T. II, p. 75, 86 et
l'auteur avait eu pour condisciple au collège de Dinan et qu'il eut ensuite pour compagnon de tente à l'armée de Coudé. Ce Ferron lui avait rendu quelques services : entre Verdun et Longwy, il l'avait arraché malgré lui d'une terre labourée où il avait décidé d'attendre la mort, enlisé qu'il était déjà jusqu'aux genoux dans la glèbe molle; puis, le jour où, à bout de force, il s'était trouvé hors d'état de continuer la campagne, le même Ferron lui avait prêté dix-huit livres tournois pour lui permettre de se traîner vers le port d'embarquement le plus proche. Serait-ce là le Ferron dont il s'agit, et Chateaubriand lui aurait-il, pour la circonstance, décerné le titre de cousin, afin de lui concilier plus sûrement les bonnes grâces du docteur Davey? Il n'est pas impossible. Mais, d'autre part, les listes d'émigrés pourTlUe-et-Vilaine mentionnent quatre Féron (ou Ferron) du Quengo, qui, eux, étaient de la parenté réelle de Chateaubriand, ses cousins à la mode de Bretagne. Je pense que nous avons aiïaire ici à l'un deux, Célestin-Jean-Baptiste- Placide, comte de Ferron du Quengo, qui avait été le collègue du frère aîné de Chateaubriand au Parlement de Bretagne, avait épousé une Malouine, Françoise Nouail de la Villegille, et, dès le commencement de la Révolution, avait émigré en Angleterre'. Son acte de mariage, daté du 6 mai 1788, lui donne trente et un ans : il était, par
l. V. F. Saulnier, Maloiiins et Malouines au Parlement de Bretagne, p. 10.
conséquent, d'une dizaine d'années plus âgé que le cousin dont il héritait la place à Beccles*.
Essayons de déterminer en quoi consistait cette place. Voici ce qu'on peut déjà lire dans un guide de la région * :
Laissant la poste sur notre droite, nous entrons dans Saltgate Street. La seconde maison à gauche est celle où habita Chateaubriand, léminent Français, pendant le temps qu'il fut employé comme professeur de français dans une école privée de la ville {ivhile engagea as teacher of French ai a private school in the lown).
C'est assez pour nous mettre sur la voie : Wilton Rix achèvera peut-être de nous conduire au but.
En 1794, Beccles possédait, selon lui, da.ns Blyburgate Street, deux établissements d'instruction assez importants, qui se faisaient face de part et d'autre de la rue. L'un, le plus ancien, était installé dans une longue maison à toiture de chaume, composée d'un rez-de-chaussée et d'un étage en encorbellement, que l'on signale encore aux touristes comme une des curiosités de la ville. C'était une institution privée [private school) : on l'appelait, du nom de son directeur, — qui était pour lors M. Brightley. — la Brightley's School.
L'autre était une Grammar School^ une école secondaire comme nous dirions, distribuant la cul-
1. On sait que Cliateaubriand naquit à Saint-Malo, le 4 septembre 1768.