‹ Au pays de l'ombreChapitre 19 sur 71 · DR NOUVEAU MRS FANTOMES · texte numérisé non relu

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liantes, des boîtes à musique voltigeant dans l'air, des médiums parlant en état de transe, je pensai, certes, qu’elle avait le droit de se plaindre, et je m’étonnai beaucoup qu'un homme de bon sens pût momentanément se complaire à ces vulgaires exhibitions de jongleurs.

Cueillant la première occasion de raisonner avec lui à ce sujette fus surprise de le voir traiter avec sérieux de ces absurdités ; et mes accusations ne réussirent qu’à provoquer des dissertations sur les hypothèses spirites, et des descriptions de ces manifestations. Fâchée el ennuyée tout à la fois de cette crédulité facile, je mis en avant chaque argument qui me vint à l’idée pour lui montrer combien les idées spiritualistes étaient absurdes, combien toutes les manifestations dont il parlait pouvaient être facilement imitées dans l’obscurité qu’il déclarait une condition nécessaire à leur production ; combien cela était ridicule de croire, avec un grain de bon sens, qu’une table pût se promener toute seule dans la chambre et répondre intelligemment à des questions.

La seule réponse à ma lirade fut une invitation à essayer et à voir par moi-méme, ce que je déclinai avec promptitude.

Je ne croyais pas qu’il y eût aucune vérité dans ce qu’il affirmait au sujet d’objets se mouvant d’euxmêmes. Et si cela était vrai, c’était blâmable. Avec cette conclusion logique, je refusai de poursuivre la discussion.

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].es jours suivants,mes pensées se reportèrent souvent sur l’étrange crédulité de mon ami, crédulité qui ne m’avait pas faiblement peinée et déçue.

Depuis le temps où nous nous rencontrions à l’école du dimanche, j’avais toujours eu un sincère respect pour sa droiture intelligente,son caractère honorable, épris de vérité, son jugement calme et froid et sa force de raisonnement ; toutes choses qui faisaient rechercher et apprécier son opinion dans les questions générales. Qu’il eût, pour un moment, pensé sérieusement à un tel sujet, cela m’affectait péniblement, et j’essayais de trouver des arguments à lui donner sur cette question, lorsque je le reverrais de nouveau.

Plus j’y songeais, plus je prévoyais la désillusion terrible pour lui, et plus je trouvais nécessaire de l’en convaincre.

A la prochaine invitation « d’essayer et de voir par moi-méme, » je vainquis mon aversion, et je consentis, en la société de deux ou trois personnes, à placer mes mains sur une petite table. Elles croyaient évidemment à une bonne plaisanterie et s’attendaient à rire; pour moi je ne pouvais y trouver aucun plaisir. Mais j’étais calme, persuadée que mes amis comprendraient l’absurdité de la chose, c’est-à-dire d’une table donnant quelque signe d’intelligence.

A ma grande surprise—peut-être à mon dégoût — il me seinblasenlircomme un mouvementproduitpar des vibrations à la surface de la table; ce mouvement

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se communiqua parlout graduellement el, devenant de plus en plus prononcé, finit par devenir un balancement régulier. En voyant cela, M. F. commença à poser des questions, disantà la table de frapper une fois du pied pourrépondre non, deux; fois pour incertain, trois fois pour oui. Différentes questions furent posées, auxquelles la table répondit avec plus ou moins de vérité; puis M. F. me dit :

— Qu’en pensez-vous, maintenant?

— « Jo pense que vous la poussez, » répliquai-je, et, au moment même où je parlais, la chaise sur laquelle j’élais assise se mita glisser à travers la chambre et se hissa sur le sofa. Je sautai à bas, et, moitié grondant moitié riant, j’accusai M. F. d’employer la violence ou le magnétisme, et, en même temps, je le priai de s’éloigner delà table. Non seulement il quitta la table, mais il sortit de la chambre, et je fermai la porte pour l'empêcher de revenir. Fuis je m’assis avec mes amis une seconde fois à la table. De nouveau ma chaise glissa sur le parquet, et, lorsqu’elle fut arrêtée par le sofa, elle y monta comme auparavant.

A ma demande, l’un après l’autre, mes amis sortirent jusqu'à ce que je restasse seule, mes doigts posés sur la table. Elle remua encore. Lorsque aucune question ne lui était posée, elle se balançait, soulevant un pied d'abord, puis un autre, tournant sur elle-même ; et de cette manière elle lit le tour du salon, moi. la suivant, avec mes doigts collés à sa surface.

11 me sembla alors qu’il y avait là quelque chose « de diabolique»;quelquefois elle se secouait comme

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quelqu’un qui réprime un l'on rire; quelquefois elle donnait l’impression d’une créature animée, respirant doucement. Puis elle faisait un bond soudain, comme pour s’arracher elle-même de mes mains.

En rentrant à la maison, ce soir-là, très perplexe quant au résullatdc celte expérience, je me rappelai que M. F. nous avait quelquefois amusés avec de petites exhibitions de mesmérisme; et, grâce à ce souvenir, une solution probable de ces mystérieux mouvements de meubles me fut suggérée. S’il était possible d’inlluencer des personnes au moyen du magnétisme et de les faire obéir, n’était-il pas possible également que des objets inanimés, tels que des labiés et des chaises, fussent soumis au même pouvoir, et amenés à se mouvoir et à agir selon la volonté de l’opérateur? .le n’avais jamais entendu parler d’une telle possibilité, mais cette supposition n'avait-elle pas quelque raison d’être? Plus je réfléchissais et plus cela me semblait admissible; aussi, en discutant avec les autres amis qui avaient assisté, comme moi, à l’expérience de la table tournante, nous nous décidâmes à élucider cette question en nous réunissant la soirée suivante pour faire un nouvel essai, et cela sans prévenir M. ou M"’” F. de notre intention.

Par conséquent, le lendemain soir nous vit tous assemblés chez moi ; six personnes en tout, moi comprise. Nous nous décidâmes à employer une table de cuisine en bois, non vernie, comme étant plus solide sur ses jambes, et moins apte à être unie par line inconsciente pression des mains, plutôt que la

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