Mém. d'O.-T., t. II, p. liO-lVl
L' « image adorée » de la petite provinciale du Suffolk le hantait, Fobsédait, le possédait, dominait sa pensée et sa vie. Pour la mieux revoir, pour l'évoquer sous des traits plus fidèles, il battait les environs de Londres, jusque dans un rayon de « trente milles », en quête de sites analogues à ceux que la compagnie de l'être aimé lui avait jadis rendus chers, « une bruyère » qui lui rappelait le commoii d'Outney, « un chemin » qui lui rappelait la roule ombreuse d'Ilketshall, « une église » qui lui rappelait la grande nef confortable de 5' Mary ou le pauvre sanctuaire délabré de S^ Margaret^. Et, l'illusion stimulant soudain dans son âme le désir de la réalité, « cent fois », nous dit-il, il fut u tenté de retourner à Bungay ;;, de s'aller « cacher » aux abords de Bridge Street, rien que « pour voir passer Charlotte » *. A ses veilles studieuses c'était encore Charlotte qui présidait. C'était sous l'égide de Charlotte qu'il plaçait non seulement l'œuvre en train, mais toutes les œuvres en gestation. C'était pour Charlotte qu'il se jurait d'être un homme illustre, afin de se la « réconcilier par la gloire' ».
Mais, en même temps, Charlotte le « dégoûtait de tout* », — de tout ce qui n'étaitpas elle, — car il ne pouvait se défendre d'en faire « un perpétuel objet de comparaison » avec les autres femmes,