‹ Au pays de l'Arros, Ozon; monographie paroissialeChapitre 38 sur 44 · CHÂTELAINS · texte numérisé non relu

CHÂTELAINS

L'étude successive des temps qui précèdent la Révolution et du siècle qui la suit, dégage, au sujet des maîtres du château d'Ozon, une conclusion caractéristique : c'est que les rapports des seigneurs avec les habitants résultent plus particulièrement de l'exercice des anciens droits et privilèges, 11 tandis que les châtelains modernes ne tiennent au peuple que par les liens du dévouement et de la charité. De quelque nom qu'ils s'appellent, ces derniers, depuis un siècle, justifient la parole d'éloge, dont un apologiste a salué la mémoire d'Alphonse d'Exéa et de son épouse, Marguerite de Roquette-Buisson : «Bons et bienfaisants, ils l'étaient par nature et aussi par sentiment chrétien. » J'ai voulu, interrogeant tour à tour les procès-verbaux, de la Fabrique et les témoins survivants, consigner sur un registre paroissial les principales largesses, dont les châtelains dotèrent l'église d'Ozon : l'énumération en est longue,

(i) Il est juste de noter ici que, d'après l'état civil d'Ozon et de Tournay, les seigneurs surent allier à l'exercice de leurs privilèges des procédés de délicate attention. Il n'est pas rare, sous l'ancien régime, que le seigneur et la dame d'Ozon présentent aux fonts baptismaux les enfants du peuple, contractant par cette parenté spirituelle une obligation plus étroite de protection et d'attachement.

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quoique très incomplète. Mais ce que tous les habitants, sans acception d'opinion, se plaisent en outre à proclamer, c'est que le châtelain moderne d'Ozon se montre constamment le père du pauvre et le protecteur de l'ouvrier ; c'est que, dans la paroisse, on les a vus soulager l'infortune sous toutes les formes, vérifiant à la lettre la parole de l'Evangile, qui nous prescrit « de nourrir et de consoler, de revêtir et de loger » Jésus-Christ dans la personne du pauvre et du malheureux, (i) Aux jours de deuil du château, nous les avons vus, ces deshérités de la fortune, redire avec tristesse l'étendue du malheur qui les frappait, et verser d'abontantes larmes sur le cercueil de leurs bienfaiteurs.

Sïarïc «le I^assus i8c ^t-dicniès, seigneuresse d'Ozon, dès le 15 novembre 1778, et dont il a été déjà parlé. Nous n'avons pas retrouvé au château les « papiers et documents » se rapportant à la maison de Lassus. Ils furent réclamés à Marie de St-Pastou par un membre de la famille, « qui y attachait beaucoup de prix. » (2)

Mais nous apprenons de l'Histoire du Languedoc que les Lassus comptèrent plusieurs ancêtres dans les rangs élevés de la magistrature et de la hiérarchie ecclésiastique. En 1747, un Marc-François de Lassus achète pour treize mille cinq cents livres le domaine de Montréjeau. (3)

(1) Math. XXV. 3^-36.

(2) Lettre de la baronne de Lassus. — arch. du château,

(3) Mémoires d'i/Jntras, p. 206-207.

Marie de Lassus, a)^ant à ses côtés sa sœur et sa nièce, Pétronille et Marie Justine de Beaumont, réside au château durant les jours les plus troublés de la Révolution, et, avec elles, y observe la loi du 6 germinal, an II, rendue contre les émigrés. Toutes trois, cependant, y vivent dans la tristesse et le chagrin. D'abord l'administration révolutionnaire du département, devant laquelle M. de Beaumont vient plaider lui-même la cause de sa femme et de sa bellesœur, se montre particulièrement dure au sujet des taxes, impositions et contribution patriotique réclamées du château d'Ozon (i). En 1794, M. de Beaumont qu'une affaire de famille urgente avait appelé à Coutances, n'arrive dans cette ville que pour y payer un affreux tribut aux fureurs révolutionnaires (2). Jeté en prison comme suspect, il y endure la longue épreuve de cent jours de captivité (3). Enfin le brigandage commis au château d'Ozon devait bientôt mettre le comble à tant de douleur.

(1) <i J'ai été bien mécontent de nos administrateurs, excepte de Lafeuillade ; ils étaient extrêmement acharnés contre nous. J'ai eu beau protester : « bah! bah! disaient-ils, on n'en convient jamais. » J'ai souffert en cette indigne séance tout ce qu'on peut souffrir. » Lettre de M. de Beaumont a sa Jille. — Arch. du château.

(2) « Ma chère Justine, je t'ai fait deux fois mes adieux, et c'est miracle si je vis encore. Le 21 pluviôse, comme je sortais de notre municipalité vers neuf heures un quart, j'entendis des cris et beaucoup de bruit en passant devant la prison, et par deux fois j'essuyai des coups de feu )) id. — ibid.

(3) « Je m'arrache aux embrassements de mes concitoyens, ma chère fille, pour vous apprendre que je suis libre ! Votre malheureux père a gémi pendant cent jours dans une maison d'arrêt. 11 devait périr sous la hache de Robespierre... » Lettre du 25 vendémiaire, an III. — ibid.

Encore cet événement ne peut-il être rapporté à M. de Beaumont que dans des termes discrets, les lettres étant décachetées par l'administration (i).

L'établissement à Ozon de la famille de Lassus aura été pour la paroisse un bienfait du ciel. C'est la nièce propre de Marie de Lassus, Marie-Justine, qui, de concert avec son mari Hyacinthe de St-Pastou, fonde en 1834 notre école congréganiste.

llyaciutkc de St-lBast©u. — La famille de St-Pastou compte parmi les plus anciennes de la Bigorre. D'après l'arbre généalogique dressé par M. Jean Bourdette (2), douze générations, comme autant d'anneaux soudés, rattachaient le jeune châtelain d'Ozon à un ancêtre du XIVe siècle : Arnaud-Guillaume Ier de St-Pastou, seigneur de St-Ferréol et de Bonrepos. (1366-1391.) Hyacinthe, né en 1771, était fils de Nicolas de St-Pastou, capitaine au régiment d'Eu, chevalier de St-Louis, et de Madeleine de Carrère (3) qui avait apporté en mariage la terre

(1) « La punition de quelques-uns des brigands qui ont violé l'asile de ta tante, outragé sa personne et pillé sa maison, est un soulagement pour les gens de bien. Il faut espérer que les autres auront leur tour. » Lettre du 16 Ventôse, an VI. — Mais nous avons dit que les arrestations ne furent pas maintenues. « Si tout cela finissait par l'impunité des coupables, ce malheur qui en serait un pour la société, augmenterait mon chagrin... 11 me tarde de vous savoir à Toulouse, loin des brigands et de leurs protecteurs aussi scélérats et plus dangereux qu'eux-mêmes. » Lettre de Vendémiaire, an VI, ci Justine de Beaumont,

(2) Notice sur les seigneurs d'Ourout. — Toulouse. — Privât. 1900.

(3) Madeleine de Carrère, à la suite d'une accusation calomnieuse, avait vu en 1793 tous ses biens de Tillac mis sous séquestre par le district de Mirande. En 1794, une nouvelle délation la fait écrouer par Monestier à la prison de Tarbes. Son crime est d'avoir blâmé les parents

d'Ourout ; il hérita de tous leurs biens. - Un Gabriel de St-Pastou, frère de Nicolas, fut l'auteur des St-Pastou de Vie.

Le 30 novembre 1805, Hyacinthe de St-Pastou épouse Marguerite-Pétronille-Marie-Justine Frémin de Beaumont, fille de Nicolas Frémin de Beaumont, membre du Corps législatif, et de Pétronille de Lassus de St-Géniès, et nièce et héritière de Marie de Lassus, châtelaine d'Ozon (1). Deux enfants naissent de cette union : Philippe qui ne contracte pas mariage ; Marie alliée à Maxime de Roquette- Buisson.

Les paroisses d'Argelès, Ozon, Tarabel ont particulièrement éprouvé la bienfaisance chrétienne de la famille de St-Pastou. Elle encouragea aussi l'œuvre

qui acceptaient pour leurs enfants les secours accordés pas la loi. Mais « considérant que jusqu'à ce jour la citoyenne Carrère ne s'est pas rendue coupable d'incivisme ; que ces propos peuvent, d'ailleurs, être attribués à la légèreté naturelle à son sexe ; qu'elle aura dû faire de mûres réflexions pendant sa détention », le comité révolutionnaire, dans sa séance du 5 vendémiaire, an III, ordonne sa mise en liberté. Extrait des délibérations du Comité révolutionnaire. — Arch. du château.

(1) La bénédiction nuptiale est donnée dans l'église de Villembits, par M. Cizos, curé de Trie. Ont signé l'acte de mariage : Marc St-Pastou, Lassus Marcilly, Justine Lassus, Dr Lousteau, Carrère St-Pastou, Palats, Lesage, Nicolas Lassus St-Geniès, Cizos, Maumus desservant de Villembits. Registre de l'église de Villembits.

Dès le XVIIe siècle, et comme pour présager l'union plus étroite de 180=;, des rapports d'amitié s'étaient établis entre les ancêtres des deux contractants. « Une des choses que je chéris le plus est l'honneur de votre amitié. Vous êtes la personne du monde pour qui j'ai le plus d'estime. » — « Le prêtre Laignerot, de Limoges, vous supplie très humblement, Monsieur, vous donner la peine de faire vérifier son brevet à Messieurs les moines de Sl-Savin et vous accorder avec eux » Lettres du marquis de St-Geniès au S%c d'Ourout. 1 650-1 651. Arcb. du château .

des vocations religieuses et sacerdotales. Le grandséminaire de Tarbes put inscrire au nombre de ses premiers bienfaiteurs Hyacinthe de St-Pastou et Marie-Justine de Beaumont, sa digne épouse.

On peut voir sous le portique de la chapelle, leurs noms gravés sur le marbre.

Comte Maxime de Roque tte-lluissoiz. — Les de Roquette, d'origine languedocienne, furent longtemps illustres dans l'Ordre de Malte et plusieurs fois investis du capitoulat. Le siège épiscopal d'Autun, de 1666 à 1703, est occupé par un Gabriel de Roquette. Un autre ancêtre, Emmanuel de Roquette, abbé de St-Gildas, devient membre de l'Académie française.

D'après V Armoriai de la noblesse du Languedoc, « un François de Roquette, seigneur de Magrins, épouse le 22 octobre 1623 Jeanne de Buisson, dame de Varaigues, Cailhavel et Boussenac, à la charge de faire relever les nom et armes de Buisson par le Ier mâle qui naîtrait de cette union. » D'où, à dater de ce jour, le nom de Roquette-Buisson.

Maxime de Roquette-Buisson était né à Toulouse, le 2 mai 1799. Son père, Anne-Antoine de Roquette- Buisson, fit partie de la Chambre des Députés sous la Restauration et jusqu'en 1830 : il siégeait à droite et défendait la politique de M. de Villèle, dont il fut l'ami particulier. La mère de Maxime était fille du marquis de Souillac.

Maxime de Roquette-Buisson, licencié en droit, avocat, entre dans la magistrature sous la direction

du premier président Séguier, est nommé substitut du procureur du roi au tribunal d'Etampes en 1824, et, en 1827, procureur du roi à St-Gaudens. Inébranlable dans ses convictions politiques, on le voit, en 1830 quitter la magistrature au grand regret et malgré l'insistance de ses collègues, qui lui donnent en cette circonstance des marques de haute estime. Il s'applique, dans sa retraite prématurée, à l'étude des questions d'économie politique agricole, et publie plusieurs travaux du plus haut intérêt ; il se dévoue au relèvement moral et matériel des classes souffrantes, fonde des établissements d'instruction gratuite, est nommé vice-président de la Société d'Agriculture de la Haute-Garonne et administrateur des hospices de Toulouse (1), Membre du Conseil Général de la Haute-Garonne pour le canton d'Auterive, après la révolution de 1848, ses compatriotes, en mai 1849, le portent à la députation par 57.311 voix, et à une majorité de plus de 24.000 suffrages. Il siégea au côté droit de l'Assemblée, et ses votes, comme ses discours, s'inspirèrent invariablement de ses principes religieux et politiques.

Les lettres, d'un si haut intérêt, qu'il adresse de Paris à sa noble et digne épouse, sont pieusement conservées par ses descendants. Plusieurs furent écrites au sortir des grandes séances où s'était élevée la voix des Montalembert et des Jules Favre, des Berryer, des Dupin, des Odilon Barrot : elles

(1) Biographies et Nécrologies des hommes marquants, t. VI, p. 138.

portent l'impression d'une âme encore frissonnante (i).

L'heure n'est pas encore venue de publier intégralement une correspondance où se trouvent exposés, à côté des idées générales et des événements de la politique, les détails de l'intimité familiale. Mais les générations à venir livreront au pays une partie de ce précieux dépôt.

Après 1852, M. de Roquette-Buisson rentre définitivement dans la vie privée, mais c'est pour y continuer le bien sous des formes multiples : et comme membre de la commission administrative des hospices de Toulouse, de la commission de surveillance du- Mont-de-Piété, de la commission de Y Institut des Aveugles, et comme membre du Conseil Général pour le canton de Lanta. Pendant la grande inondation de 1875, l'hôpital de Toulouse fut grandement menacé par la crue de la Garonne. M. de Roquette- Buisson y demeure trois jours, relevant par son courage l'énergie de tous et distribuant de ses propres fonds des aumônes considérables, dont il n'a jamais

(1) « Nous venons d'entendre sur l'affaire de Rome un beau discours de M. Odilon Barrot. Les magnifiques paroles du général Changarnier ont électrisé l'Assemblée. Cette affaire de Rome va se terminer sans rompre la majorité, et même en la fortifiant. » — « Aujourd'hui j'ai pris la parole pour soutenir la réduction de l'indemnité des représentants. Mes raisons principales étaient : la nécessité des économies pour l'Etat, le grand avantage qu'il y aurait à prêcher d'exemple et le bien moral qui en résulterait pour les populations. » — II se répand en éloges « sur l'admirable discours de Berryer en réponse à Jules Favre qui demandait l'inamovibilité des desservants, discours qu'il faut lire et relire. On vient d'ouvrir à l'Assemblée même, une souscription puur le répandre dans le pays ». Lettres de M. de Roquette. 1 849-1 851. — Arch, du château.

voulu dire le chiffre. Le Gouvernement voulait le décorer pour sa belle conduite ; on ne réussit à lui faire accepter que la médaille d'or de sauvetage. — M. de Roquette-Buisson est mort en septembre 1882, au château de Tarabel (Haute-Garonne).

Le mariage de Maxime de Roquette-Buisson avec Marie de St-Pastou avait été contracté en 1835. Sont nés de cette alliance : Marie qui épouse, en novembre 1861, le vicomte Henry Raguet de Brancion, officier d'ordonnance de S. E. le maréchal Niel ; Georges, ancien préfet de Pau, actuellement trésorier-payeur général à Tarbes, qui contracte mariage, en 1861, avec Marguerite Fornerod ; il reçoit le château d'Ourout pour sa part d'héritage ; Marguerite à qui échoient le domaine et le château d'Ozon. En 1869, elle s'allie au comte Alphonse d'Exéa, qui suit.

Comte Alphonse «r&xéa. — Le berceau de ses ancêtres se trouve en Aragon, non loin de la frontière de Navarre, à Exea de los Caballeros (ou Egea, Ejea), autrefois capitale du Petit Etat des cinq villes. A la mort de Jean I, roi d'Aragon, trois frères : Pierre, Bernard et Jean d'Exéa passent les Pyrénées et embrassent la cause de Mathieu de Castelbon, comte de Foix, qui revendique la succession du droit de sa femme, fille aînée de Jean I. Ils s'établissent en Béarn, où un rameau subsistait encore au commencement du xvie siècle. Vers le milieu de la guerre de cent ans, en présence de l'épuisement des deux nations et pour arriver à une solution définitive, les rois de France et d'Angleterre décidèrent de

remettre le sort des provinces contestées entre les mains de leurs plus braves chevaliers, en nombre égal : sept français et sept anglais. C'est un chevalier de Bigorre, le seigneur de Barbazan, qui fut le « mestre de camp français ». Le combat eut lieu en champ clos, le 18 mai 1402, à Pons en Saintonge. Les sept anglais furent tués ; des français, deux seuls survécurent, dont Pierre d'Exéa. C'est à la suite de ce combat que l'on ajouta aux anciennes armes un écusson de sable chargé d'un champ clos d?or, avec la devise : Exea Britannos clanso certamine vieil ; Exéa fut vainqueur des Anglais en champ clos. Les Anglais après leur défaite se refusèrent à reconnaître le bien jugé de la cause. (1)

L'attrait militaire, jusqu'à ce jour, est de tradition constante dans la famille d'Exéa, et plusieurs, à l'heure présente, occupent un rang de distinction dans l'armée française. Dans la dernière guerre franco-allemande, on crut un instant que la vaillance d'un d'Exéa allait faire revivre, à la gloire de la France, la célèbre journée du 18 mai 1402. Ecoutons ce récit d'un compagnon d'armes : « En 1870, alors que nos escadrons n'étaient plus considérés que comme viande de résistance éventuelle, un homme s'est renconté qui regarda plus haut que les autres et comprit quel grand rôle pouvait jouer la cavalerie dans une place investie. A nos visites officielles, vous avez rencontré cette gloire modeste, recueillie dans son grand âge ; et, comme toute la ville, empoi-

(1) Communication de M. le vicomte Pierre d'Exéa.

gnés par l'influx du commandement qui semblait frisonner encore aux plumes blanches de son chapeau de guerre, vous vous êtes inclinés sans bien savoir qui passait par là ; cet homme, c'est le général d'Exéa. (i) Il ne doutait de rien : quand même, comme Renaud de l'arrière-garde, son ami, comme Ducros, son élève. Un jour il nous dit dans la chapelle de Vincennes, où tous les officiers de sa division de cavalerie se trouvaient réunis par son ordre : « Dans deux heures, à cheval, Messieurs ! Nous allons enlever le roi de Prusse à Ferrières ; j'en ai obtenu l'autorisation du gouvernement. Nous nous rabattrons sans doute sur Orléans. * Nous montions à cheval quand arriva le contr'ordre. Et voilà comment on manque une page d'histoire. Il n'y avait en effet que deux régiments de cuirassiers à la garde de sa Majesté ; nos rapports nous l'ont dit depuis. Et, pour comble de regrets, la première armée de la Loire enlevait Orléans le lendemain... Si, pour des motifs que nous ignorons, on n'avait pas entravé l'initiative du général d'Exéa, il est probable que sa cavalerie aurait enlevé l'empereur d'Allemagne. Nous n'avons pas à insister sur les conséquences certaines de ce hardi coup de main. » (2)

Presque à la même date et non loin d'Etrepagny, le comte Alphonse d'Exéa, capitaine des mobiles,

(1) Le général d'Exéa est décédé le 9 février 1902, dans son château de Ladevèze (Hérault) à l'âge de 95 ans.

(2) Conférence d'Augier d'Ivry, chef d'escadron, sur le rôle de la

cavalerie en temps de guerre.

un jour que les hasards de la guerre l'ont transformé en chef de bataillon, enlève deux canons aux Prussiens et les chasse de leurs positions.

La famille d'Exéa s'était fixée dans le pays de Narbonne en 1492. A son retour de l'émigration, en 1800, le grand père d'Alphonse vendit ses terres de Coursan et acquit dans la commune de Lézignan (Aude), à 5 kilom. de la ville, le vaste domaine de Cérame. Cérame, pays essentiellement vinicole, est aujourd'hui la propriété de M. le marquis Gonzalve d'Exéa. La Boulandière, quartier contigu à celui de Cérame, fut constituée au comte Alphonse d'Exéa dans son contrat de mariage.

Les suffrages des électeurs d'Ozon avaient appelé le comte d'Exéa à la direction des affaires communales. De lui, comme d'Hyacinthe de St-Pastou, on peut dire qu'il honora la magistrature municipale plus qu'il n'en fut honoré, et que, s'il en accepta la fonction, ce fut pour montrer comment on doit l'exercer : toujours pour l'avantage religieux et temporel de ses administrés, jamais à son profit particulier. Le budget communal s'étant trouvé un jour en déficit, on vit M. d'Exéa en rétablir aussitôt l'équilibre par l'annonce d'un don anonyme. C'est lui qui a doté la commune de l'horloge actuelle, sortie des ateliers Lussault à Marçay (Vienne).

Alphonse d'Exéa et Marguerite de Roquette- Buisson, unis en janvier 1869, procréent plusieurs enfants : Guilhemette, décédée en 1892 ; Bernard, décédé en 1887 ; François, sous-lieutenant au 20 cui-

rassiers ; André, décédé en 1892 ; Marie, alliée à M. le vicomte Pierre d'Exéa en juin 1900; Germaine, décédée en 1902, Michel, Noèmie.

Auprès des tombes où reposaient leurs enfants adorés, fauchés au printemps de la vie, nous avons vu s'ouvrir prématurément la tombe de M. le Comte en 1896, et, en 1899, celle de Mme la Comtesse. Mais tous ces monuments tumulaires, si expressifs dans leur simplicité, ne sauraient se recouvrir de l'herbe de l'oubli. Vivants ou décédés, la mémoire bénie des d'Exéa suscite un culte reconnaissant, et leur Œuvre par excellence, qui fut d'abord l'œuvre des Roquette et des St-Pastou, assure de la part des Filles de la Croix un tribut fidèle et la prière de chaque jour.

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