‹ Au paya MoíChapitre 85 sur 119 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

chasse et notre proposition fut mal accueillie. « Nous porterions malheur au village si nous tentions quoi que ce soit contre le seigneur», nous fut-il répondu, et tandis que nous discutions, retentissait un bruit sauvage de tam-tam et de gongs.

C'étaient les Annamites qui sauvaient la vie à leur oppresseur I si puissante est sur les esprits des hommes l'influence des plus sottes superstitions!

Vendredi 7 am(.

(Temp. max. S8o, min. Î0«.)

Le Déo-Cà et la province de Kaha-Hoa.

Le Déo-Câ, célèbre par sa sauvage beauté, est une des plus belles excursions sur la côte d'Annam et mérite une description particulière. Par un chemin rocailleux, au milieu d'un chaos de roches granitiques, on monte, frappé d'un contraste des plus curieux. Entre les rochers, une végétation épaisse, de véritables forêts, où se pressent toutes les plantes que la nature exotique a vu naître, depuis la fougère arborescente jusqu'aux yaos de quarante mètres. Dans ces roches grisâtres se cache, comme une manifestation de crainte humaine en face d'un paysage de Tautre monde, une petite pagode aux murs verdis.

On éprouve dans ces solitudes un sentiment de rêve bizarre, presque effrayant. L'orage qui couvrait le sommet du col d'un chapeau noirâtre, sillonné d'éclairs, doublait cotte impression qui tient du merveilleux.

Dans leur simplicité, pourtant bien positive, les Chames et les Annamites ont été frappés de l'aspect de ces lieux et ont élevé des pagodes dans ces déserts du Déo-Câ. On raconte sur ces parages des légendes étranges ; une imagination un peu vive découvrirait facilement dans ces lieux sombres mille fantômes àl' aspect farouche. En arrivant au tram du sommet la pluie tombait à torrents; nous reprîmes la route et commençâmes à descendre.

L'autre versant est entièrement dénudé et à pic, et le soleil l'inondait de ses gais rayons. Sortis des nuages, nous dominions une plage de 1,500 mètres dans une crique où les eaux de la mer venaient mourir lentement sur un sable blanc aux mille paillettes d'argent : c'est le Déo-Câ-Ngûa. Au loin, retentissait encore dans les forêts du Déo-Cà le hurlement du gibbon et les cris d'une faune innombrable et variée. En bas un village annamite à l'air gai faisait contraste avec les solitudes du sommet. Des barques circulaient au pied des rochers et la brise nous apportait le chant nasillard des pécheurs.

Joyeusement nous descendions la pente, avec

une nouvelle vigueur pour la marche. Pleins d'entrain, nous prenions plaisir à courir sur la plage comme des enfants, ramassant les jolis coquillages dont la forme rappelait les toits des pagodes kmères, et cherchant vainement à saisir les crabes qui courent rapides dans l'écume des vagues, n'était une villégiature agréable de touristes entre la mer gaîment éclairée et les sombres pentes de la montagne sauvage.

De temps en temps, un coup de fusil annon^'ait la capture d'un oiseau de mer, de quelque caille ou de perdrix.

Nous atteignîmes ainsi Ti-Hoa, dans une presr qu'île de la baie de Cù-La-Rrai, où nous prîmes plaisir à nous baigner et pécher quelques huîtres pour le repas du soir. Nous pûmes remarquer un poisson bizarre pareil à un petit lézard, qui s'enfonçait dans la mer; malheureusement il nous échappa.

Samedi 8 avril.

(Temp. maz. dQ9, min. 2fl«.)

Dimanche 9 avril.

(Temp. max. 35o« min. 28o.)

WiDh-Hoa.

Dans cette région très giboyeuse, nous relevâmes nombre de traces autour des points d'eau douce , sur le bord de la mer. Une végétation

m ÂU PATS MOl

moins épaisse couvre tous ces terrains salins, très fréquentés pourtant des animaux de la forêt.

Nous ne pûmes l'explorer, car nous voulions étudier quelques plantations et terrains dans la province de Nha-Trang. En face, de l'autre côté de la baie de Hone-Gohe, se dressaient les établissements de la régie du sel. Nous eussions volontiers rendu visite aux Européens qui l'habitent, mais par ce vent contraire il eût fallu une journée de déplacement.

Nous continuâmes donc pour atteindre le tram de Hon-Kly; àNinh-Hoa, la route devenait carrossable. On signala la présence de trois Français dans un gros village entouré de riches rizières. Le garde principal chef de poste qui nous reçut était en train de s'établir et fabriquait lui-même le béton pour carreler sa maison. C'était un mélange en parties égales de chaux (madrépores et coquillages) et de terre, le tout aggloméré avec du sucre annamite (3 kil. 50 pour toute la maison) et mélangé à une eau où se confit l'écorce du bois de bàng-lock, très connu des maçons annamites.

A six heures et demie, nous étions à Bienh- Kham, non sans avoir relevé une belle trace de tigre que nous suivîmes quelque temps, sans obtenir aucun résultat.

Miss allait toujours, dépérissant avec sa sangsue

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