devait