‹ Au pays d'AlethChapitre 18 sur 82 · ET CHARLEMAGNE EN BRETAGNE · texte numérisé non relu

ET CHARLEMAGNE EN BRETAGNE

Il était une fois un roi nommé Aquin ; ce roi délaissa le pays de ses pères et s'en alla chercher fortune à L'étranger.

Après mille aventures, il guerroya aux Marches de Bretagne, prit sans coup férir mainte plan' forte et maint caste] ; puis, après une vie consacrée à supprimer

Celle des autres, occis par un chrétien, un jour il tri

passa, Laissant son nom en grande exécration au pays d'Àleth, et Léguant son histoire romanesque à la posté rite.

La tradition la conserva fidèlement jusqu'au jour où quelque trouvère La grava Bur ses tablettes sous une forme poétique. Cel auteur fut Garin Troussebeuf, d

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Nous trouvons son nom dans les Chroniques de Froissant, et Frotet de la Landelle nous dit que les débris de l'armée sarrasine, vaincue par Charles Martel à Poitiers, se réunirent et prirent pour chef Athim, d'après un historien espagnol.

L'abbé Manet a traité de rapsodie le poème de I zembre ; c'était juger bien sévèrement cette œuvre dont il ne pouvait cependant contester l'exactitude au point de vue topographique. Il est vrai que l'auteur de ce chant paraît ignorer la marée de 709, si chère à l'historien malouin.

Il est de bon goût aujourd'hui de combattre l'abbé Manet, c'est avec juste raison, et M. Tiercelin l'a parfaitement jugé en l'appelant « un consciencieux écrivain, mais d'une érudition souvent plus laborieuse que sûre 1 » Quand un récit devient un peu merveilleux. L'abbé Maint prétend que « ce sont là contes propres à amuser les bonnes 2, » mais il ne dédaigne pas de nous dépeindre des cataclysmes aussi terrifiants qu'imaginaires. Disons, toutefois, que tout auteur qui écrit sur l'arrondissement de Saint-Malo est heureux de trouver les « Grandes Recherches » de l'abbé Manet, et qu'en contrôlant bien les documents que l'on y puise, c'est encore L'ouvrage le plus complet sur notre pays que l'on puisse consulter.

Pour être précis, il l'est : j»1 n'en veux pour preuve que cette note des Grandes Recherchée à la date de 1 107 : « Rude hiver, L'encre gèle dans la plume de (rois en troiê mots. »

1. Paysages et Monuments de la Bretagne. Monographie de l'arrondissement do Saint -Main, par M. Tiercelin, p. 4.

2. Etat ancien de la baie du Mont-Saint-Michel. p. 99, note 1:'.

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tité de monnaies dont plusieurs marquées de chiffiï arabesques l. Citons aussi le-, tombes Barrasines découvertes près de L'église paroissiale et quand on co truisit la cale Solidor, sépultures bien reconnaissables à la grandeur des squelettes el à la brique de i posée sous le crâne.

E1 cette « tant vieille tour du Maure, n chantée par Lautrec dans l'Abencérage de Chateaubriand, cette tour, la plus antique du manoir de Combourg, n'empreintet-elle pas son nom à un souvenir !

Le blé-noir, que nos agriculteurs bretons cultivent sur une si vaste échelle, pourquoi porte-t-il le nom de •^/,rasin? Ne le tient-il pas de sa couleur ; et, ces galetfc a de sarrasin, cette bouillie de blé-noir, nourriture i quente de nos paysans, ne seraient-ce point les Ifaun qui ont apporté, de leurs contrées dans la nôtre, cette alimentation frugale ?

Après avoir essayé de prouver la venue des Sarrasins en Bretagne, est-il besoin de nous demander si Aquin était du Nord ou du Midi ! Nous y sommes cependant conduit par un mot (un seul) du « Roman d'Aquin. n

Ce mot et une autre phrase, dont nous parlerons ensuite, ont de nos jours l'ait penser à plusieurs historiens que ce roi maure était des pays septentrionaux.

Voici le 230° vers du m Roman d'Aquin : »

... Acquis de Nort pays.

1. Mémoires de Frotel delà LandeUe, nu., bibliothèque de Seint*

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Aussi n'est-ce pas lui ! Ne vous souvient-il pas «lu clerc d'Aleth qui deux cents ans après La premier* i daction la rectifia ; c'est lui I»1 véritable auteur de cette méprise ; les Maures ne firent qu'une invasion en Bi tagne, vite réduite; aussi ne faut-il pas s'étonner qui . six siècles plus tard, il ait vu dan- Aquin L'un de 1 Northmans dont les ravages s'étaient fait sentir d< i centaines d'années sur ce Littoral. C'esl même i cruelles incursions qui. montant l'imagination du poète, lui firent grossir démesurément la pri^ d'Aletfa et gron per en une seule guerre le> combats de plusieurs siècl

Pour appuyer L'idée de Aquin normand, on s'est encore servi du vers suivant :

« Quant fut la noise des gens de Nort pays. »

Nous ne voyons pas du tout dans cette phrase la traduction qu'on en a donnée et qui est : « Si grand fut Le bruit de ces gens du nord. »

Pour bien la comprendre il est bon de rétablir les faits : Charlemagne se présente devant Aletfa ; Lors Le r<>i Aquin rassemble ses hommes, leur distribue des armurt et des chevaux, ce qui Lui était aisé car il avait armé précédemment un grand nombre de soldats '. ainsi qu'il nous l'apprend :

1. Cotaient probablement des habit anf | du Dajl qu'il avait enrôlas pour oombattre l'ennemi oonunnn, car il c'avait a\rr lui qu'un petit nombre de Sarraeini, ainei que doui l'indique Le rei O luy aiivdit quatre oena arabine.

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que les seigneurs du Guesclin descendaient de cet enfant l,

Bertrand du Guesclin descendait-il du Sarrasin Aquin .' Le connétable tHait Lui-même si convaincu de cette ori* gine romanesque qu'il avait formé l<i projet «l'ail après la guerre de Cas tille, conquérir en Afrique le royaume de Bougie.

Le nom du célèbre Breton se prête fort bien à cette étymologie : une vieille ballade l'orthographie ainsi :

... Il conta commenl L'épée, Bertrant de Grloeqtrin bien garda.

Sur sa tombe*on lisait L'inscription suivante :

Cy-jjisl honorable homme cl vaillant messin Bertrau Claikin, comte de Longueville, etc...

Auprès de Cancale. au lieu même <>ù Les anciens chroniqueurs placent le château du roi Aquin, ancêtre, prétendent-ils, de Bertrand du Guesclin, on voit enc< aujourd'hui les ruines du Plessiê-Bertrand, sup< i château-fort, célèbre aux siècles pa

Ce château est du XF ou du XIP siècle, mais n'a i il pas été construit Bur l'emplacement de celui du roi maure? Il existe aussi, toujours entre Saint-Coulomb et Cancale, um* forteresse nommée « le Guesclin, i bâtie en 1026 par Bertrand I*, ancêtre du connétable -\

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