CHAPITRE II
main, Ce sont ces difficultés de perception de l'impôt sur les terres cultivées qui ont nécessité l'apparition des taxes sur le sel et les sampans dont on a tant parlé et qui ont été la cause de si violentes polémiques ' .
Tout autour des rizières et des terrains à défricher nous trouvâmes quantité d'animaux : paons, chevreuils, poules sauvages et bécassines. Ce fut
I Le sel que Ton vendait sur la côte de 5 à 15 cents s'achetait en douane de 95 centimes à 1 fr. 35. ATra-My il coûtait avant la taxe 20 cents et 25 cents : au début il avait coûté do 13 à 30 cents au Tanh-IIoa. Lors de notre passage, il était hors de prix. Le commerce de cabotage des jonques vers Singapore s*était temporairement arrêté. Il a repris depuis dans les anciennes proportions, car les objets de première nécessité ne peuvent subir de crises économiques durables. La production du pays ne fit donc qu'augmenter, le besoin de vivre entraînant au travail ces populations dont le seul idéal est de ne rien faire.
Aujourd'hui le commerce du sel a été repris par une maison française qui a traité avec la douane pour s'en occuper à Singapore. Elle exporte par vapeurs et par voiliers, utilisant ainsi quelques caboteurs sous pavillon français; le commerce des jonques chinoises tend à disparaître ou à être remplacé par un commerce moins rudimcn taire. C'est un progrès vers l'européanisalion du commerce, seule façon d'arriver à lutter contre les étrangers. Les Hollandais ont été si loin dans cette idée économique qu'ils ont interdit le commerce des jonques et n'ont donné qu'aux caboteurs construits à l'européenne l'accès de leurs côtes. Les commerçants font aussi transporter par des compagnies indigènes responsables, dont les navires et marchandises sont assurés et le contrôle peut être fait sur le commerce indigène.
Chez nous le navire européen seul est sous le contrôle de la douane, la jonque trafique presque librement; aussi notre colonie est-elle le point de mire de tous les contrebandiers de la côte, la le commerce honnête ensouiïre. M. Doumer à fait disparaître la piraterie chinoise sur le sel. Quand exigera-t- on la navigation régulière de ces tristes armateurs, descendants directs des anciens pirates?
62 AU PAYS MOi
pour nous Toccasion d'aller le soir tirer le cerf à l'affût. Installés dans un mirador, Marsay et moi . apercevions, à quelques mètres, un troupeau de buffles. L'essai resta infructueux, car nous ne pûmes empêcher toute une population de gardiens, enfermés avec nous, de rire et de fumer, en devisant autour d'un feu qu'ils avaient allumé.
Mercredi 22 février.
Premiers pas en pays davak.
Il fallait quitter la plantation pour tenter la chance en forêt, et, tout étant prêt, nous nous rendîmes vers les Mois du sud-sud-est. L'itinéraire était tracé par les blancs de la carte qui s'étendaient sur tout le cours du Song-Bhâ et du Krong-Blâ, l'un jusqu'à An-Ké, l'autre à la mission des Banhars. Nous voulions étudier plus spécialement, d'après les conseils qui nous avaient été donnés, le Song-Bâ dont le cours pouvait être utilisé commercialement par la province de Binh- Dinh, si toutefois il était praticable. De plus, sa vallée constituait peut-être un passage nouveau pour le tracé futur du chemin de fer. Il était donc intéressant de le connaître. Nous avions tous nos éléments sous la main, MM. Derobert nous ayant fourni la pacotille nécessaire à nos payements chez les Mois.