CHAPITRE X
Znmu s’élonmiiL beaucoup
De lu science de su fille
Lorsqu'elle parlait des visions apparues ;
Disant les choses merveilleuses qu'elle voyait; Leur disant qu’une étrange chose allait arriver; Leur disant qu’un tel homme allait mourir.
Alors l'un à 1 au!reils se disaient :
Ce n’est pas la voix de Y. Ay Ali.
Ce n’est pas l’enfant qui parle;
Mais c’est quelque vieux et vénérable esprit Du Pays de ceux qui ont disparu.
{L'Histoire dcM. r. Ay Ali)
Un soir, M. F., après nous avoir raconté quelques expériences de clairvoyance qu’il avait lues, nous proposa de faire des essais dans celte direction au lieu de faire parler la table par coups frappés. ÎNous acceptâmes sa proposition, et, la lampe ayant été éteinte, nous nous assîmes avec solennité autour de la table à la seule lumière du feu allumé dans la cheminée. Mais personne ne vit rien, sauf la lueur de la ilammc qui dansait sur Les murs de la chambre.
M. F. proposa Jinalemenl que l’un de nous
plaçât ses mains sur les yeux de chaque personne, à tour de rôle, pendanl une ou deux minutes, pour voir si cela pouvait aider à quelque chose; sinon une autre personne essayerait, jusqu’à ce que l'on eût taiL le tour de la société. Quelques-uns d’entre nous le tirent, mais personne ne vit mieux par ce procédé jusqu’à ce que M. F. se plaçât derrière les assistants et mît ses mains sur les yeux fermés de chacun à tour de rôle. Beaucoup d’entre eux déclarèrent qu’ils ressentaient une sensation particulière dans les yeux et dans la tête. Quelques-uns prétendirent voir distinctement de légers nuages devant eux ; mais ceci n'eslpas rare lorsqu’une pression est exercée sur les prunelles ; notre expérience semblait donc dénuée de tout résultat.
J’étais la dernière du cercle à devoir la subir, et, à ma grande surprise, i peine les doigts de M. F. eussent-ils louché mes paupières, que la chambre, éclairée par la lueur du feu, disparut pour moi, et que je crus me trouver à l’air libre dans un étrange endroit. Je pouvais entendre le bruissement des arbres et Je souf/le du vent à travers les branches ; mais il faisait sombre, et, quoique consciente deme trouver quelque part à la campagne ou sur une route, je ne pouvais rien distinguer. En même temps je me savais assise sur une chaise, au milieu d amis personnels, dans mon propre salon, et celle cerliLude ne détruisait en rien la sensation de réalité avec laquelle celte étrange vision s imprimait eu moi. Je me savais assise
AU PAYS DE i/OMHRE
dans une chambre éclairée, el le sentiment d’être en sécurité ne m’abandonna pas un instant; mais je savais également que la scène à laquelle j’assistais, sur cette route sombre, était une réalité; et elle m’intéressait profondément. Imagine/ une personne assistant à une représentation théâtrale. Elle est consciente de son entourage comme de sa propre individualité et elle peut surveiller quand même, avec intérêt et sympathie, le spectacle représenté sur la scène. Cette personne sait où elle se trouve ; il n’y a donc là ni rêve ni illusion. — Cette vision impressionna donc mes sens comme l’aurait fait une représentation au théâtre, sauf que je la savais imaginaire.
Tandis que j’étais là, seule, dans l’obscurité, me sentant impressionnée par l’atmosphère lourde et humide, et consciente d’nne odeur particulière de terre et d’herbe mouillées, je vis soudainement une lumière briller devant moi. Je savais qu’elle provenait de la porte ouverte d’une maison que je n’avais pas vue. Celte brillante lumière semblait venir de l’intérieur d’une chambre éclairée à la fois par une lampe el par un feu de cheminée, et elle se répandait sur la route où je me tenais. Je pus voir ainsi pendant une ou deux minutes la route, la maison et les arbres à cette lueur. Puis deux figures se montrèrent sur le seuil de la porte — des hommes. La porte ayant été refermée derrière eux, l’obscurité redevint impénétrable comme auparavant. Et, durant ce court espace de temps, j’avais pris note, dans une
certaine mesure, de ce qui m'entourait; je savais dans quelle direction la route était orientée, de quel côté se trouvait la maison; je savais qu'un fossé longeait la route, et j’avais vu des arbres au delà du fossé.
Malgré 1 obscurité, je pouvais, quoique avec difficulté, distinguer les figures des deux hommes qiq avaient quitté la maison, et je les suivais, sans savoir exactement pourquoi j’agissais ainsi. L’un des hommes semblait ivre; il marchait d'un pas incertain; il gesticulait et parlait bruyamment, ou du moins paraissait le faire, car je ne pouvais entendre de paroles. L autre, un homme plus grand et plus mince, marchait posément et soutenait son compagnon en lui prenant le bras lorsqu’il trébuchait dans l’obscurité. Tout d’un coup, le plus petit individu disparaissait. Son compagnon s’arrêtait et appelait sans trêve, sans obtenir de réponse; je le voyais marcher avec précaution, comme s’il cherchait l’autre sur la route. Il semblait se demander que faire, et il allai et venait, en avant elen arriére, cherchant à mesure qu’il se déplaçait. Soudain il parut avoir une idée et s éloigna rapidement ; je le suivais. Je vis une porte ouverte et il y entra. Peu après, plusieurs personnes émergèrent de la maison, portant une lanterne. L homme élancé marchait avec elles. Je les suivis» mais personne ne me remarqua. Elles reprirent le chemin que les deux hommes avaient fait ensemble en cherchant dans chaque anfractuosité de la mute à l’aide de la lanterne.
AU l'AVS ni'. l.’oMISHK
.le remarquai mainlenanl ce que je n’avais pas aperçu auparavant : à un certain point une autre route se séparait de la première où j’avais vu les deux hommes marcher, et celte seconde roule lui était parallèle, à un niveau plus bas. Lorsque la petite troupe eut atteint la place où l’homme avait disparu, une recherche plus active commença; et je la surveillais avec anxiété, en vue du résultat. A la lin, l’un des chercheurs s'approcha du talus et, regardant par-dessus,dit quelque chose à ses compagnons; sur quoi ils s’en retournèrent tous et refirent le chemin, jusqu’à la jonction des deux roules, et la, quittant la roule basse, ils cherchèrent avec la lanterne du côté le plus rapproché de la roule haute.
À la fin ils découvrirent évidemment l’égaré couché sur un des côtés de la route et paraissant insensible : les chercheurs se groupèrent autour de son corps inanimé; l’homme grand et mince, que j’avais mentionné auparavant, essaya de soulever son camarade de par-dessus la terre mouillée ; l'un des autres personnages élevait la lanterne éclairant le groupe; et pour la première lois je vis les visages de ces hommes. Les Iraits de celui qui soutenait la tète de l’homme tombé me frappèrent comme s’ils m’étaient familiers; mais pendant un instant je ne pus faire appel à mes souvenirs. Tandis qu’on remettait 1 homme sur pieds, celui-ci regarda autour de lui d’un air égaré. Je jetai un nouveau coup d’œil sur son aide, el, cette lois, à ma grande surprise, je reconnus M. F.
— Comment ! c’est vous ! — exclamai-je. Mon
étonnement, à cette découverte, dépassa la surprise que j’avais éprouvée devant l’étrangeté dé toute cette vision.
J’avais suivi les différents incidents de ce qui me semblait être un petit drame ; je les avais suivis avec anxiété, et avec l'appréhension que quelque tragédie pût en résulter. J’avais craint la mort de l’individu que l’on avait trouvé couché inconscient sur le bord de la route, et j’avais ressenti un grand soulagement, lorsqu’à la tueur de la lanterne, on l’avait seulement constaté endormi. Autant que je pusse le savoir, tous les acteurs de cette scène m'étaient inconnus, et bien que je suivisse chaque mouvement avec intérêt et anxiété, je ne le faisais qu’en étrangère; aussi lorsque je reconnus 31. F. comme étant un des principaux personnages en question , ma surprise fut si grande qu’elle me causa presque un sentiment de consternation.
Lorsque j’enlevai ses doigts de dessus mes paupières et que je m’écriai en le fixant: « Gomment ! c’est vous ! » ma surprise se communiqua aureste du cercle, et questions sur questions furent ardemment posées quant à la signification de toute l’histoire. Durant la représentation de celte scène, j’avais fidèlement raconté chaque incident, à mesure qu’il se produisait : et les autres avaient montré le même intérêt que si j”eusse pris une part active à ce drame. Ce ne fut donc pas sans une grande curiosité que nous attendîmes les explications de 31. F.
al: PAYS DK LOMBRE
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Il nous dit reconnaître, en entier, des circonstances qui lui étaient arrivées, à lui et à plusieurs amis, environ douze ans auparavant. Ayant passé la journée ensemble pour chasser le daim, ils la terminèrent dans une auberge avant de se séparer. M. F. et un jeune homme quittèrent ensemble l’auberge, car leurs demeures étaient situées dans la meme direction. A peine se trouvèrent-ils dehors, à l'air de la nuit, que M. F., sur qui le vin n'avait produit aucun eflct, trouva que l’état de son compagnon avait considérablement empiré depuis les dernières rasades d’adieu, et c'est avec difficulté qu'il le dissuada de retourner en arrière pour dire un autre « bonsoir » à leurs camarades. Ayant réussi à l'entraîner à quelque distance et dans la direction de leurs demeures, soudainement il ne le vil plus auprès de lui, comme je l'ai raconté. Le reste de l'histoire concordait dans tous ses rapports avec ma vision. Dans certains cas, de petits détails, qui avaient échappé à sa mémoire, lui avaient été rappelés seulement par ma vision. .
C’est avec des sentiments très semblables à ceux que j’avais éprouvés, pendant notre première expérience de table tournante, que je passai en revue la vision si particulière de cette soirée. Pour tous les membres de notre cercle, elle avait été d'un grand intérêt, et la discussion qui s’ensuivit fut ardente et animée ; mais pour moi cela voulait dire quelque chose de plus encore. Une grande espérance m’était venue — espérance que j’osais à peine ca-
rosser. Il se pouvait, après tout, que mes fanlôme.s fussent des réalités, et non le résultat d'un germe de folie.
L’espérance, une fois née, ne s’évanouit plus et devint bientôt, quoique en secret, une force qui me poussa à accomplir un voyage de découverte, .le m’y embarquai, accompagnée d’abord par Ions les membres de notre cercle, puis, par suite de changements, les uns abandonnèrent la recherche, satisfaits de ce qu’ils avaient appris; d'autres quittèrent l’Angleterre; et L’un deux passa derrière le voile qui sépare notre Monde de celui des esprits. Mais il en revint fréquemment, «apportant d’a/fer- Lueux messages et des encouragements à ses anciens compagnons de voyage qui s en allaient, lentement et à talons dans l’obscurité.
J’entrepris de lire tous les écrits que je pus me procurer traitant du spiritisme et de phénomènes spirites, en grande partie de terribles absurdités qui me choquèrent et me dégoûtèrent. Ces communications, prétendant descendre des sphères céleslcs, étaient, dans certains cas, tellement privées de sens commun, que j’eusse abandonné toute enquête si quelques bons amis n’avaient pris pilié de moi, en me recommandant les ouvrages d’Andrew Jackson Lavis, de Robert Laie Ovven et autres, ainsi que plusieurs bonnes publications hebdomadaires.
L’un des anges en communication avec la terre donnait, je me rappelle, l’information qu’au ciel il y avait un grand nombre de légumes. — Quant aux
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choux, ils y devenaient si grands, tellement énormes, que cela surpasse toute imagination... Je ne me rappelle pas l’auteur de l'ouvrage où je lus cela ; je crois que son nom était Pine et le titre de son livre: Télêr/rap/tie spirite. Je n’ai plus revu ce livre depuis ; il n’avait probablement pas été bien accueilli el mourut de sa belle mort.
Les comptes rendus que je lus des phénomènes spirites, si merveilleux et incompréhensibles qu’ils fussent, ne m’intéressèrent pas autant que les récits de clairvoyance. 11 me semblait que, d’une manière ou d’une autre, je possédais une clef pour la compréhension de ce pouvoir, et ce que j’en lisais s’accordait, en quelque sorle, avec ma secrète expérience personnelle.
Je ne comprenais pas la vision que j’avais eue de ces hommes et de celte sombre route de campagne ; el, dans les premiers jours, je ne songeai meme pas à me l’expliquer, mais je me dis qu’il y avait la beaucoup à apprendre, que je trouverais une voie amenant à la solution, et qu’il fallait surtout commencer par le commencement. Mais où était le commencement? Où était le point de départ ? quel chemin suivre ? Ces questions étaient terriblement troublantes. Je ne pouvais lire que ce qui me tombait entre les mains. Théories, philosophies, phénomènes, arguments pour ou contre le spiritisme, dénonciations amères et violentes des deux côtés, mais plus spécialement contre les enseignements spirites ; persécutions de médiums, supercheries et
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démasquation : tout cela était bien embarrassant.
C’est à ce moment que je nie hasardai à parler de mes fantômes à mes amis,M. et M me F...,de mes expériences par rapport à ces « rêves » dont j’avais tant et si longtemps souffert, et de la peur vague mais obsédante, suspendueVcomme un nuage noir, audessus de ma jeunesse. Ce fut grâce à leur chaude sympathie et à leur aide que je vis la lumière, et cette lumière chassa le nuage et me donna le courage de rejeter les incubes; vaincus, ceux-ci semblèrent reculer et finirent par disparaître dans le néant, lit tandis que ce vague trouble se dissolvait dans les brouillards du passé, mon cœur devenait, comme (Usent les Français, « un petitoiseau chanteur délivré de sa captivité ». Je reprenais courage, et je me décidais, par gratitude, à poursuivre les investigations et les expériences que j’étais libre de faire
cfumm xi
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