CHAPITRE II
Nous reprîmes la route vers le Varella, qui s'élevait devant nous, gigantesque barrière à l'aspect infranchissable. Un rocber pointu domine le cap, du côté de la mer, semblable à un phare trop haut placé, dans les nuages. De ce point, se découvre une vue merveilleuse sur toute la côte nord et sur la baie de Hone-Cohe; nous renonçâmes à cette ascension, désireux de voir le fameux col de Déo- Câ. célèbre par sa sauvagerie.
Jeudi 6 avril.
Au pied du Déo-Câ. Les AnDamites
et le seigneur tigre.
Notre intention était de coucher à un village, au pied même du col, pour le franchir, le matin à la première heure. Ce n'était pas l'avis du doy-tram, et nos boys en donnèrent la raison : « Un tigre hantait le village dès cinq heures du soir et nul n'osait sortir quand il apparaissait. » Le renseignement obtint un ordre contraire à celui qu'attendaient nos hommes; nous fîmes diligence pour arriver au plus tôt, ce qui pouvait nous permettre un bon sport.
Nous passâmes rapidement, non sans examiner les nombreuses tours chames qui séparent le Song-Bhâ du pied du Varella, et nous pénétrâmes dans les sombres solitudes de la chaîne. Une impression de noir mystère nous saisit. Derrière
178 AU PATS MOI
nous une ville morte avec ses ruines, toute une civilisation disparue; en face, de hautes montagnes, allongeant leur ombre sur ces monuments écroulés, laissant surplomber au-dessus de nos têtes des rochers aux formes étranges, aux positions d'équilibre instable, couverts d'une végétation dont les lianes échevelées retombaient en festons comme autant de grappes de serpents; des bandes de canards, d'aigrettes, de poules sultanes, passaient en criant, tombant lourdement dans Tentonnoir par lequel nous pénétrions dans ce dédale et le pays se rétrécissait et les rochers menaçants semblaient vouloir se refermer sur nous comme la gueule d'un monstre préhistorique.
Tout au fond se trouvait un village au pied de la muraille montagneuse, au-dessus, et dominant le marais; c'était le lieu de promenade habituelle de monseigneur le tigre et nous nous réjouissions de la nuit d'affût que nous allions avoir l'occasion de passer. Il était entièrement fermé ; timidement les mandarins sortaient pour nous recevoir. Ma prenoière parole fut pour demander des nouvelles du gibier rêvé : « Il venait tous les soirs, viendrait ce soir, nous dit-on, mais on ne sait pas où, ni comment. »
Impossible d'avoir d'autres renseignements .
Nous proposâmes de veiller dans l'une des cases ; mais la population comprit qu'il s'agissait d'une