‹ Au pays d'exil de ChateaubriandChapitre 33 sur 128 · T. II, p. yU · texte numérisé non relu

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d'autant plus à vivre qu'il était plus conscient de sa supériorité, de son génie. Et lui qui s'indignait que Denys le Tyran, chassé de Syracuse, se fût abaissé, « pour ne pas mourir de faim », à « donner des leçons de grammaire, dans les faubourgs » de Corinthe, « aux enfants du petit peuple' », alors qu'il avait « le droguiste ou le marchand de poignards à sa porte )) et « quelques mines » en réserve-, il suivit le plus stoïquement du monde l'exemple de Denys : en quoi il eut dix mille fois raison. Il pleura d'en être réduit à faire la classe aux enfants de Corinthe, — je veux dire de Beccles; — il se promit surtout qu'il n'avouerait jamais l'avoir faite ; mais il la fit, et, malgré ses répugnances d'avant ou d'après, je ne serais pas surpris qu'il leùt faite avec âme, à cette époque ardente de sa jeunesse où, selon sa propre formule, il mettait de « l'âme à tout' ».

Ses élèves ou, comme il écrivait alors, ses « pupilles*» conservèrent du moins de ses leçons un souvenir reconnaissant et durable. Et, lorsque, vingt-six ou vingt-sept ans plus tard, il reparut à Londres comme ambassadeur, plusieurs d'entre eux se firent un devoir d'aller lui présenter leurs hommages. Sans doute eurent-ils le tact de ne lui

1. Essai, t. II, p. 57. — Dans la même page il nous déclare que c'était descendre à l'avant-dernier degré de « l'avilissement ».

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