CHAPITRE V
Ozon féodal. — Biens nobles.
Biens de la communauté.
Biens ruraux.
A qui appartiennent les biens fonciers compris dans les limites territoriales d'Ozon ? Observons d'abord que dès les premiers temps de la féodalité, toute terre fut érigée en fief. « Pas de terre sans seigneur, » voilà l'axiome féodal.
C'est que nos premiers rois, pour récompenser le dévouement de leurs capitaines, leur abandonnèrent souvent une partie des terres conquises. C'est là le point de départ du fief. Ce don royal, jusques vers la fin de la seconde race, eut pour borne la durée de la vie du cessionnaire, et il était révocable en cas d'infidélité. On lit en effet dans le diplôme de concession faite par Thierry III en 676 : « Ceux-là per- « dent à bon droit leurs terres, qui sont convaincus « d'infidélité envers ceux dont ils les tiennent.» Mais dans le désordre des temps qui suivirent l'invasion et en dépit de la résistance des rois, l'hérédité féodale au xe siècle se trouve érigée en droit.
Le capitaine ou grand seigneur à qui un pays avait été dévolu, pouvait à son tour inféoder, c'està-dire concéder à un autre seigneur, à titre de fief
inférieur, quelque portion de son fief: tel le cas d'Ozon, fief mouvant du comte de Bigorre. Entre le futur seigneur d'Ozon et le comte, des obligations réciproques furent consenties au jour de V investiture ou saisine, dans la cérémonie dite de Vhommage. Le suzerain abandonnait au vassal la souveraineté et la propriété de sa terre d'Ozon, et lui promettait protection et bonne justice ; le vassal, de son côté, à genoux devant le suzerain, les mains dans ses mains, jurait dévouement et fidélité, et prenait des engagements précis, comme de renouveler l'hommage, de solder les redevances stipulées, de fournir l'host et cavalcade : « lou senhor d'Ozon es tengut de pagar « cascun an au comte xxn sols, vi dines morlas (i).»
« Iten que son tenguts de fer au comte host et « cavalgade, per quan son mandats (2). » Si donc l'imposition en argent est limitée, le service militaire ou Y host et cavalgade est exigible à la volonté du comte. N'oublions pas cependant que le vieux for de Bigorre ne lui permettait de faire marcher les personnes libres qu'en cas d'invasion étrangère, de siège de son camp ou d'une guerre déclarée.
Devenu propriétaire du fief d'Ozon, le seigneur de ce nom peut à son tour disposer des terres de son fief. Il en fait les trois parts suivantes : i° la terre noble pour laquelle il doit l'hommage, qui demeure
(1) « Auger d'Ozon, damoiseau, est tenu de payer pour son territoire de Bru 9 sols et 8 deniers morlaas, et pour sa terre de Castéra, 2 sols. » {Débita régi Navarrœ) .
(2) Censier de l'an 1420. 3
sa propriété directe et qu'il exploitera à son gré ; 2° les biens ruraux concédés par affiévement à des particuliers. Ceux-ci deviennent vassaux du seigneur, comme il est lui-même vassal de son suzerain, vrais propriétaires à leur tour, mais obligés à certains droits féodaux, tels que ceux de cens ou rentes seigneuriales, de reconnaissance ou aveu, etc. L'aveu ou reconnaissance des premières obligations consenties envers le seigneur dans le premier contrat, devait être renouvelé tous les quarante ans sous peine de prescription. On pourrait l'assimiler au privilège hypothécaire qui affecte la propriété moderne, sauf prescription décennale ou main levée ; 3° une troisième partie fut abandonnée à la communauté, sous réserve de certains droits, à l'époque imprécise de l'organisation de la commune.
Voici, d'après des documents qui se complètent et se corroborent, ce que nous savons de la qualité de ces biens et de leurs revenus.