Ibid.^ p
d'Alala*. 11 ne faut donc pas chercher sur l'autre rive de l'Atlantique la tombe de la « fille du désert » : elle doit reposer en un coin de cimetière anglais^ aux mêmes lieux où le cœur de Chateaubriand coucha le fantôme de sa première, de sa plus pure inclination, non « dans une pièce de lin d'Europe"^ », mais dans le linceul de pourpre des amours défuntes.
L'heure vint, en effet, où force lui fut de confesser le secret, le « fatal secret » qu'il a mis, dans le roman, à la charge de la douloureuse Atala, et qui, dans la réalité, pesait sur sa propre vie. L'Atala de Bungay avait la conscience tranquille : aucune arrière-pensée coupable, aucune crainte d'offenser le ciel en rompant le vœu d'une mère ne se mêlait chez elle au trouble de l'amour naissant. Du jour qne les discours passionnés de Ghactas eurent eu raison de ses premiers émois, elle fut prête, comme il l'en conjurait, à « suivre ses pas dans la solitude' », c'est-à-dire, en style européen, à devenir sa femme : car cette « solitude » où il la conviait à s'engager avec lui ne pouvait être, dans les idées de la jeune Anglaise, que le mariage. Et elle attendait, non sans impatience, j'imagine, qu'il se déclarât ouvertement, qu'il s'enhardît à prononcer la parole définitive : « Nous nous aimons, épousons-nous ».