Ibid., t. II, p
AU PAYS d'exil de CnATEAUBRTAND 191
principalement — il va sans dire — avec sa femme, qui l'avait été si peu, et qui ne l'était que trop, puisque sans elle, au lieu d'être à Londres le plus afFolé' des amants, il serait à Bungay le plus fortuné des époux :
Je maudissais mon mariage qui, selon les fausses perceptions de mon esprit, alors très malade, m'avait jeté hors de mes voies et me privait du bonheur*.
Sa « passion malheureuse » fermentait dans son esprit comme « un levain empoisonné" » et lui faisait faire d'amères réflexions sur sa destinée. Quel était donc le sort ennemi qui, depuis sa naissance, s'acharnait, comme par décret spécial, à la poursuivre?Qu'avait-il jamais été qu'un instrument douloureux entre ses mains, et qu'était, somme toute, la catastrophe de Bungay, sinon le plus récent et le plus raffiné de ses coups? Le cœur de Charlotte en avait été brisé : mais le sien, à lui. Chateaubriand, quelles affres uniques ne souffrait-il pas? Et le bourreau, dans l'espèce, n'était pas plus à plaindre que la victime, — victime lui-même du bourreau le plus implacable, la Fatalité?
Il se le persuada très vite, n'y étant déjà que trop encouragé par son farouche individualisme, — le
1. i( Je ne regardais personne, je ne répondais point, je ne savais ce que Ton me disait : mes anciens camarades me soupçonnaient atteint de folie » [Mém. d-O.-T., t. II, p. 141).