‹ Au pays de l'Arros, Ozon; monographie paroissialeChapitre 25 sur 44 · CHAPITRE XVI Ecole et Régents · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI Ecole et Régents

L'ancien régime avait créé entre l'Eglise et l'Ecole des liens trop étroits pour qu'il ne soit pas naturel de placer ici les lignes consacrées à l'école d'Ozon.

Impossible de préciser l'époque de sa fondation, non plus que celle de la plupart des localités. D'après Bois et Durier, c'est au XVIe siècle « dans un accord passé le 18 octobre 1585 entre le prieur de Sarrancolin et le consuls de Sarrancolin, Ilhet, Camous et Ardengost, que se trouve la première mention de l'instruction appelée aujourd'hui primaire. (1) » Louis XIV, dans sa délibération du 13 décembre 1698, prescrit l'établissement de petites écoles : « Voulons que l'on établisse, autant qu'il « sera possible, des maîtres et des maîtresses dans « toutes les paroisses où il n'y en a point pour ins- « truire toits les enfants... pour apprendre à lire, « même à écrire. »

Bien plus, l'art. XXV de son Edit du mois d'avril 1695 rend l'école obligatoire : « ... enjoignons à « tous les pères, mères, tuteurs et personnes qui « sont chargées de l'éducation des enfants, de les « envoyer auxdites écoles et au catéchisme jusqu'à

(1) Cf. La Bigorrc et les Pyrénées, par L. Ricaud, p. 1 16.

« l'âge de 14 ans. » L'ancien régime n'aura donc laissé à nos modernes législateurs que l'invention de la laïcité ; car dans le Ve paragraphe de sa Déclaration de 1724, Louis XV « permet d'imposer les com- « munautés pour la somme qui manquera pour l'éta- « blissement des maîtres et maîtresses jusqu'à la « concurrence de cent cinquantes livres par an pour « les instituteurs, et cent livres pour les institu- « trices. »

Dans ce vallon de l'Arros et au loin dans les paroisses d'alentour, il est de rigueur que la nomination du régent soit soumise aux suffrages de la communauté. Ce mode d'investiture serait aujourd'hui d'application difficile, puisque les agitations politiques ont coupé en deux la plupart des communes de France. Mais alors l'unité de tendance et de sentiments régnait au sein de nos populations, et les documents nous les montrent dans l'exercice paisible et constant d'un droit maitenant réservé à l'Etat. D'ailleurs les délibérations relatives à ce choix prenaient dans leur pensée une grande importance. Le 6 février 1775, les nommés Porte Douaou, Pailhé, Bruzaut « sont policés de dix sols chacun pour avoir « manqué à la réunion », chargée d'arrêter le choix du maître d'école. — Essentiellement l'école doit être morale ; nos ancêtres ne trapsigèrent pas sur ce point : « pas d'école plutôt qu'une école peu édi- « fiante ou scandaleuse. » En 1774, la communauté de Bernadets trouvant douteuse la valeur morale i'un candidat, natif de Montréjeau, le repousse à

l'unanimité des suffrages. A Ozon, en 1766, la communauté « sur le bon et louable rapport qui a été « fait à l'assemblée des bonnes vie et mœurs et ca- « pacité du sieur Bernard Vernix, natif de Baignè- <r res..., le prend pour maître d'école », et lui alloue 60 livres. Il lui sera donné en outre une mesure de seigle par enfant (1). La même communauté d'Ozon délibère annuellement au sujet de son école; de 1774 à la Révolution, elle déclare, chaque fin d'année, que « satisfaite des capacités, bonnes vie et mœurs et as- « siduité de Jean Porte, maître d'école audit lieu, il « est continué encore pour un an pour régent dud. « lieu aux mêmes gages et conditions portées par la « délibération de l'année dernière. » (2)

C'est là que sont déterminés le taux et le mode de rétribution du maître d'école. En 1774, Jean Porte étant « nommé régent à la pluralité des voix, la corn- « munauté s'oblige de lui payer la somme de qua- « rante 'livres. Et en outre le père de chaque enfant « qui ira à son école, lui payera une mesure de « seigle, ledit seigle payable le 16 août prochain, et « lad. somme de ce jour en un an. Et fera led. Porte « la classe à l'alternative, savoir un matin à l'Orient « de l'Arros et le soir à l'Occident, et ensuite l'au- « tre matin à l'Occident de la rivière et le soir à l'O- « rient, et ainsi successivent chaque jour. » (2) A une date plus reculée, 9 juillet 1634, le nommé Larmond « s'oblige et promet tenir les escolles et

(1) Etude Garbarrot, reg. 1766 f° 118.

(2) Et. Gabarrot.

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« enseigner la iunesse et enfance de la ville de

« Tournay le mieuls qu'il luy sera possible

« moyennant lasôme de trente livres tournoisetdeux « charrettes de bois. (2) » On le voit, le crédit alloué au régent est bien modeste après le XVIe siècle. Il se relèvera insensiblement : la communauté d'Ozon en 1766 assure 5o livres à son régent, et elle décide qu'il lui sera donné en outre « une mesure « de seigle par enfant. »

Quant aux autres devoirs relevant de la charo-e du régent, il doit « s'obliger encore de faire le caté- « chisme aux enfants deux fois par semaine et d'aider à Messieurs le curé et vicaire dans tous les offices divins et administration des sacrements et de servir en qualité de secrétaire de la mairie pendant « l'année aux mêmes gages. »

Elle était donc laborieuse, autant que peu rétribuée, la journée de nos bons vieux régents. Mais, à exercer ces nobles fonctions ; à devenir l'aide du prêtre pour l'enseignement de la religion, à participer régulièrement au chant liturgique, le maître d'école, l'homme public ne pouvait que se grandir dans la considération d'un peuple croyant. Le grand Charlemagne ne se fit-il pas un honneur, à Aix-la-Chapelle, d'aller au lutrin chanter des psaumes ! Et le célèbre Gladstonne, jusqu'à son extrême viellesse, quittait Londres chaque samedi soir afin

(2) Une école gratuite sera fondée à Tournay en 104-, par Bernard Santarronian, ancien curé de Buzon.

de pouvoir, le dimanche, prendre part aux offices de sa paroisse.

Le régent Porte a le privilège de fournir une carrière de plus de quarante ans, et nous voyons la population le tenir en estime. Voici le témoignage que lui décernera en 1813 le conseil municipal d'Ozon : « Considérant que le sieur Jean Porte n'a ja- « mais donné aucun motif de plainte pendant l'es- « pace de quarante ans qu'il y élève la jeunesse ; « que ne pas le maintenir dans les fonctions d'insti- « tuteur serait une ingratitude marquée ; qu'à une « longue expérience, à des lumières bien au-dessus « de sa place, il réunit un zèle très louable ainsi « qu'une conduite morale et chrétienne qui ne s'est «, jamais démentie, « Arrête :

« Monsieur Eliçagaraï, recteur de l'académie de « Pau, est et demeure supplié de pourvoir « le sieur Porte Jean d'un diplôme d'instituteur « pour la commune d'Ozon ». Mais tout arbre a son ombre ; et nous constaterons que le conseil municipal de 1813 n'était pas en droit de décerner un éloge sans restriction.

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