CHAPITRE II
et la différence considérable du montant de Taddition, nous aurions pu nous croire au Royal-Hôtel de Dieppe.
Puis, à travers quelques cols assez sauvages, nous arrivions à Nha-Trang, à deux heures et demie .
Un sommeil profond sévissait à cette heure sur toute la colonie, tant arrive à se prolonger la sieste dans les pays chauds où l'activité commerciale est faible. Un seul Français était debout, le capitaine Garnier, dont nous avions si souvent recoupé les itinéraires; nous fûmes heureux de lui serrer la main et d'entamer bien des sujets de conversation. Il nous donna les nouvelles de la province dont la plus importante était la décision du gouverneur, M. Doumer, de créer le sanatorium de Lang- Biang. M. 0***, chargé de l'organisation dans la montagne nous proposa une visite au résident; nous étions, désormais, de la colonie.
M. B*** nous témoigna la plus grande bienveillance nous invitant le soir même à dîner avec le docteur Yersin dont nous connaissions les explorations et avec qui nous pûmes causer des populations de la montagne.
Maràùjeudi ii'î3 avril.
(Temp. max. 28^ min. 20«.)
J'eus la chance, ce jour-là, de pouvoir extirper avec une pince et par surprise la sangsue que la
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pauvre Miss avait dans la narine. Il était temps, la malheureuse béte était hallali.
Le courrier d'Europe nous attendait et nous consacrâmes deux journées à répondre à nos amis. Une visite s'imposait à l'institut du docteur Tersin. Je profitai d'une tournée dans les étables pour prendre quelques détails sur la peste. « La peste bubonique, dit le docteur, se déclare comme une flèvre quelconque : le pestiféré ressent tous les symptômes d'une forte flèvre des bois; les bubons n'apparaissent que dans 50 pour 100 des cas. A quelque période de la maladie que ce soit, sauf à l'agonie, on peut la guérir par l'emploi du sérum. On ne la connaît que dans les régions où l'impaludation n'est pas excessive; dans les régions paludiques, on a laissé souvent mourir des gens de la peste, croyant à une simple fièvre. La peste est épidémique^ mais non contagieuse; elle se transmet par les rats et des rats par les puces. La propreté immunise donc les gens ; propreté de l'intérieur, propreté du corps sont les plus forts garants contre elle. »
Le docteur Yersin espérait bien, avec ses théories bien comprises, simplifier la question des quarantaines pour la peste. Il cherchait à cette époque le vaccin contre le fléau, pensant obtenir sous peu un sérum annulé qui aurait les mômes résultats que la vaccine pour la variole.