‹ Au paya MoíChapitre 36 sur 119 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ne cesse d'être monopolisée par un syndicat annamite-chinois. Le marché moï dé Tra-My est construit de simples hangars en bambous et ceux qui transactionnent ne sont que des agents du syndicat chinois. Pour remédier aux abus, il faudrait traiter avec des commerçants sûrs et sérieux, disposés à ne pas abuser d'une situation privilégiée. Si l'on pouvait remettre en des mains européennes cet important marché, la pénétration chez les Mois s'imposerait d'elle-même.

Passant l'emplacement du marché, nous trouvâmes un ancien fort annamite construit en pierres. Il sert d'habitation à M. B***, planteur, propriétaire de 200 à 250 hectares mis en valeur à Tû- Bou, sur la côte, et qui se disposait à mettre en culture une nouvelle concession de plusieurs milliers d'hectares. M. B***, dont. l'arrivée nous avait été annoncée pour le 19 du mois, avait subi quelque retard ; nous nous installâmes néanmoins chez lui, usant ainsi de la large hospitalité coloniale.

A peine arrivés nous voulûmes nous renseigner sur la chasse du pays. Un nemrod de l'endroit connaissait, disait-il, dans la région une bande d'éléphants. « J'en ai tué deux, » ajouta-t-il. Un peu défiant des renseignements indigènes, je lui proposai de faire une reconnaissance dans les environs, et bientôt nous traversions la rivière

qui longe la plantation, le Song-Vîang, affluent du Song-Than (lui-même affluent du Song-Tu-Bong). Devant nous s'ouvraient de nombreuses rizières atteignant une forêt qui s'étendait jusqu'à de hauts sommets formant la partie sud-sud-est de la vallée de Tra-My. Nous eûmes plus d'une difficulté à vaincre; les sangsues, les nombreux arroyos à traverser, la rencontre fortuite de quelques Mois, c'était à croire que nous nous retrouvions à la montagne.

Soudain le guide s'arrêta, découvrant au milieu du chemin les fumées anciennes et desséchées d'un éléphant. Nous rencontrions bientôt les traces de difi*érentes espèces, cerfs, sangliers et paons qui abondent en cet endroit. Nous suivîmes le sentier jusqu'à la rivière que le guide voulut traverser et voir ou nous pourrions attaquer. Il revint peu après avec l'assurance de trouver pour le lendemain des éléphants, mais en suivant un autre arroyo, le Ngnuoc-Hoa.

Nous revînmes en hâte à la maison, impatients de soigner les nombreuses atteintes des sangsues dont nos jambes étaient ensanglantées. C'était un avant-goût de la forêt moï que nous allions parcourir un mois plus tard.

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