‹ Au pays de l'Arros, Ozon; monographie paroissialeChapitre 16 sur 44 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

La guerre des Huguenots et les d'Ozon.

La guerre des Huguenots ayant eu son contrecoup à Ozon, et les de Cardaillac dans la personne de Jean Ier ayant vaillamment concouru à la défense du pays, il est à propos de fixer ici le souvenir de ce lugubre événement.

Le 18 août 15^5, Jeanne d'Albret, souveraine de Béarn et comtesse de Bigorre, avait juré sur le missel, le Te igitur et la croix, de garder les fors, coutumes, privilèges et libertés du pays. Or, l'art. III des fors du 20 octobre 1552, dit en propres termes : « Le seigneur défendra l'Eglise de la persécution injuste des laïques. Lo senhor defendara la Glisia de indeguda persécution deus laies.}/ Jeanne commet donc un parjure et une félonie lorsque, aveesacomplicité, Montgoméri, Montamat, d'Arros, Lizier mettent à feu et à sang le Béarn et la Bigorre. Tel fut à Tarbes, le jour du samedi saint 1570, le massacre des habitants, que pendant près de trois ans la ville resta comme déserte et l'herbe avait poussé dans les rues. (1) Les monastères de LEscale- Dieu et de Saint-Sever, de Saint- Pé et de Tarbes incendiés et saccagés ; les moines massacrés ; les

(i) Les édiles de Tarbes ont donné à une rue de la ville le nom de Jeanne d'Albret, bourreau de leurs pères... Saluez !

églises des archi prêtres de Tournay, Campistrous, Cieutat, Chelle, Orleix, Monfaucon, Caixon, Montaner également livrées ^au pillage et à l'incendie; des exactions de toute sorte; le sang versé dans tout le pays de Bigorre ; Tournay tombé au pouvoir de l'ennemi; Ozon assiégé; Bordes choisi comme lieu de campement ; que de pénibles souvenirs à évoquer.

A la louange de la noblesse de Bigorre, rappelons qu'elle sut verser son sang plutôt que d'abjurer sa foi. Les Cardaillac, au premier rang, méritèrent de la religion et du pays. Raymond, vaillant patriote autant que ferme croyant, tour à tour capitaine des compagnies du duc de Guise, mestre de camp, colonel d'un régiment à pied, Raymond de Cardaillac, glorieux blessé, le futur fondateur des Minimes de Tournay, reçoit du parlement de Toulouse la mission de convoquer à Tarbes la noblesse et le clergé et d'y organiser la défense de la Bigorre. Son discours exprime le plus pur patriotisme et la foi la plus vive, (i)

Avec Raymond de Cardaillac, son cousin Jean, seigneur d*Ozon, démontre « que bon sang ne peut mentir ». Il partage avec les plus vaillants défenseurs du pays le privilège d'être signalé comme ardent catholique à la cour hugue-

(i) <( ... Le feu de division et de discorde civile s'est tellement en-

« flammé..., qu'aucuns ont osé prendre les armes pour défendre leurs

« hérésies... de manière qu'ils ont attenté sur la sacrée personne de sa

« Majesté, et ne cessent journellement d'inquiéter ses sujets par meur-

« très, boute-feu, saccagements et voleries;... Je vous requiers de me

(i donner vos avis sur le choix et nomination de deux seigneurs... vous

« exhortant d'y procéder avec autant de religion et de conscience

« comme vous désirerez vous employer au service de votre Dieu et de

« votre roi souverain. » Colomez, édit. Duffau, p. 94-95.

note de Pau, et un arrêt, en date du 3 juin 1 574? décrète leur prise de corps : « Seran prés au corps en « quauqe loc et endret que poderan estar apprehen- « dutz en lou présent pays : Antoni de Gramout, lo « sieur d'Ozon,. . . lou capitaine Peyraube, ... lo sieur « de Mun.. . » (1)

Le 9 mai 1574, Jean d'Ozon est au nombre des défenseurs de la ville de Tarbes, en partie occupée par les Huguenots. Il écrit à son cousin de Campels une lettre datée de ce jour. « Dernièrement, j'étais « prêt à monter à cheval quand les huguenots se sai- « sirent de Tarbes et les trouvai qui faisaient ordi- « naire jusques aux portes de ma maison et m'ont « contraint d'y faire résidence avec une troupe de « soldats... Nous sapâmes devant-hier le Bourg-Neuf « d'escalade et ceux qui échappèrent se retirèrent au « Bourg- Vieux, et finies tomber le pont, et nos gens « se logèrent contre le dit ravelin. Aujourd'hui on « devait battre l'autre poste pour les assaillir de tous « côtés. J'arrivai, au soir, du camp, et m'en retourne « à l'heure présente. Le capitaine Pépieux y a été « blessé ; on ne sait encore s'il y aura danger. Je « prie Dieu comme vous ferez aussi, monsieur mon « cousin, vous tenir en sa sainte garde, me recom- « mandant très humblement à vos bonnes grâces. » [Colomez, édit. Duffau, p. 130.)

Dès la première heure du danger, il s'est porté à Bagnères avec ses hommes afin d'assurer la défense

(1) Bulletin de la Société des Sciences Je Pau, 11e série, t. 4e, p. 109-1 1 1 .

de la ville. « Le 5 août 1560, le conseil de la ville de Bagnères, délibéra que MM. les capitaines d'Aveizac, d'Ozon et de Tilhouze, qui étaient à Bagnères pour la défense de la ville, y seraient logés et nourris aux dépens du public, et, les ennemis, étant bien près, on chargea MM. les consuls d'écrire à ceux de l'Extrémé et de Castel-Lobon. (Lespales, Troubles,

De concert avec de Mun et de Lubret, Jean d'Ozon surprend les Huguenots près de Boulin, et se fait le vengeur de Baudéan assassiné par Lizier. Combat désespéré, où d'Ozon a son cheval tué sous lui. Lizier, blessé d'un coup de pistolet, se réfugie dans une métaire de Dours ; puis, dans la fuite, son cheval enfonce dans un marécage. « Souviens-toi de Baudéan ! » lui criaient de Mun et de Lubret. Ils lui coupent ensuite les oreilles et l'enterrent avec son cheval.

Les calvinistes ayant mis le siège devant le château d'Ozon, Jean de Cardaillac, avec ses hommes, réussit à le dégager, et il refoula l'ennemi vers Bordes. (Colomez, p. 420.)

Lorsqu'enfin, « le 2 septembre 1577, la ville de « Tournay est remise aux consuls par noble Gaston « de Baretge, seigneur de Bulan, qui, pour le ser- « vice du roy et pour l'amour et en contemplation « du pauvre pais, a bien voulu s'employer, savoir « qu'il lui a été rendue la ville à la main, requérant « que les consuls la treignent en bonne et sure garde

« sous l'obéissance du roi souverain, » (i) Jean d'Ozon, avec quelques seigneurs de Bigorre, appose sa signature sur l'acte public qui consacre cet événement. Lui-même d'ailleurs, « Jean de Cardaillac », à la mort du seigneur de Baudéan, avait été établi gouverneur de la ville de Bagnères. Et cette ville eut la fortune, malgré les menaces de Montgoméry et les méfaits de Lizier à Trébons et à Pouzac, d'échapper à l'invasion des Huguenots et aux incendies qui l'accompagnaient.

Jean II aura eu, parmi les seigneurs d'Ozon, plus d'un émule en valeur religieuse et patriotique ; mais l'histoire, une fois de plus, garde ses secrets. Nous savons cependant que plusieurs s'élèvent à un rang d'honneur dans l'ordre de Malte, si longtemps béni par l'Eglise. Il serait intéressant aussi de connaître le rôle particulier de Paul de Cardaillac, fils de Jean II, qui, le 13 octobre 1639, part pour le Roussillon avec les seigneurs de Bigorre, afin d'en repousser les Espagnols, campés devant les murs de Salces. (2)

(1) Glanages, t. i,n°52.

(2) Inventaire des archives de la maison de Monbazillac, par la comtesse de L.

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