‹ Au pays de l'Arros, Ozon; monographie paroissialeChapitre 12 sur 44 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Monuments religieux et civils.

D'après une expression devenue proverbiale, l'histoire des peuples est gravée sur leurs monuments. Les siècles ont vu se réduire en poudre plusieurs des documents lapidaires d'Ozon.

idCïljlSK. — Une tradition qui est d'ailleurs corroborée par les événements, rapporte que l'église paroissiale était jadis située non loin du château féodal. Il en va ainsi durant le Moyen-Age. Entre le man^'r et la chaumière se dresse l'église, rendez-vous commun du seigneur et des manants. C'est là que la religion, en rappelant que nous sommes tous frères, puisque nous participons aux mêmes sacrements et que nous servons le même Dieu, c'est dans l'église féodale qu'elle prépare l'affranchissement des serfs.

Notre église est ainsi mentionnée dans le « testament de Catherine de Rivière, épouse de noble d'Ozon, » daté du Ier mai 1553 : « a voulu mander que quand son âme sera séparée de son corps, son corps soit ensepueli dans l'église de Monsieur St-Michel d'Ozon... baille au bassin de Me Saint- Michel de ladite église d'Ozon un escut petit. » (1)

( 1) Aucl.\ tMs., 1 s 1 23.

On ne saurait déduire de l'expression << église de Monsieur St-Michel » que l'archange fut le patron de l'église paroissiale d'Ozon. Il n'est pas rare aux siècles passés que, prenant la partie pour le tout, on ne désigne l'église paroissiale par le nom d'un saint qui s'y trouve particulièrement honoré ; ainsi les manuscrits du XVIIe siècle mentionneront souvent « l'église parochielle de Monsieur St-Anthoene. » Cependant des documents certains établissent que, de temps immémorial, la Ste- Vierge Marie, sous le vocable de N.-D. de l'Assomption, fut la patronne de l'église paroissiale. La seule conclusion qui s'impose, c'est qu'une église paroissiale a existé où se trouvait un autel dédié à saint Michel ; et cet autel n'a pas été réédifié dans la nouvelle église.

Nous savons d'ailleurs que, au mois d'août 1569, les Huguenots incendièrent l'église d'Ozon ainsi que celles de Lanespède, Ricaud, Bégole, Tournay, Bordes, Peyraube et d'autres en grand nombre dans la Bigorre et plusieurs pays voisins.

Par quelles malencontreuses circonstances la nouvelle église s'éloigna-t-elle du manoir féodal qui est le point central d'Ozon, pour se dresser à l'écart sur un terrain seigneurial ? Les ancêtres du XVIe siècle, par cette décision, préparent le démembrement de la paroisse qu'effectueront leurs fils du XIXe siècle, et qui sera toujours regrettable à tant d'égards.

L'élégance, ni guère la solidité ne président à la construction de la nouvelle église. Dès le XVIII0 siècle, sa vétusté la rend indigne de sa destination, au

point que l'autorité diocésaine, vers 1775» croit devoir la frapper d'interdit en même temps que le cimetière. Sur une démarche des consuls, on y tolère provisoirement la célébration des saints mystères. Ce provisoire, par la volonté de la Providence, durera longtemps encore, comme pour ne pas ménager aux profanations révolutionnaires un temple restauré. Ce n'est qu'en 1819 que survient la restauration attendue. La commune, outre une imposition au marc le franc de la somme de 4128 fr. 13, s'engage au transport des matériaux et à l'entretien des manœuvres. Par le fait de cette restauration, l'église gagne à peu près en hauteur l'espace compris entre la toiture et les pièces de bois encore aujourd'hui incrustées dans le mur. La construction du clocher votée le 2 août 1833 sur un devis de 2000 fr., non compris le transport des matériaux, forme avec l'église un chef-d'œuvre de disproportion.

La chapelle du midi, dite de la Sainte-Vierge, est due au zèle de feu M. Carrère, curé de la paroisse. Il fallut, pour l'édifier, empiéter sur la prairie de Fourcaud-Mounod ; mais ce dernier, ainsi que cela résulte d'une transaction portant la date du 2 avril 1844, fut désintéressé par le comte de Roquette- Buisson, châtelain d'Ozon.

C'est encore sous le ministère de M. l'abbé Carrère que fut construite la grande sacristie. La couverture d'un registre de 1837 porte cette simple mention: Sacristie (construction) 497 fr. 7. — Autel 680 fr.

La chapelle du nord, dédiée au Sacré-Cœur de Jésus, fut construite en 1896, à la suite d'un don anonyme de 600 fr. par une personne de la paroisse. Cette offrande en provoquait bientôt plusieurs autres. Les habitants, de leur côté, avec un ensemble et un entrain auxquels je me plais à rendre hommage, transportèrent les matériaux et fournirent les manœuvres. La famille Rébeillé donna tout le sable nécessaire. On doit l'autel à Madame la comtesse Marguerite d'Exéa.

Le 23 octobre 1776, M. François de Jobal, vicaire général du diocèse^ fait la visite de l'église et du cimetière d'Ozon par ordre de Mgr de Lorri, évêque de Tarbes et procède comme il suit :

« i° Avons trouvé dans le tabernacle qui est doré, un ciboire d'argent auquel il manque un voile d'étoffe de soye blanche, un soleil avec son pied et un petit porte-Dieu en argent. Le tabernacle est accompagné d'un rétable et d'un gradin sur lequel il y a six chandeliers et une croix de bois doré. Au dessus de l'autel, il y a un tableau de l'Assomption assez beau. Les cartons sont très mauvais. Le devant d'autel qui est en cuir doré est bon. 11 y a deux bancs dans le sanctuaire, un pour M le curé et Pautre pour les chantres. La lampe qui est en cuivre ne brûle que les jours de fête pendant les offices. Il y a un revenu de neuf francs affecté à l'entretien du luminaire de cette lampe. Il est dû à M. de Cardaillac, seigneur d'Ozon.

« 2° Avons visité les fonts baptismaux qui sont au

fond de l'église scus la tribune. Ils sont construits en pierre commune et lecouverts d'une table en bois, garnie de pointes. Il conviendrait d'entourer la pierre d'une boiserie et d'y pratiquer une armoire pour y enfermer les saintes huiles.

« 30 Avons visité la nef qui est séparée du sanctuaire par un balustre en bois fort bon. Deux toises au-delà de ce balustre, il y a un mur à hauteur d'appui dans la largeur de la nef, dans lequel espace il y a un banc pour les consuls, en bon état, la place et le reste d'un banc pour le seigneur. Cette partie de la nef est en tout on ne peut plus négligée, le pavé en est affreux, le lambris est presque partout pourri et les murs sont très sales. La communauté et le seigneur se disputent qui doit l'entretien de cette partie de la nef. Le seigneur est M. de Montesquieu qui est absent. Il conviendrait de détruire ce mur et de faire juger le différent, faute de quoi cette partie de l'église tomberait en ruine. Il y a une chaire à prêcher qui est en chêne et toute neuve, et deux confessionnaux. A droite, en face de la chaire, il y a un autel adossé au mur, qui est dédié à saint Antoine, dont on voit le tableau au dessus, qui est tout neuf. Les cartons ne valent rien, de même que le marchepied. Il n'y a qu'un crucifix sans chandeliers. Cet autel ne sert que pour le Jeudi-Saint. Le pavé de la nef a besoin d'être réuni et rapproché. Le sol de dessous la tribune doit être pavé. Il y a deux tribunes, l'une sur l'autre, qui sont toutes neuves, de même que les escaliers. Il y a un grand bénitier de

marbre au milieu de la nef, et un autre incrusté dans le mur, à côté de la porte qui est à deux battants et toute neuve.

« 4° Avons visité la sacristie qui est très petite et très humide. Il n'y a ni vitres, ni barreaux à la fenêtre. Il y manque une liste des cas réservés ; M. le curé dit n'en avoir point. Il y a un petit confessionnal sans porte. Il y a une comode avec des armoires au dessus, où sont renfermés les vases et ornements. Il y a un calice qui est tout neuf. Il y a dix ornements, sçavoir : un blanc, un violet, un noir neuf en laine, un vert en laine et un rouge en soye, avec deux autres de toutes couleurs en soye, tous en bon état. Il y a en outre un noir, un blanc et un violet qui sont très usés et qu'il faut interdire ou réparer. Il y a quatre aubes avec leurs amicts et cordons, dix nappes pour l'autel avec une pour la communion, quatre serviettes, six corporaux, douze purificatoires, deux surplis et un bonnet carré, le tout très bon. Il y a une grande croix argentée, deux banières en soye, un encensoir et un chaudron pour l'eau bénite. Il y a un pluvial rouge en soye garni de blanc et une écharpe en soye, le tout très bon.

« 5° Avons visité les livres et registres. Il y a deux missels et deux rituels très bons et un cahier de Requiem. Les registres se suivent depuis 1723. Il y en a qui vont jusqu'à 1700 et au-delà.

« 6° Avons visité le cimetière qui est grand et bien fermé de murs. Il y avait autrefois deux chapelles champêtres qui ne subsistent plus. Il en est

de même des obits. H y a un prieuré fondé au quartier de Règles qui est réuni à la cure. Il y a une portion de dixmaire faisant partie du revenu de la chapellenie de Saint-Martin, fondée à la cathédrale. Le chapitre y nomme. Elle est dédiée à saint Martin. Le revevenu est de cinquante livres.

« 70 Un particulier a légué à l'église une maison avec une petite casalère, deux morceaux de châtaignère, le tout affermé quarante livres, sur quoi il faut payer la taille et les vingtièmes. Ladite rente est employée au luminaire. L'église ne jouit d'aucun revenu en dîme, mais seulement de la rente de quinze livres que la communauté est obligée de payer pour fournir au luminaire de Pâques. Cette rente est affectée sur un pred situé au quartier Artig mousca, dont jouit le communauté.

« 8° Les dîmes prenants sont : ledit curé, Mgr l'Evêque, le chapitre de la cathédrale, l'archidiacre de Rustein, le chapelain de Saint-Martin et le seidu présent lieu. Les habitants prétendent qu'ils ne payent point de dîme de leur enclos et jardins.

Il y a cent quatorze maisons et plus de quatre cents communiants. »

A Ozon, le 23e octobre 1776.

Lacaze, consul. DeJobal, vic.gén.

Dauant, margulier . De Cardaillag, curé. Rebeillè, vicaire de Tournay, secrétaire.

Ce document provient du fonds des archives du chapitre de Tarbes. Il est entre les mains de M. Gas-

ton Balencie, qui a eu l'obligeance de me le communiquer.

€ib ii**;iiiji<: iik SAINT «iauti\. — A une date que nous n'avons pu retrouver, mais qui remonte plus haut que le XVIIe siècle, un prieuré avait été fondé dans le quartier Saint-Martin, avec une chapelle dédiée à ce saint : les contemporains en ont détruit les derniers vestiges. D'après une simple note conservée dans l'étude de Me Gabarrot, reg. 1634, le titulaire de la prébende, en résidence à Castelnau, recevait alors des habitants d'Ozon une rente de six écus. L'Etat des Paroisses de 1783 lui accorde la mention suivante : « Il y a un prieuré sous l'invocation de Saint-Martin donnant quarante livres de rente. M. de Sauville, résidant à Lombez, en est titulaire. Je ne sais point qui en est le patron, ni quels en sont les titres ? » Ce fut un des grands abus de l'ancien régime qu'un titulaire absent pût jouir d'un ou plusieurs bénéfices. En 1789, il soulève dans tous les diocèses de France des récriminations consignées dans les Cahiers des curés.

CHAPEEEE DE SAINT JAl'Ql'ES. — Pendant plusieurs siècles, la dévotion au premier apôtre de l'Espagne fut en grand honneur dans la Bigorre. On voyait chaque année des caravanes faire à pied le pèlerinage de Compostelle. Il n'est donc pas surprenant que les habitants d'Ozon aient élevé un monument à l'apôtre saint Jacques dans le quartier de ce nom, sur la rive gauche de l'Arros. Des vieillards m'ont assuré qu'une partie de cet édifice existait

encore vers 1820 Nous n'avons relevé dans les manuscrits, que les lignes suivantes, consignées dans le testament de Jean de Serres, curé d'Ozon, à la date du 2 juillet 1648: « led. testateur a dict voloir tant par dévotion de son chef que pour tout ce qu'ils pourront estre tenus a la chapelle monsieur Saint- Jacques dud. Ouzon estre mise par son héritier la some de soixante quatre livres tournoises en rente fonsière en lieu assuré pour estre tiré l'intérest au denier seitziesme et, preins, employé à faire dire à perpétuitté quatre messes pour les vivants et autres quatre pour les trépassés, moytié en l'église parrochielle dud. Ouzon et autre moytié en lad. chapelle chascune année, et ce par le recteur et vicaire, à raison de dix soûls par messe. » (ij

CHAPELLE DU chatuai:. — Cette chapelle, fondée le 7 septembre 1697, est contemporaine du château. L'acte de fondation mentionné dans un manuscrit du Chartrier d'Auch, a disparu comme tant d'autres titres. Mais cette fondation ne doit pas s'entendre d'une fondation à bénéfice, ou bien elle ne tient plus vers la fin du XVIIIe siècle. On lit en effet dans le rapport adressé à l'évêché en 1783 : « Il y a au château une chapelle domestique décemment placée et suffisamment ornée. Elle n'est ni dotée, ni fondée. On n'y fait point de fonction curiale ; il n'y a point de prêtre qui y dise la messe. » (2) La famille d'Exéa, en 1894, remplaça par des peintures nouvel-

(1) Etude Gabarrot, reg. 1048.

(2) Etat des paroisses } Ozon.

les les vieilles décorations, d'ailleurs très élémentaires, dont une inscription rappelle la date: « cesce chapelle fust peinte le 21 nobembre 1707. »

4'ii.ti»HE<iiG': irWAtox-MAnnfi. — Donné le site de l'église paroissiale, il n'était que légitime d'aspirer à lui en substituer une plus centrale. En 1865, quelques habitants de la section d'Ozon-Darré conçurent le projet de bâtir une chapelle, faute par la commune de construire sans délai une nouvelle église au centre du village. Ceux qui présidaient alors aux destinées d'Ozon, en ne tenant point compte des desiderata qui leur étaient formellement exprimés, se montrèrent inférieurs à leur mission; ils portent devant l'histoire la responsabilité d'un événement regrettable. M. le comte de Roquette-Buisson plus avisé, ayant sans doute l'intuition des regrets à venir qui pouvaient naître d'une scission paroissiale, fit l'offre gratuite d'un terrain d'emplacement dans le quartier du château.

Les habitants d'Ozon-Darré, avec un entrain que soutenaient en même temps leur foi religieuse, leur amour propre et leur rêve d'indépendance, eurent bientôt fait d'édifier leur chapelle. C'est le 12 avril 1867 que M. l'abbé Bergeret, curé d'Ozon, en fit la bénédiction solennelle, et la chapelle « fut placée sous le patronage de Notre-Dame de l'Assomption, patronne de toute la paroisse. » (1) Par ce sectionnement, on venait de glisser dans ce que, en 1789, le Cahier de doléances du clergé de la Bigorre signa-

( 1 ) Procès-verbal de la bénédiction.

lait comme un abus à éviter, (i) Quel est d'ailleurs le résultat le plus certain de ce démembrement ? Une expérience de 30 ans démontre que le bien religieux et moral ne s'en est accru dans aucune mesure. Ce qui a progressé à Ozon-Darré, c'est l'imposition du contribuable.

CHA/TECAU. — Le vieux castel des d'Ozon devait consacrer bien des souvenirs intéressant la communauté : avec lui semble avoir péri toute son histoire. Le seul fait précis consigné par les annalistes de la Bigorre, est le siège que, en 1569, il eut à soutenir contre les Huguenots.

Le château actuel se substitue à l'ancien vers la fin du XVIIe siècle. Il était construit en 1697, puisque le 9 septembre de cette même année est la date de la fondation de la chapelle et que la chapelle fait partie intégrante du château. Voici ce qu'en écrit Colomez dans son Histoire de la Bigorre : « Un de Cardaillac d'Ozon (Jean-Charles) qui servit à Malte avec distinction, devint chevalier de l'ordre et puis commandeur de Saint-Jean-de-Toulouse, fit bâtir le nouveau château d'Ozon sur une terre élevée, près de la rivière de l'Arros. Le P. Saguens, religieux minime, un des plus habiles mathématiciens de son siècle, en dressa le plan suivant toutes les règles de Par* chitecture et le goût du temps, de manière que cet édifice a l'air d'une maison noble. » Jean-Charles testa le 9 octobre 1702, au moment de s'embarquer

(1) Cf. La Révolution en Bigorre. (L. Ricaud).

pour le service du Grand-Maître de Malte. Depuis on n'a plus eu de nouvelles de lui.

Le parc du château a conservé longtemps son cachet d'antique simplicité. C'est le comte d'Exéa qui, après en avoir régularisé le sol au moyen de terre-pleins, y dessine les allées actuelles, l'agrémente de belles plantations d'arbres exotiques et dresse la balustrade en pierre de Louides qui règne le long de la terrasse.

l'IlESefilTÈKE. — Les habitants le construisent en 1639 sur un terrain communal. En 1783, le curé d'Ozon le décrit dans son rapport sur l'état de la paroisse, et, déjà, signale « son air de vétusté ». Des réparations importantes y sont faites dans la suite, et le chaume fait place à l'ardoise. C'est sous la magistrature de feu M. le comte d'Exéa, en 1893, qu'est aménagée la pièce du rez-de-chaussée convertie en salle à manger, ainsi que la petite esplanade adossée au mur qui relie la grange au presbytère ; ce mur fut construit en 1803. L'écurie, en 1827, conservait encore sa toiture de chaume. Une restauration de la charpente nécessita la dépense de 141 gerbes de paille, soit 38 fr. 80, d'après le devis.

MAISON COMMUNE. — La vieille maison commune, qui sert aussi de local scolaire, est édifiée vers la fin de l'ancien régime. L'immeuble se trouvant insuffisant, on lui substitua, en 1868, la maison commune actuelle (route nationale).

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