Cf. ci-dessus, p
toire. — A l'intérieur de l'édifice, qui n'a de remarquable que sa lumineuse nudité, nous avons la satisfaction d'être accueillis par le ministre de la paroisse, M. Hurst, homme d'étude et homme d'action, à figure martiale d'officier d'artillerie plutôt que de clergyman.
Il sait pourquoi nous venons et met sur l'heure à notre disposition son clerkei^Qs archives. Quant à lui, tout entier aux questions actuelles, il n'a guère le temps de se passionner pour les vieilleries encloses aux pages des registres. Le clerk, en revanche, M. Adams, qui a hérité sa charge' de plusieurs générations d'ancêtres, est né foullleur de paperasses. Il possède à fond les annales de son église et de sa ville. Non content de nous ouvrir les armoires paroissiales, il nous emmène chez lui, dans une maigre échoppe de tailleur, — car il manie l'aiguille aux heures que lui laissent ses fonctions de sacriste, - et, sur l'humble comptoir jonché de lambeaux d'étoffes, il nous donne à compulser le livre de raison où son grandpère consigna ses faits et gestes dans les premières années du xix^ siècle. Je dois ainsi à l'obligeance de M. Adams plusieurs renseignements d'un vif intérêt qui trouveront leur place au cours de cette étude.
Il en est un que nous utiliserons dès à présent. M. Adams me confirme, en effet, l'exactitude d'une information sur laquelle j'étais tombé, la veille, dans la petite bibliothèque municipale de Beccles,'
en feuilletant les Antiquités du Suffolk\ par Alfred Suckling : à savoir que « le révérend M. Ives » des Mémoires était « vicaire » de S-Marsfaret Ilketshall, et non point ministre de Bungay. C'est le moins que nous commencions par rendre visite à sa cure, ne serait-ce que pour traverser un paysage qui fut certainement associé à quelquesunes des plus troublantes émotions de Chateaubriand,
Ilketshall est un petit village de la banlieue de Bungay, à trois milles environ vers le sud. Nous nous y transportons dans l'antique landau du Kings Head, conduits par un cocher solennel dont la souquenille vert -prune et le vaste chapeau tromblonsemblent décrochésd'un musée des costumes.
Le temps a décidément tourné au noir, Il ne pleut pas encore, mais une pénombre endeuillée plane, avec les grandes nues en marche, sur la campagne montueuse, accidentée, où le chemin s'enfonce parfois comme un tunnel entre un double talus broussailleux, sous des enchevêtrements de ramures aux frondaisons à peine éclaircies par l'automne. Après le deuxième mille environ, passé la borne blanche qui marque la limite du territoire de Bungay, notre véhicule roule sur un haut plateau dont les glèbes fromenteuses et les champs de betteraves se perdent aux confins embrumés du ciel. Deux rangées de chênes quatre et cinq fois séculaires nous accompagnent quelques minutes.