‹ Au pays de l'ombreChapitre 10 sur 71 · MES TROUBLES COMMENCENT · texte numérisé non relu

MES TROUBLES COMMENCENT

je lui parlai de l'homme <[ui avait une collerette en volants autour du cou, ce qui lui donnait l’air d’avoir la tête posée sur une assiette ; des dames en rohes de soie, avec leurs cheveux poudrés, de leurs volants, leurs falbalas, de leurs manières curieuses. Je lui racontai tout... et mon chagrin de ne pas être écoutée..., et combien cela était terrible d’être soupçonnée de fausseté...

— Mais cela est vrai, ajoutai-je, chaque mol est vrai : ils sont là et je les vois. Je ne dis pas de mensonges.

— Oui, dit le docteur. Je vous crois, et je ne pense pas que vous disiez de mensonges.

Oh ! comme mon cœur bondit à ces paroles et alla vers cet homme qui me croyait sincère.

— Oui, je crois que vous voyez des choses que les autres ne voient pas ; j’ai connu des personnes qui vous ressemblaient, qui voyaient des hommes, des femmes et des animaux, en réalité n’existant pas. Mais ces personnes étaient folles. Elles persistaient à voir des ombres se mouvoir autour d'elles, des vieillards ou des femmes les guettant dans des coins. Elles avaient commencé par voir une chose, puis une autre; puis elles sont devenues dangereuses, et il nous a fallu les envoyer dans des asiles de fous pour y être soignées.

il me sembla que ces paroles figeaient le sang dans mes veines. Je ne pouvais (pie rester immobile dans un silence plein d’horreur. Que voulait dire tout ceci ? Était-ce là le secret de ce merveilleux Monde

AIT PAYS DK L’OMimK

de rêves dans lequel j’avais passé de si belles heures? Mes amis-fantômes n’élaienl-ils pas là? Avaient-ils donc raison ceux qui me disaient que mes fantômes n’existaient pas et que je me trompais?

Je les voyais —- en cela je ne me trompais pas ; — mais si vraiment ils n’existaient pas, et si je voyais quelque chose if ayant pas d’existence; il était clair que je fusse anormale.

Je n’avais jamais pensé à cela auparavant, mais maintenant — l’horrible pensée 1 — j allais devenir folle 1

Tout le jour et la nuit je souffris les tourments. Ktre folle, que signifiait être folle? Je songeais a toutes les horribles choses que j avais entendues; aux crimes commis par des maniaques, aux horreurs des maisons de fous, aux chambres matelassées, aux fers, aux camisoles de force;... et je tremblais de peur, et je priais Dieu presque frénétiquement d’être préservée de la folie.

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