‹ Au pays de l'ombreChapitre 9 sur 71 · MES TR OUBLIAS COMMENCENT · texte numérisé non relu

MES TR OUBLIAS COMMENCENT

— Silence ! méchante fille ! Ne me parle plus jamais de choses pareilles. J'entends assez parler de tes faussetés par les autres. Reprends ton ouvrage.

Je l’avais laissé tomber dans ma frayeur, lorsque la voix de ma mère m’avait tirée de mon rêve.

— Si tu lèves les yeux avant que ton ouvrage soit fini, et si Lu regardes encore dans ceLtedirection, je Le donnerai un soufflet soigné, et je verrai bien si cela ne te rafraîchit pas la mémoire.

Elle était vraiment fâchée, à présent; et tremblante je repris mon ouvrage et nie remis silencieusement à coudre.

O mère Eve ! je me le demande : Si vous aviez su quel legs vous laissiez à vos filles, cette connaissance n’eût-elle pas arrête votre main au moment de saisir le fruit défendu ? Quel désir indomptable n'avons-nous pas hérité de faire précisément la chose qui nous a été défendue! Je n’avais nul besoin de lever les yeux de dessus mon ouvrage; on réalité je désirais obéir, mais quelquefois la tentation de voir si le tricot progressait el si la vieille dame comprenait ce qui se passait entre ma mère et moi, cette tentation était trop forte... Je regardais dans la direction défendue, et aussitôt la menace s'accomplissait, et un soufllel cuisant me rappelait au sentiment de ma désobéissance.

Je savais le mériter, mais cela ne changeait point tes choses, et je pleurais et sanglotais amè rement, sans pouvoir m'arrêter, lorsque je vis en-

trcr le docteur, que ma mère attendait ce jour-la.

Je m'enfuis et j'allai m’asseoir dans I escalier ; et là, inc couvrant la ligure de mes mains, je pleurai de chagrin et de honte.

Au bout d’un certain temps, la porte se rouvrit, et on m’appela. Ravalant mes larmes, j’entrai dans la chambre. Ma mère, toujours assise sur sa chaise basse, semblait troublée et fâchée. Le docteur faisait les cent pas dans la chambre. Lorsque j’entrai, il s’assit, et m’attirant parla main il me la caressa amicalement et me dit avec bonté :

— Je suis fâche de vous voir pleurer ; mais vous savez que votre maman est soulïranle, Jet vous devriez essayer de la contenter au lieu de la peiner autant. Kacontez-moi donc toute cette histoire; c’est-à-dire que vous voyez des choses que tout le monde ne voit pas, des vieilles dames qui tricotent, etc. Qu’est-ce que cela veut dire ? l'arlezm’en.

U me regardait avec bonté et sympathie, me caressant les mains, essuyant les larmes qui ruisselaient de mes yeux et me poussant a parler.

Ceci m’encouragea; je lui racontai ce qu on appelait mes rêves et mes imaginations, ces choses qui étaient pour moi des réalités. Je lui parlai de mes amis-fantômes, nos hôtes journaliers ; de la vieille dame qui travaillait avec tant d habileté et me regardait si genliment; du monsieur bien mis, aux cheveux longs et bouclés, au chapeau a plumes, avec une épée pendue au côté et des éperons a ses talons,

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