‹ Au paya MoíChapitre 72 sur 119 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Peut-être aurait-on pu éviter les révoltes partielles qui viennent d'affliger les régions sauvages et ont retardé notre pénétration paciflque dans la montagne d'Annam. Il fallait, pour arriver à un bon résultat, du tact et une diplomatie bien conçue. Il était difficile d'obtenir le succès rêvé, la montagne étant peu en faveur dans les études du gouvernement * ; il reste tant à faire sur la côte I On aurait pu laisser toute liberté aux missionnaires, et je passe sous silence les considérations qui ont empêché de livrer à leur initiative un pays dont ils furent les premiers occupants. Une administration bien assise doit pouvoir accorder toutes les libertés sans crainte de voir son autorité menacée.

I M. Doumer, dans la largeur de ses vues économiques, avait compris tout Tintérôt que présentait la pénétration politique et commerciale delà montagne de TAnnam. Il fit faire un grand pas aux études de la chaîne annamitique du côté du Lang-Biang et dans le Nord. On lui doit la naissance des rechercties do la liane à caoutchouc, le commerce du manioc et des bestiaux. Les résultats obtenus viennent corroborer notre opinion, que la pénétration chez les sauvages peut donner un essor nouveau à la colonie ; pour cela, il faut établir des pénétrations de la côte d'Annam au Mékong venant se raccorder au chemin do fer côtier dont les premiers travaux sont faits actuellement do Saigon à Tan-Linh. Il serait indispensable que le premier tronçon fût poussé à Kahn-Hoa le plus vite possible ; on favoriserait ainsi la pénétration vers le Dar-Lac.

Vendredi i 7 mars.

Vers Àn-Ké.

Les bons Pères nous voyaient partir avec regret et, la veille, le P. G*** m'adressait quantité de provisions et de légumes frais pour parer à notre dénûment. Sa carte accompagnait l'envoi, que nous gardons comme un autographe précieux et une leçon de choses :

a Le P. G***, missionnaire apostolique chez les sauvages Bahnars-Reungar^ sachant que les vivres de MM, de Marsay et de Barthélémy sont épuisés, se permet d'offrir en toute simplicité à ses compatriotes quelques menues provisions très commodes pour le voyage. Je suis socialiste et, , . je partage U. . . »

Nous acceptâmes ce présent offert de si bon cœur au nom de ce mot, accolé trop souvent sur nos murs à ceux de Liberté et à' Égalité qui s'excluent; j'ai dit : la Fraternité.

Nous quittâmes non sans chaleureuses étreintes nos hôtes, presque nos sauveurs, pour reprendre le chemin d'Aq-Ké. Il fallait revenir sur nos pas dans la direction de la Mission du P. J***, les éléphants ayant été mis à notre disposition avec un convoi imposant de porteurs.

Le district du Père s'étendait sur cinquante kilomètres carrés, soit vingt-cinq villages, nous dit le P. A***, qui se rendait chez son collègue pour

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