CHAPITRE XII
Confréries et Empreinte chrétienne
A côté des associations civiles, nous trouvons les associations religieuses ou confréries. Il n'est pas facile de préciser l'époque de leur fondation ; mais elles sont très florissantes aux XVI0 et XVIIe siècles. Dans des notes éparses se trouve affirmée l'existence de leurs statuts, de leur autel respectif, de leurs ornements et insignes particuliers. Chaque dimanche les confréries ont le privilège du « bassin corant ». On est heureux de s'y enrôler pendant la vie, et les confrères et confréresses se font un devoir, à leur mort, d'offrir un legs pieux à leur chère confrérie, de lui demander des messes et des prières, l'illumination de l'autel ; de laisser une aumône pour son « bassin corant », de subvenir aux frais de la « collation » ou petit repas servi aux confrères après la cérémonie des funérailles.
Ozon possède deux confréries : la confrérie du Saint- Sacrement et celle de Saint-Antoine. Les confrères du Saint-Sacrement, aux termes de leurs statuts, sont obligés à se confesser aux fêtes de Pâques, Fête-Dieu, Toussaint et Noël, et à donner deux liards, au décès de chaque membre, pour faire célébrer des messes (i).
(i) Un testament du XVIIe siècle fixe, comme il suit, l'honoraire des messes : 20 sols pour la messe d'enterrement, 10 sols pour la messe du bout de mois, 5 sols pour les autres messes.
Cette confrérie du Saint-Sacrement est établie dans un grand
La confrérie de Saint-Antoine, que je n'ai retrouvée dans aucune autre paroisse, se montre dans un état de rare ferveur, à ce point que dans les documents des deux siècles précités, l'église paroissiale est dite dédiée à « Monsieur saint Anthoyne ». Le 17 août [730, « Firmin Porte Carreterou veult son dict corps estre ensepueli en l'église parochielle Monsieur saint Anthoyne ». — Le 4 juin 1629, « Jean Laëns veult sond. corps ensepueli en
nombre de paroisses. Tournay possède, en outre, la confrérie du « Benoist St-Esprit » et la confrérie du Rosaire « instituée dans la chapelle des R. P. Minimes ». A côté de ces pieuses associations, mentionnons dans la même paroisse : „ le collège ou collégiale des prêtres fils natifs de la bile de Tornay », obligés, par suite d'une transaction avec les consuls et habitants, « à dire à hautte voix dans le cœur ou tribunal de l'église St- « Estienne, tous les lundis matin de l'année, l'office des morts <s pour l'expiation des âmes des habitants de ladite bile avant la
« célébration de la messe ordinaire ; tenus aussy de faire les
« processions et prières acostumées en habit décent et conve- « nable, et chanter à l'honneur de la sacrée Vierge chasque « semedi un Ave Maris Stella ». C'est entre ces « fils natifs de la bile » que se répartissent pour l'ordinaire les prébendes de Tournay : la chapellenie de N. D. de Gerde « fondée par feu « Bernard de Gerde, augmentée en 1529 par Antoine et Ramo- « net de Gerde » ; la chapellenie de N. D. de Pitié ; la chapellenie de St-Jean « fondée par feu Mc Jean Pardonne, prêtre « et archiprêtre de la ville, quand vivait » ; une autre chapellenie St-Jean « fondée en l'église parochielle et en l'autel Me « St-Jean par feu Me Guillaume Rabio, piètre dudit Tournay « et recteur de Lapalu » ; une autre chapellenie « fondée par « Bernard Sentarroman dans la chapelle St-Jean-Baptiste ap- « partenant à la communauté et située dans l'enceinte d'icelle »; cette fondation était faite avec obligation pour les prébendiers « de chanter chaque samedi soir les litanies de la Ste-Vierge, « ensuite le De profundis, et aussi de chanter tous les dimanches « et fettes fettées les litanies du St-Nom de Jésus, sonner les « cloches de ladite chapelle tous les samedis soir et faire école « chaque jour aux enfants de la ville ».
Arch. du château d'Ozon ; Et. Gabarrot et Lavantes, passim.
l'église parochielle Monsieur saint Anthoyne. » Etude Gabarrot.
Il est hors de doute encore une fois que Notre- Dame de l'Assomption en fut toujours la patronne ; mais cela nous fait connaître en quelle profonde estime on tient la confrérie.
On meurt content à la pensée que les prières des confrères sont assurées après la mort. Parfois ceux qui, de leur vivant, ont négligé d'entrer dans une confrérie, demandent comme une grâce, à l'heure de la mort, « de les vouloir escripre et enroller au libre de la confrairie pour jouir des mesmes grâces que euls ». (11 — Nombreux sont les confrères dont les testaments redisent les sympathies, prescrivent des offrandes pour les chères confréries. En 1625, Jean Ducassou lègue 5 sols, afin que « les confraires de la confrairie Monsieur Sain-Anthoyne, fassent prier selon leurs statuts ». — Catherine Brusault laisse 4 piastres « au bassin corant de Monsieur Saint-Anthoyne, et 4 piastres pour les frais de la confrairie de Saint-Anthoyne et du Saint-Sacrement, dont elle est la confrairesse » (1629). — Joseph Devant « lègue à chasque bassin corant deux soûls tournois » (1630). — Jean de Serres recteur d'Ozon, « lègue dix livres tournoises pour le luminaire et le bassin du Saint-Sacrement ; item lègue à la confrairie Saint-Anthoyne instituée aud. Ozon six livres tournoizes » (1648). — Marie de Carrère, épouse de Serres, « lègue et laisse aux contraires de la confraifi) Etude Lavantes, reg, 1630, aoust.
rie du Saint-Sacrement, intituée aud. Ouzon la sôme de quatre livres tournoizes pour ornements d'icelle confrairie » (1649).
Jusqu'au XVIIIe siècle, nous avons vu, souvent avec émotion, les documents de nos ancêtres refléter la grande foi du Moyen-Age. ( I ) Dans les contrats de mariage, on évoque les décisions des saints conciles et on stipule qu'on s'y conformera. Les actes d'émancipation rappellent l'autorité de Dieu, qu'on ne cessera de reconnaître dans la personne des parents. (2) Les testaments, en particulier, portent la vive empreinte de la religion. Quel acte de foi que cette formule redite par les siècles passés : « Au nom « de Dieu soict tout. Amen. Sachent tous, présent « et advenir, que... Marie de Carrère... considérant « que la mort est certaine et l'heure d'icelle incer- « taine... primo, s'est signée du vray signe de croix, « disant : In nomine Patris et Filii et Spiritus sancti ; « après a recommandé son âme à Dieu le Père tout- « puissant, à la benoiste Vierge Marie et à tous les « saints et saintes du paradis... veult lad testatrice
(1) Le 23 août 1784, les habitants de Ricaud, dans une pétition délibérée en corps de communauté, exposent à Mgr Gain de Montagnac « qu'ils sont souvent privés de Vêpres, et que les malades ne reçoivent pas les exhortations si nécessaires dans les derniers quarts cf heures de la vie. » Etude Lavantes.
(2) Les sentences inscrites par les notaires en tète de divers registres, témoignent aussi de leurs sentiments de foi chrétienne. Registre de 1695 : « Non veni vocare iustos sed peccatores. Jésus, Maria, Joseph. » Traine- ^aygues, notaire. — Reg. de 1606: « Hcec sunt verba Christi : Nisi peenitentiam egerimus, omnes simul peribimus. » Id . — Reg. de 1070 : «Jésus, Marie^ Joseph. Dieu soit loué et la Vierge Marie. » Ducasse, notaire. Voir Et. Lavantes.
« après que Dieu aura faict séparation de son âme et « de son corps estre preins des biens que Dieu luy a •:< donnés en ce monde la somme de septante et une
« livres » (1649). Suit un dispositif des plus
édifiants.
Et ce testament de Catherine de Rivière, dame d'Ozon, fait en 1553 : (ï) (< ..-Considérant que N.-S. « avant qu'il voulut soufrir mort et passion, ordonna « lui-même son testament... s'est garnie deu signau « de la vray crux, en disan : In nomine Patris... « lègue pour son âme et âmes de ses parents et amis « et aultres pour qui elle pourrait estre tenue la « somme de deux cent livres tournoizes pour célébra- « tion de messes... veult que le jour de sa sépulture « il soict distribué trente livres tournoizes pour les << pauvres et le jour de ses honneurs (bout du mois) « soixante livres, lègue au bassin corant de Mon- « sieur saint Michel ung petit escut, au bassin de « saint Pardupuy un demi escut, demande quatre ;< trentenaires de messes, deux trentenaires de « messes votives de saint Amadour, un trentenaire « de messes de requiem, un trentenaire de messes <t de nomine Jesu,... etc. »
Voici enfin, à une date plus reculée (1513), les dispositions testamentaires du dernier représentant des d'Ozon : «... Jehan de Ozon volen anar servir t lou rey de France contra sous ennemies... a faict « et ordenat son darrè testamen,... demanda perdou « de sous pecats,... volo eligir sépulture, quan l'âme
( 1 ) Auch A/s. 1 =; 123.
— IOO —
« sera separade de aquet corps, en la gleyse deud. « loc d'Ozon... per amor de Diu volen faussa bailla « y la gleyse mayor de Tarbe ung gros... lécha et « bailla a la obra de la iglesia deu loc d'Ozon la « somme de vingt escuts per réparation de lad. gleysa, « et pagara en detz ans... a la obra de Nostra-Dame « de l'Escaladiu ung escut,... volo que noble dame « de Blancaflor deu Garrané may deud. segnor sia « dôna mayor anxi que es en lo testamen de mossel « son pay que Diu perdonne,... etc. » (i)
La sépulture de Jehan d'Ozon dans la maison même de Dieu, ne constitue pas un fait isolé. Lr s siècles chrétiens avaient fait de nos églises comme autant de nécropoles. Parmi les familles d'Ozon qui eurent le privilège de la sépulture à l'église, citons : le seigneur, Bruzault, Serres, Porte Carreterou, Dabbadie chirurgien, Laens Toubeou, Nogué dit Parrou, Dufau Touni, Cabarrou, Capvern Arrivât, Capvern Gachiot, Laens Millassé, etc. C'est la foi religieuse qui avait inspiré à nos ancêtres d'établir le lieu de leur dormition aux alentours ou dans l'enceinte même de l'église, le plus près possible de l'autel, où se trouvent les reliques des saints, où s'offre chaque jour le sacrifice du divin pardon.
(1) Auch M5., 15 1 24.