LETTRE DU CAPITA1NE X
Vedileur, en menvoyant une dpreuve du livre An pays de I'Harmonie, me demande si je eeu.r aj outer quelqiies mots en tele de cet ouvrage.
Certainement. — Je liens a expliquer comment jo me sais trotter malgre moi me*le a la publication
tie ce Here.
J'habite VAlgerie. Un jour, mon cuisinier indigene, qui avail achete ties pit/ eons tues par un Amite, m'apporta un petit rouleau t/tti se Iroueoii sous I' (tile d'nn des pigeons. Je I'ouvris et aperens sons I'enveloppe exterieure nne bande portant ees mots : (( Priere a la personne qui trouvera cet
,'iui </r le /Hire parvenir a MM , editeurs,
suns Vouvrir davantage. »
C'cst ce que je /is, pensant qxCil s'agissait de documents scientifiques. Certes si j'avais pit me ilouier tin contenu tie ce rouleau, je ne Vaurais
petil-elre juts fait pureenir it destination.
Mais le nutl est fait, et com me je n't/ ai conirilmi que dune f agon tout a fait inconsciente, je tlrsire garder Vincognito et compte absolument a tf snjri sue la bonne foi de MM... pour le respecter.
\..., capitaine en retraite.
Au Pays de FH'armonie
i.ivki: i
J'ai trente ;ms el vingt-cinq mille francs de rente. Apres avoir roule ma bosse dans les cinq parties du monde, apres avoir fail beaucoup de sporl el avoir beaucoup Unit'1 avec des Americaines el des Anglaises, je m'etais arrange une petite vie tresagreable <mi France. L'ete, je faisais du tourisme automobile avec une vingt-quatre chevauxqui marchaii a ravir; et, I'hiver, je faisais la ffite. J'etais parfaitemenl heureux ;e1 je m'aper- Qois maintenant que j'etais tres intelligent, car I'homme le plus intelligent esf celui qui saii etre heureux.
J'auraispu continuer a jouirde I'existence el a mener une vie a la fois inutile el charmante, si je a'avais paseu la malencontreuse idee d'ecouter les conseils de gens bieo pensants, qui m'ont reproche niiin inaction.
D'apres eux, I'homme qui ne fail rien esl destine ii etre un jour ou I'autre tres malheureux. Toujours d'apres eux, I'homme doil chercher .:i devenir cel&bre ou toul an moins a se creer une
2 AU PAYS DE L HAIWONTf:
belle position reconnue. C'esl pourquoije mesuis creuse la cervelle pour faire quelque chose.
Apres avoir tourne el retourne clans inn Icte mille projets irrealisables, je me suis dit que la meilleure chose a faire 6tait de trouver une belle invention. 11 nest pas necessaire pourgagner de I'argent d'inventer quelque chose de Ires complique; il faut surtout avoir de la chance. Ainsi I'homme qui a en I'idee de mettre de la gomme a effacer au bout dun crayon a, parait-il, gagne cinquante millions. Dans tons les pays du monde les ecoliers se servent d'un crayon avec do la gommeaubout, et je ne pouvais m'empecher de regretter que cette invention ait deja ete faite, car il me semblait que j'aurais pu avoir moi-meme cette idee et dc ce fait devenir Ires riche.
J'avais a cette epoque un gramophone, variete de phonographe, qui m'amusait beaucoup, et je m'etais souvenl dit que si on pouvait ameliorer eel instrument, supprimerlesgrincements, etdonner pins d'ampleur et de veloute au son, le pho- QOgraphe pourrait devenir vraiment artistique el interessanl .
Tout a t';iit par hasard, je lus dans un journal scientifique la description d'un nouvel appareil1 invente par un professeur etranger, a I'aide duquel on enregistrait les sons par des courants magnetiques. Je ne me lancerai pas ici dans la description compliquee de cet appareil, d'autanl pins que j';ii hate d'arriver a mes aventures personnelles ; mais enfin dans eel appareil il ne pou-