‹ Au pays d'exil de ChateaubriandChapitre 51 sur 128 · Pour le titre complet de l'ouvrage, cf. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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124 AU PAYS d'exil de CHATEAUBRTAiND

Presque pas trace d'habitations humaines dans ce désert. Une seule ferme, avec sa cour boueuse et son abreuvoir d'eau croupie, comme en Ille-et- Vilaine. Cependant, au bout de la perspective, dans un léger repli du sol, une tour ronde appa» raît, rappelant celle de Holy Trinity. Et nous faisons notre entrée dans le village d'Ilketshall, — si, toutefois, cinq ou six masures éparses peuvent mériter le nom de village.

On pénètre dans le cimetière par une espèce de portique en bois, surmonté d'un auvent de tuiles au-dessus duquel se déploie l'immense architecture végétale d'un frêne géant. Rien de plus sauvage que cet enclos des morts, où triomphent toutes les puissances de la libre nature. Vous diriez une clairière de forêt vierge. Dans une herbe qui ne se souvient pas d'avoir été tondue gisent, çà et là, des pierres rongées de mousse, qui sont peut-être de simples éclats de roches, et peut-être des tombes. Signalons néanmoins un bouquet de chrysanthèmes récemment déposé sur un tertre sans nom. Des rideaux d'arbres, des fourrés d'aubépine, des treillis de grandes ronces, suspendues comme des lianes, enveloppent cette solitude. Pas d'autre bruit que des chants d'oiseaux et la mélopée de la brise d'automne dans la chevelure des pins. On imagine aisément quel éden, quel « paradou » foisonnant de verdure et de fleurs, doit être un pareil lieu, à la belle saison. Mais, par cette grise après-dînée de novembre, l'impression qu'il produit est plutôt mélancolique.

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Et ce n'est plus seulement de la mélancolie, c'est de l'angoisse, c'est un serrement de cœur que l'on éprouve, dès que l'on a franchi le seuil de l'église. Combien vieille, cette église, et combien triste^ combien pauvre, — d'une pauvreté d'autant plus pénible qu'elle tâche à se montrer plus décente!,.. Je comprends que son pasteur, M, Olliver, ne soit jamais pressé d'en ouvrir les portes ni d'en laisser voir le dénuement aux amateurs de pittoresque, trop nombreux à son gré, qui, l'été, choisissent S'-Margaret comme but de promenade.

Nous avons dû parlementer avec lui un bon quart d'heure, sous la petite véranda venteuse de son plus que modeste presb3^tère^ avant de réussir à dissiper ses doutes sur l'honnêteté de nos intentions. Son esprit se refusait à concevoir que j'eusse passé la mer et fait le voyage d'Ilketshall pour le seul plaisir de jeter un coup d'œil dans la misérable église d'un misérable village, — tout cela parce qu'un de ses prédécesseurs, mort depuis cent ans, y venait célébrer l'office, le dimanche, lorsque le temps n'était pas trop mauvais ou que des affaires plus urgentes ne l'appelaient point ailleurs ^..

1. « Dans les campagnes, — dit Chateaubriand [Essai, t. II, p. 250) — , les temples, restent fermés pendant la semaine, et tout s'y borne à quelques courtes prières le dimanche »,

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